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HABIB SYLLA, PRESIDENT DU HAUT CONSEIL DES MALIENS DE L’EXTERIEUR : « Sous IBK, le HCME a reçu des avantages qu’il n’avait pas »

lundi 23 mars 2020

De l’acquisition d’un siège pour le Haut conseil des Maliens de l’extérieur, à l’appel du 19 mars 2018 et celui impliquant la retrouvaille des anciens chefs d’Etat du Mali dans la recherche de solution à la crise, la reconnaissance d’utilité publique du Haut conseil, l’obtention d’un budget de fonctionnement, les efforts déployés par le président de la République en faveur des Maliens de l’extérieur, la pandémie du coronavirus : ce sont là les questions abordées par le président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur lors de l’interview exclusive qu’il nous a accordé.

Arc-en-ciel : Vous êtes le président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur. Votre engagement ainsi que celui de la diaspora pour le développement économique ont incité le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, à accéder à votre demande de construire un siège pour le Haut conseil des Maliens de l’extérieur, ce après tant d’années passées en location. Deux ans après, dites ce que la construction d’un siège a apporté comme changement dans votre façon de travailler et dans la vie des Maliens rapatriés ou de retour volontaire.

Habib Sylla : Je ne peux pas rentrer dans le vif du sujet sans remercier l’acteur principal qui est l’actuel chef de l’Etat. Le 15 mars 2018, le président de la République El hadj Ibrahim Boubacar Keita a inauguré le siège du Haut conseil des Maliens de l’extérieur, après près de trente ans de tentative. Beaucoup de gouvernements, je dirai même des régimes sont passés sans pouvoir le réaliser. Vous pouvez imaginer, la joie est immense chez moi. Je ne dirais pas seulement moi, mais l’ensemble de la diaspora malienne. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que les hommes passent, mais le siège reste. J’avais fait de l’obtention de ce siège un combat par rapport à la mission qui m’a été confiée par nos compatriotes. Vous savez, le Haut conseil à 30 ans.

J’ai pris le train en marche alors que le Haut conseil avait 19 ou 20 ans et n’avait pas de siège en son propre nom. Je n’accuse personne, mais, je rends grâce à Dieu que c’est sous mon mandat et avec le soutien de mes compatriotes et celui obtenu auprès des autorités de notre pays que nous avons concrétisé beaucoup de choses qui étaient en instance.

Lorsque nous avons hérité du Haut conseil, nous n’étions pas reconnus d’utilité publique, alors que conformément à la naissance du HCME, cela faisait partie des engagements que les autorités avaient pris pour cette nouvelle structure, qui venait d’être créée sur décision du peuple malien. C’est dire que notre adhésion au niveau de l’Assemblée nationale, l’obtention d’un siège, la reconnaissance d’utilité publique, l’obtention d’un fonds, c’est-à-dire un budget de fonctionnement, étaient recherchés. Malheureusement, nos prédécesseurs n’ont pas pu trouver de solution et cela a pris beaucoup de retard. Dieu faisant bien les choses, à notre arrivée, nous avons pu combler ces vides. C’est sous notre mandat que nous avons été reconnus d’utilité publique. Nous avons eu un coup de pouce de l’Etat par rapport à la subvention de 50 millions F CFA que nous recevons chaque année, même si cette somme est modeste. Mais, notre combat était que nous soyons reconnus d’utilité publique.

Le siège nous a permis d’avoir une adresse fixe. Les Maliens de l’extérieur étaient perdus, il fallait changer d’adresse à chaque déménagement lorsque nous étions en location. Du coup, nos compatriotes s’interrogeaient si tous ces déménagements n’étaient pas un manque de considération des autorités ou est-ce que tous nos efforts, notre engagements à participer au développement économique et social n’étaient pas reconnus par les décideurs. Je dis que nos autorités nous ont toujours aidés, la preuve nous avons un siège. Lorsque M. Keita est arrivé à la magistrature suprême, nous l’avons rencontré et bien avant lui, nous avions demandé ce siège sous ATT. Je saisi l’occasion qui m’est offerte pour le remercier, c’est sous son mandat que j’ai été élu.

