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Gestion scandaleuse de l’eau à Baguinéda : L’Association Baguinéda KANU va assigner le comité de gestion devant la justice

jeudi 13 juin 2019

Il est inadmissible, voire scandaleux qu’une poignée d’individus en complicité avec le maire et le chef de village s’accorde des avantages indus et battent fortune sur le dos des citoyens au nom de la gestion de l’eau à Baguinéda. Dans les semaines à venir l’association Baguinéda KANU compte assigner les principaux acteurs de cette appropriation devant le tribunal pour l’avènement de la vérité. Lisez l’interview d’Aboubacar Eros Sissoko, Président de l’association Baguinéda KANU !

Arc-en-ciel : Depuis un certain temps l’association Baguinéda KANU se bat pour une cause noble celle de permettre aux habitants de Baguinéda d’accéder à l’eau potable au même tarif que Bamako. Qu’est-ce qui motive cette initiative ?

Aboubacar Eros Sissoko : Depuis de nombreuses années les habitants de Baguinéda souffrent de la mauvaise gestion de l’eau. Le slogan qui nous guide est assez parleur et se résume comme suit : « Agir pour bâtir autrement Baguinéda ». Le coût du mètre cube de l’eau valait le triple de celui de Bamako. Face à cette situation arbitraire qui ne dit pas toute sa couleur, nous ne sommes pas restés les bras croisés. L’ampleur du phénomène valait de la peine. La liberté d’association étant un droit acquis, nous nous sommes organisés pour mettre en place l’association Baguinéda KANU en vue d’apporter notre contribution à l’édifice nationale. Aujourd’hui, il est de notre devoir en tant qu’acteurs associatifs de faire bouger les lignes pour le bien-être des populations. Il nous a semblé utile d’amorcer l’action par l’épineux problème de la cherté de l’eau en priorité. Dès lors, la vérité à commencer par triompher. Au mois de janvier 2019, nous avons emportés une première victoire car le prix du mètre cube a baissé de 125 F CFA. Cependant notre attente n’est pas comblée. Nous restons déterminer à accéder à l’eau potable au même tarif que Bamako.

Que reprochez-vous au juste à l’AUEAP (Association des Usagers d’Eau Potable) la structure gestionnaire de l’eau à Baguinéda ?

Aujourd’hui j’ai la dure sensation que les gestionnaires de l’eau font la confusion entre l’association et une entreprise familiale. Ce qu’ils oublient la vie associative est régie par des statuts et règlements que tous membres doit de les respecter. Le château d’eau gérée par l’AUEAP est un bien public. Cette structure a été mise en place grâce à l’apport financier de la population allié au soutien de la coopération Allemande compte tenu de la pénurie d’eau qui prévalait. Dès lors que ce joyau a été confié à une organisation associative locale la population a connu l’enfer. Les gestionnaires avaient tendance à avoir en main un bien familial. A cet effet, nous condamnons surtout le manque de transparence dans la gestion et le non-respect de la loi comme stipule les statuts et règlement intérieur de l’association. En tant que citoyen et bénéficiaire de l’eau potable nous avons un droit de regard sur la gestion de l’eau que nous consommons au quotidien. Ce qui est loin d’être le cas de nos jours à Baguinéda. L’association évolue en vase clos. Nous sommes déterminés à mettre un frein à cette dérive. Par la même occasion, nous mettrons également un terme au silence que maintien l’actuel bureau sur les retombées de la vente de l’eau. Pour dire vrai, l’AUEAP s’est illustrée dans la violation de la loi depuis 20 ans. Elle a grand intérêt à mettre fin aux faveurs accordées à une minorité de citoyens dont nous tairons les identités.

Qu’envisagez-vous mettre en place actuellement ?

Le problème est simple. Les services de coopération qui nous facilitent l’accès à l’eau potable sont loin des arguments véridiques. Dans les semaines à venir l’association Baguinéda KANU compte assigner les principaux acteurs de cette appropriation devant le tribunal pour l’avènement de la vérité. En tant que consommateurs nous avons droit de regard sur la gestion de l’eau à travers les comptes rendus des assemblées générales publiques. Aujourd’hui personne ne sait la marge bénéficiaire engrangée par l’exploitation de l’eau potable à Baguinéda. Cette rétention d’information relève de l’arnaque pure et dure. Nous allons mettre un terme à ce dérapage catastrophique seule la justice est habilitée à le faire.

Quel est votre dernier mot ?

Personne n’a le droit de gérer un bien commun comme une entreprise familiale. Les responsabilités de cette dérive sont partagées. Si le coût du mètre cube de l’eau n’a pas varié depuis plusieurs décennies le maire de la commune Salia Diarra n’a pas joué sa partition vis-à-vis des citoyens à travers la délégation de pouvoir. A ce titre il est responsable de cette situation désastreuse. Le chef de village Drissa Coulibaly est autant impliqué d’avoir failli à son devoir en veillant scrupuleusement sur l’intérêt des résidents. Pourtant, l’un et l’autre ont été consultés en amont. Le premier Salia Diarra a maintenu que « Baguinéda est Baguinéda ». Quant au second il a avoué que « pour rien au monde le coût de l’eau ne va dégringoler ». On va combattre un tel état d’esprit émanant des leaders afin que la population puisse accéder à l’eau à un prix raisonnable. Quant à l’AUEAP, ses membres ont tendance à se croire investis d’un mandat à durée indéterminée. Pire encore, elle se refuse de faire des comptes rendus publics ayant trait à l’exploitation de l’eau. Force va être donnée à la loi d’agir pour le plus grand bonheur des populations. Nous avons pris des mesures appropriées pour les mettre hors d’état de nuire. Il va falloir que l’AUEAP nous explique la destination des recettes qui s’élève à des centaines de millions de FCFA pendant deux décennies… A cette occasion nous voulons des éclaircissements très précis sur la gestion des fonds.

Propos recueillis par Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.