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GOUVERNANCE D’IBK : L’AEEM aux anges, les enseignants au diable !

lundi 16 octobre 2017

Dans la perspective de sa réélection à la présidentielle de 2018, le président Keïta mène une campagne tout azimut d’achat de conscience et de séduction de l’électorat malien. Après la délégation de Koutiala dont son chèque divise celle-ci, c’était le tour de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) d’être reçue la semaine dernière en audience à Koulouba. Elle aussi n’est pas retournée les mains vides : un véhicule 4x4 a été offert à la délégation de l’AEEM. Cette corruption politique, s’il faut l’appeler ainsi, commence à susciter l’indignation de tout un peuple et cristalliser déjà les mécontentements chez bon nombre de Maliens. Ces actions, aux antipodes de la gestion rationnelle d’une République, se révèleront au moment opportun contre productives.

L’étiquette d’homme d’Etat qu’une frange importante de la population malienne avait donnée à Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) durant ses six ans (1994-2000) à la primature et qui a beaucoup pesé dans son élection, en 2013, n’était que mirage, voire du bluff. L’homme en question ne s’est jamais montré à la hauteur des missions qui lui sont confiées par le peuple malien.

Il a suffi d’être à Koulouba pour que le président plébiscité à 77,66% des suffrages exprimés montre son vrai visage de dirigeant médiocre ayant tourné le dos aux nombreuses et urgentes revendications de ses compatriotes pour sous-traiter notre souveraineté à la France et accorder des avantages faramineux aux ennemis de la nation que sont les rebelles qui ont pris les armes contre leur propre peuple. Et le seul pas qu’il ne devrait pas franchir, est déjà franchi à savoir l’implication de sa famille dans la gestion des affaires de la nation.

Non seulement, il a transformé notre cher Mali en une famille avec comme règle d’or de gestion la surfacturation, le pillage en bandes organisées des biens de l’Etat, le népotisme, le clanisme, l’affairisme, la concussion, mais tout en la mesure de casser l’élan patriotique des Maliens qui étaient prêts à l’accompagner dans la construction d’un nouveau citoyen malien animé par la seule volonté de servir son pays. Mais au lieu d’un changement qualitatif pour le bonheur et la dignité des Maliens, le président Keïta s’est laissé dominer par l’improvisation, le pilotage à vue dans la conduite des affaires de l’Etat. Ce qui justifie certainement ses dérives à la tête du pays. Les vrais problèmes de la nation sont relégués au second plan pour la simple raison qu’il faut se refaire une santé politique à moins de dix (10) mois de la présidentielle auprès des Maliens las et pris en otage par une oligarchie insolente et méprisante, née suite aux scandales politico-financiers (achat d’avion présidentiel, équipements militaires, engrais frelatés). Et dès lors, elle s’est enracinée, mettant en péril les fondements de notre pays.

Ce pilotage à vue du président IBK, qui n’est certainement pas sûr de se faire réélire à la présidentielle de 2018, n’a pas manqué de mettre le pays sens dessus dessous. Ainsi, des pactes sont signés avec n’importe qui, pourvu qu’on promette de le soutenir pour les actes qu’il a posés depuis son arrivée au pouvoir. Certaines déclarations des visiteurs laissent pantois plus d’un. On se demande souvent si nous sommes dans le même pays dont IBK a pris les destinées, un certain 4 septembre 2013.

Pour ce qui est de l’école malienne, on se demande quel effort IBK a eu à faire depuis sa prise de fonction pour mériter de telles louanges de la part de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM). De mémoire de Maliens, le président de la République, à travers son gouvernement, de 2013 à nos jours, n’a posé aucune première prière d’un établissement secondaire encore moins un amphithéâtre pour l’amélioration des conditions de travail des scolaires maliens ou encore moins procéder à une augmentation de la bourse, l’équipement des salles informatiques. Ce qu’on ne lui dénie pas, c’est sa présence remarquée lors de l’inauguration des infrastructures dont les travaux ont été lancés par ATT, son prédécesseur. Continuité de l’Etat oblige ! La Cité universitaire de Kabala est passée par là. Mais de là à faire un fossoyeur de notre système éducatif un messie, il y a de quoi s’inquiéter.
Le président IBK ne mérite aucune congratulation pour avoir participé à la mort programmée de notre école par l’introduction des programmes inadéquats à savoir la Nouvelle Ecole fondamentale (NEF), la Nouvelle Ecole malienne (NEM), la Pédagogie convergente, lorsqu’il était Premier ministre. La nouvelle méthode d’enseignement en Approche par compétence (APC), si elle n’a pas été conçue par IBK, se poursuit indifféremment dans notre système éducatif national pendant qu’il est président de la République. La privatisation à outrance de cette école ne fait plus l’ombre d’aucun pour tout observateur de la scène éducative nationale. La suite, on la connaît. Le niveau des élèves a considérablement baissé et l’école est prise en otage par des promoteurs qui ne se soucient pas de la qualité de l’enseignement mais de l’argent qu’on en tire.

Et au moment où le président IBK offre un véhicule à l’AEEM, un mouvement de grève du Syndicat de l’enseignement supérieur (SNESUP) paralyse les universités et les grandes écoles du pays depuis juillet dernier ; les enseignants du fondamental et du secondaire attendent toujours leur statut autonome. IBK en « vrai combattant pour l’école malienne » assiste de même au nom payement des dus des enseignants qui ont accepté donner les cours de rémédiation pour sauver l’honneur de cette école. En tout cas, tout se passe comme si ça ne lui dit rien que les enseignants du fondamental et du secondaire fassent des cours de rémédiation attendent toujours six (06) mois après sans recevoir leurs miettes.

Ce mutisme d’IBK face à cet imbroglio scolaire est un message on ne peut plus clair : « continuez avec la grève, moi je suis à la recherche d’un électoral pour ma réélection, en 2018, et l’AEEM est un vivier dans lequel je peux puiser. Tant pis pour les élèves de plus de 500 écoles fermées dans le Centre et Nord du pays ».

Un véhicule à l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) ne viendra que renforcer la violence dans l’espace scolaire et universitaire.

Yoro SOW
L’INTER DE BAMAKO

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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