En son temps, au niveau de l’extérieur, il y avait beaucoup de problèmes, les textes n’étaient pas respectés, alors que nous sommes encadrés par les statuts de notre association. Nous nous sommes donnés comme mission de respecter à la lettre les textes. Il y avait de petits problèmes, parce que ceux qui étaient là ne méritaient pas d’y être. Les textes du Haut conseil sont très clairs. Dans aucun texte du Haut conseil, il est dit qu’on peut s’autoproclamer, parce que c’est l’affaire des Maliens de l’extérieur. Je pense que si chacun se reconnait dans un engagement, dans un combat, toutes les forces peuvent générer des victoires.

Les textes disent qu’il faut un conseil, ce que nous appelons le conseil de base de l’extérieur. Chaque pays devrait avoir cela. Le conseil de base permet aux Maliens de se connaître davantage et de parler d’une seule voix. Et qu’en face des autorités du pays d’accueil, qu’on sache qu’il y a une organisation de Maliens qui peut leur faciliter la gestion des Maliens qu’il accueille.

Dans tous les pays, personne ne le démentira, le Haut conseil est l’interlocuteur des autorités des pays hôtes. Aussi, nos représentations diplomatiques que ça soit les ambassades ou consulats, sont aussi leurs points focaux. Le Haut conseil sert de courroie de transmission. Dans les pays d’accueil, la partie sociale est gérée par cette structure. Nos ambassades et consulats n’ont pas de budget pour gérer certains problèmes sociaux des Maliens de l’extérieur et dès qu’un problème se pose, immédiatement on essaie de joindre le bureau du Haut conseil pour tout de suite apporter assistance.

Dans la plus part des conseils de base, il faut féliciter les présidents dont le travail n’est pas rémunéré alors qu’ils sacrifient leur temps, leurs moyens. Ils sont généreux, ils aident ceux qui sont dans la nécessité, s’activent à ce que la majeure partie de leurs compatriotes dorment en paix. Il y a toujours des cas de force majeure, qui se présentent à nous. Heureusement qu’il y a cette structure.

Arc-en-ciel : Quatre jours après l’inauguration de votre siège soit le 19 mars 2018, vous avez été reçu par le président IBK, alors candidat à l’élection présidentielle. A cette occasion, vous avez fait un appel politique de soutien à sa candidature. Cet appel avait fait des grincements de dents. Quelles sont aujourd’hui vos relations avec le président IBK ? Quelles sont les grandes actions qu’il a portées envers les Maliens de l’extérieur ?

H.S. : Je vais vous dire que c’était un engagement personnel. Lorsque j’ai lancé cet appel, j’ai été compris par la majorité des Maliens de l’extérieur. Liberté d’expression oblige et puis ; nous sommes dans un pays démocratique. Ce sont des périodes souvent difficiles et il faut avoir beaucoup de courage pour dire ce qu’on pense.

Beaucoup pensent bas, mais n’osent pas le dire haut, c’est un problème. Il est vrai que je n’ai pas été compris par certains, mais je ne dirai pas au niveau des Maliens de l’extérieur, dans notre organisation. Après avoir lancé l’appel du 19 mars, j’avais demandé s’il y avait des contestations qui venaient des conseils de base. Si j’avais enregistré des contradictions soit une dizaine sur les 68 pays que composent les conseils de base du Haut conseil, j’allais dire que j’ai commis une erreur. J’aurai compris que j’ai pris une décision hasardeuse, mais Dieu merci, nous n’avons reçu une seule contradiction. Je l’ai fait et c’était le moment de le faire ! Celui à qui on l’a fait le méritait.

