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LE PRESIDENT IBK CHEZ LE CHERIF DE NIORO : Pour le Mali, aucun sacrifice n’est de trop

mercredi 3 juillet 2019

Fin de brouille entre Mohamed Bouyé Haidara communément appelé le Cherif de Nioro et le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita. Les deux hommes ont fumé le calumet de la paix, à l’orée des réformes institutionnelles et constitutionnelles dans lesquelles le pays s’apprête à s’engager.

Il y a quelques mois, annoncer que le Président IBK et le Cherif de Nioro pouvaient s’asseoir sous un même toit et se donner des accolades, relevait de l’imaginaire. Eh bien ! C’est ce qui fut fait. Le chef de l’Etat à la surprise générale s’est rendu la semaine dernière chez le guide des Tidianias du Mali. Loin d’être une retrouvaille de méfiance, c’est un IBK très décontracté et heureux qui a été reçu par son ami et complice de « tout les temps ».

Selon l’entourage du chef de l’Etat, IBK est sorti très réconforté de son tête à tête avec le chérif. Connu pour être un leader qui dit ce qu’il pense de la gestion politique du pays, Bouyé est certainement revenu sur ce qui lui a opposé au président IBK. En très bon élève, IBK ne pouvait qu’écouter religieusement les critiques, les suggestions venant de son ainé. Un ainé dont les mots comptent aujourd’hui dans la famille politique.

Pourquoi IBK tient tant à être en phase avec le chérif ?

Personnalité à double visage, les secrets de l’homme fort de Nioro du Sahel résident dans sa force de frappe et de nuisance. Il n’hésite pas à ouvrir les hostilités contre tout ceux qui se « mettent sur son chemin » ou le contrarie d’une façon ou d’une autre.

Allié sûr de IBK à la présidentielle de 2013, le Chérif de Nioro, après un « deal » avec le candidat du RPM, s’est investi comme cela se doit pour aider son compagnon au détriment d’une opposition dirigée par Soumaila Cissé qui avait refusé ses « exigences ».

L’élection a eu lieu, IBK est élu président. Les deux hommes se sont compris dans la gestion des affaires, les relations entre les deux « camps » étaient au beau fixe.

La lune de miel entre les deux leaders fut de courte durée. Les bisbilles entre les deux hommes étaient fondées sur plusieurs raisons, même si le sommet du contentieux est d’ordre économique et parfois de gestion des hommes de main du chérif.

Et, depuis, Bouyé a pris ses distances et a juré de ne plus collaborer avec le locataire de Koulouba. Le divorce venait d’être consommé. Connaissant son ami, le chef de l’Etat envoie plusieurs émissaires à Nioro pour tenter de décrisper la situation, mais sans succès.

De guerre lasse, le chérif avait pris sa voix et mobilisé ses partisans, lancé une « pétition » et jeté dans l’arène politique disant à qui voulait l’entendre qu’en 2018, il profiterait de sa popularité pour donner des consignes de vote. Pour prouver qu’il ne « parle par pour parler », l’homme fort de Nioro avait rencontré quelques adversaires irréductibles de IBK dont Soumi-champion et Alou Diallo de ADP qui étaient en dégringolade dans les sondages à la veille de la présidentielle de 2018.

Profitant de la situation, Soumi-champion a tenté un rapprochement avec Nioro. Le rapprochement a eu lieu mais sauf que l’ouverture des cœurs et des esprits entre Soumi et le chérif n’ont pas eu lieu. La suite est connue, l’opposition farouche contre la réélection d’IBK a été vaine. Le Mandé Massa est réélu sauf qu’il n’a jamais été rassuré qu’il restera longtemps dans son fauteuil de président sans les bénédictions du Chérif. Après la présidentielle, le Chérif a juré la main sur le cœur, d’en découdre avec le président IBK ce, avant la fin de son second mandat. Et qu’il s’opposerait à toutes initiatives prises par IBK.

Ayant comme préoccupations majeurs : la révision constitutionnelle, le dialogue inclusif, l’organisation des législatives, le chef de l’Etat ne pouvait mieux que se tourner vers la personnalité qui peut être un obstacle majeur à ses projets.

Mais, la guerre entre les deux a laissé (bien évidemment) des séquelles si profondes, chacune des deux parties en ayant tellement dit sur l’autre, qu’il n’était pas sûr que la confiance totale revienne un jour entre les deux parties. Chacun a surpassé son égo et placé le Mali au dessus de la mêlée.

La paix des braves entre les deux parties, permettra au Chérif d’être écouté et à IBK de s’ôter une épine du pied, en s’évitant les critiques voir les menaces de destitution du clan Bouyé.

Le geste d’IBK à Nioro ne donne t-il pas raison à ceux qui pensent que le régime donne plus de pouvoir aux religieux quant à leurs immixtions dans les affaires politiques et dans la gouvernance du pays ? Au Mali, depuis qu’IBK est arrivé au pouvoir, et c’est très souvent le cas, quand il veut exercer son pouvoir, il a toujours été confronté à l’influence des religieux qui lui on dissuader sur certaines choses qui pourraient faire avancer le pays. Et il est de constater que si le chef de l’Etat à chaque fois qu’il doit prendre une décision sollicite les chefs religieux, alors même que la décision qu’il souhaitait prendre aurait pu être bonne pour le pays…

Le moins que l’on puise dire c’est qu’au-delà de préserver son fauteuil par des oppositions, le geste d’IBK va certainement apaiser les tensions et baliser la voie à une révision sans grande opposition de la Constitution.

Djibril Diallo
ARC-EN-CIEL

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.