Sous IBK, nous avons eu des avantages que nous n’avions pas eus par le passé. En quelques années, le siège qui a couté plus de 1,4 milliard F CFA a été construit et équipé, même si c’est l’argent du contribuable malien. Mais, il y a eu une volonté politique. Mais avant lui, il y avait toujours le budget de l’Etat, pourquoi le siège n’était pas fait ? Donc, rendons grâce à Dieu et rendons à César ce qui lui appartient. En nous dotant d’un siège, c’est une reconnaissance du président IBK pour l’apport des Maliens de l’extérieur, notre contribution en termes de développement de notre pays. Bref, nous nous avons demandé un siège et l’avons obtenu. Vous avez vu que le siège est combiné d’un hôtel d’accueil ? Cette maison d’accueil a hébergé quelques 12 000 personnes expulsées ou de retour volontaire. Elles y ont séjourné. Nous demandions un siège et ne nous attendions pas à tout ça ! Voilà une raison de plus.

Dans la vie, il faut être reconnaissant, c’est mon éducation. Chacun devrait reconnaître le bienfait de l’autre. Le président de la République nous a associés dans beaucoup de choses. Depuis qu’il est aux affaires, beaucoup de nos compatriotes ont reçu des médailles. Nous avons plus de 12 personnes distinguées pour leurs engagements, pour leurs soutiens à nos compatriotes. Moi, j’ai été longtemps président des Maliens de l’extérieur, mais c’est sous son mandat que j’ai été décoré pour la première fois. J’ai reçu deux décorations. C’est un honneur.
Les rencontres sont fréquentes avec le chef de l’Etat qui nous donne de sages conseils. Lorsqu’il est hors du Mali, il a toujours eu le temps pour recevoir et rencontrer les Maliens de l’extérieur.

Arc-en-ciel : C’est dire que si c’était à refaire vous n’allez pas hésiter ?

H.S. : Oui. Si c’était à refaire, j’allais le faire. Vous avez vu, peut-être, j’ai eu tort d’avoir raison trop tôt. L’histoire a fini par nous donner raison. Je remercie nos compatriotes qui m’ont suivi dans cette entreprise, parce que Dieu était aussi de notre côté. Au finish, c’est lui qui a été élu. Vous savez que le pays était dans une zone de turbulence et compte tenu de son expérience, il a eu la sagesse de privilégier toujours la voie du dialogue. Il a toujours exhorté les Maliens à se parler entre eux-mêmes.

Le Dialogue national inclusif est une preuve, c’est un acte courageux qu’il a posé, en discutant avec ses adversaires politiques, les plus farouches, au nom de l’intérêt supérieur de la Nation. Beaucoup de partis politiques ont accepté sa main rendue. Ils l’ont rejoint. Ils parlent aujourd’hui le même langage. Je dis qu’il faut toujours savoir laisser le temps juger. L’histoire, c’est pour mettre les choses dans leur contexte. Je suis heureux de savoir que ceux qui pensaient qu’on a mal fait se retrouvent avec le président de la République main dans la main, chacun apportant sa contribution pour sortir le pays de la situation de crise. Bravo à tous ces braves filles et fils qui ont accepté de faire la paix.

Arc-en-ciel : Les gens affirment que c’est grâce à votre engagement que le président Keita a décidé de prendre à bras le corps les problèmes de la diaspora. Etes-vous de cet avis ?

H.S.  : Non ! Je pense que ce n’est pas grâce à moi. Je ne suis qu’un porte-parole. Je crois qu’avec le président, je pouvais avoir une relation particulière, c’est-à-dire à deux, mais je crois que nous nous sommes retrouvés au bon endroit et au bon moment. Lui, ayant le souci de voir les Maliens de l’extérieur unis, de les voir soutenus par les pouvoirs publics et il se trouve que c’est ce que les Maliens de l’extérieur cherchaient : unis et soutenus. Nous ne sommes pas partis pour rester, mais nous sommes partis chercher quelque chose et la ramener au pays. Pour une autorité qui est soucieuse de voir les filles et les fils de ce pays dans cet état, nos sentiments se sont croisés. Ce n’est pas que je l’ai orienté de faire ceci ou cela. Non ! Homme politique d’envergure, il connaît les problèmes des maliens de l’extérieur.

Arc-en-ciel : Lors de votre audience à la Maison des hôtes le 19 mars 2018, en plus de l’appel à la candidature d’IBK, vous avez fait un autre appel à savoir que le président de la République rencontre les anciens chefs d’Etat pour qu’ils parlent ensemble afin de trouver des solutions aux difficultés que le pays traverse. Deux ans après cet appel, il y eu le Dialogue national inclusif et le retour au pays de l’ancien président Amadou Toumani Touré. Quel est votre sentiment après cet appel ?

H.S. : C’est un sentiment de joie et de plaisir. Vous savez, la victoire a beaucoup de papa et la défaite est orpheline. J’ai dit que le Mali a la chance d’avoir eu quatre anciens chefs d’Etat bien outillés qui sont tous vivants et qui sont-là en plus d’un président en exerce. Je me suis dit que lorsqu’il y a un problème national, il y a toujours eu des clans. Or, face aux problèmes, tout le monde doit se donner la main pour les surmonter. Je sais que chacun de ces hommes a eu l’estime de ce peuple et je suis sûr que cela va continuer. J’ai cité le président Moussa Traoré, ATT, Alpha Oumar Konaré et Dioncounda Traoré. Chacun, a de fervents « adorateurs », des militants, des gens qui les portent, moi, je dis que cela est un atout. J’ai vu aussi que souvent que ce soit au niveau des USA, de la France en tout cas dans les grandes démocraties, malgré les divergences, lorsque le pays connaît une situation difficile, ils forment un corps uni. Cela freine les velléités de l’ennemi. Dans un pays, une famille, ou un village lorsqu’il y a l’unité, il y a la force. C’est pourquoi, j’ai lancé cet appel, ça m’est venu comme ça et je l’ai suggéré au président IBK.

Je ne dis pas que c’est moi qui ai donné l’idée au président, surement qu’il l’avait déjà. Je crois que cela fait partie des solutions à la crise. Il a notre total et entier soutien pour tout ce qui peut réconcilier les Maliens. Mon idée rejoint son idée. C’est lui qui a tout cet honneur, cette grande décision. Dès qu’il a initié, ça lui a réussi. Le Triumvirat a vu le jour, ensuite le Dialogue national inclusif s’est tenu sans problème majeur. A cette grande rencontre, les Maliens de l’extérieur ont contribué. Nous sommes très fiers. Nos différentes propositions ont été prises en compte. Je crois que ça nous amène petit à petit vers une réconciliation nationale. S’il y a quelqu’un qu’il faut remercier, c’est celui qui est à la tête du pays.

Arc-en-ciel : Le Conseil supérieur de la défense s’est réuni sous l’autorité du président de la République, et a pris des mesures concernant la pandémie coronavirus. Parmi les mesures, on note la suspension des vols commerciaux. Votre structure reçoit beaucoup de rapatriés volontaires à travers les programmes assistés et jusqu’ici on se félicite qu’aucun Malien ni à l’intérieur ni à l’extérieur n’ai été atteint du coronavirus. Avez-vous un appel aux Maliens de l’extérieur ?

H.S. : Ecoutez ! Moi, je rends grâce à Dieu que depuis le déclenchement de cette pandémie, malgré notre éparpillement à travers le monde jusqu’au foyer là où est née la pandémie où résident beaucoup de nos compatriotes, nous n’avons pas enregistré un seul contaminé.

Comme on le dit gouverner, c’est prévoir. Je pense que nos gouvernants ont pris de bonnes décisions, c’est-à-dire on n’attend pas qu’il y ait un cas au Mali pour prendre des initiatives. Beaucoup de pays ont pris les mêmes décisions. Tous les pays ont compris que c’est un danger permanent. Je crois qu’il faut respecter les consignes des gouvernants des pays d’accueil. Que tout le monde respecte ces mesures. Ce pays a besoin de tous ses enfants.

Je demande aux Maliens de l’extérieur de rester souder et surtout de respecter les consignes dans les pays là où ils sont établis. Le coronavirus est une maladie qui se transmet. Il faut respecter les règles édictées par les spécialistes. Nous prions Dieu, qu’il nous aide à bouter hors de la planète cette maladie. Tout ce qui compte pour nous, c’est la santé.

Propos recueillis par
Amadou Sidibé
ARC EN CIEL

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.