Événements de Kidal : Le récit de MOUSSA MARA lors d’une conférence de presse à Gao

mardi 20 mai 2014

« On est arrivé le samedi à 12 H à Kidal. A notre arrivée, il y a eu pas mal de va et vient et des changements de dernière minute pour nous suggérer de ne pas sortir du camp de la Minusma et de faire toutes nos rencontres à la Minusma. On a évidemment rejeté la proposition. On est venu à la rencontre de l’administration, donc cela devait se faire dans un cadre approprié : au gouvernorat ou dans un service administratif comme on l’a fait à Tombouctou.

Mais ça ne peut pas être dans un camp militaire, encore moins un camp militaire qui n’est pas sous contrôle de l’armée malienne. Nous avons indiqué à la Minusma qu’on les remercie pour cette offre et on l’a décliné. Nous allons aller au gouvernorat et nous allons rencontrer l’administration malienne là-bas. C’est ainsi qu’à notre arrivée, la Minusma nous a convoyée au camp militaire. Le camp de la Minusma, c’est le camp 2. Il est un peu à l’extérieur de la ville. Ils nous ont convoyés au camp 1 qui est le camp de l’armée malienne situé à l’entrée de la ville. Arrivé là-bas, on a discuté avec les militaires pour prendre connaissance de leurs conditions de travail et après nous avons décidé de nous déporter au gouvernorat qui se trouve à deux kilomètres à peu près du camp N°1. Au moment où nous partions, on a appris que les forces des groupes armés qui pullulent dans la zone et qui n’ont pas de dénomination précise (tantôt Mnla, tantôt Hcua, tantôt Aqmi ou jihadistes), mais qui travaillent main dans la main, ont décidé de s’en prendre au gouvernorat quand on a décidé d’y aller. On s’est dit qu’à cela ne tienne nous partons. Et là nous avons une première surprise, la Minusma a refusé de nous accompagner au motif que des tirs sont en cours et qu’ils ne peuvent pas utiliser leurs véhicules blindés. Nous avons dit à la Minusma pas de souci, nous allons utiliser les véhicules du gouvernement malien. Et on a pris ces véhicules pour partir. C’est à la dernière minute que la Minusma a changé d’avis et on leur a dit non. Nous sommes partis au gouvernement et les tirs se sont intensifiés. Nous sommes pratiquement entrés au gouvernorat sous les tirs. Nous sommes entrés et l’ensemble du service administratif était présent. Il y avait une vingtaine de personnes dans le salon du gouverneur. Et nous avons tenu la réunion comme à Tombouctou. Tout ceci sous les tirs d’armes légères et d’armes lourdes. L’accord venait des groupes armés. On a tenu la réunion et à 17H30 on a décidé de partir prendre l’hélicoptère au camp militaire de la Minusma pour regagner Gao. Quand nous sommes partis l’armée a démobilisé son dispositif de défense du gouvernorat. Et là aussi, il faut comprendre car le gouvernorat a toujours été gardé par la gendarmerie et la Minusma. Ce n’est pas l’armée malienne qui gardait le gouvernorat et ça n’a jamais posé de problème. Donc l’armée a démobilisé la garde et nous a convoyés au niveau du camp de la Minusma pour prendre l’hélicoptère et partir sur Gao. Quand nous sommes arrivés au camp de la Minuma, la météo était de telle sorte que nous ne pouvions pas voler. Donc nous avons décidé de retourner au niveau du gouvernorat. En allant, nous avons constaté que le gouvernorat a été pris par les groupes armés qui ont sans doute vu là une aubaine. L’armée ayant enlevé son dispositif de défense, ils sont allés investir tout simplement le gouvernorat. Et ils ont pris en otage le service administratif qui était présent. Voilà comment le gouvernorat a été pris sans combat. Quand nous avons vu cela, on s’est replié sur le camp1. Les forces sont allées pour libérer le gouvernorat et il y a beaucoup de combats. Il y a des victimes civiles et militaires de part et d’autre. Arrivé au camp, la Minusma est venue nous dire qu’ils veulent nous exfiltrer dans leur camp. Chose que nous avons refusé. A l’heure où je parle, il y a des groupes armés qui pullulent dans la ville de Kidal auquel est venu s’ajouter des jihadistes et vous avez aussi les forces maliennes qui sont en train de se renforcer. Nous avons toujours été sous la protection des forces armés du MALI sous la direction du chef d’Etat-major des armées, Mahamane Touré, qui est actuellement à Kidal. C’est lui qui a dirigé toutes les opérations de protection et les opérations de confrontations. Et il est toujours sur le théâtre.
Violation flagrante de l’Accord de Ouagadougou, déclaration de guerre et entrée des Djihadistes à Kidal
Cette attaque est une violation flagrante des accords de Ouagadougou, une violation flagrante de toutes les attentes consécutives aux discussions faites en comité de suivi des accords d’Ouaga. C’est donc une déclaration de guerre à la République du Mali. Et en tant que telle cette violation recevra la réponse appropriée. Nous sommes en train de nous organiser et il faut profiter de cette situation pour régler définitivement cette affaire parce qu’on ne peut pas permettre qu’une ville du territoire malien soit un no man’s land ou vous avez toute sorte d’hommes qui circulent en arme. Nous n’avons jamais été pris en otage par qui que ce soit. Nous disposons d’informateurs qui depuis hier soir, vers 18h, nous ont indiqué que des colonnes de djihadistes sont arrivés tout feux éteints dans la ville. Ils sont entrain de converger vers la ville soit en moto, soit en pick up pour se regrouper. Cela n’est pas surprenant car c’est l’ensemble des djihadistes qui composent le mnla et le hcua qui ont attaqué Tessalit, Aguelhoc, Gao et Tombouctou. Les frontières entre ces différents mouvements sont poreuses. Nous avons une remontée de nos forces sur Kidal. Les forces étrangères ont toujours eu à cœur de nous aidé, mais dans le sens qu’ils ont souhaité. Le conflit au nord se règle et se règlera par des voies politiques, mais cela n’empêche pas que notre dispositif soit prêt à toute les éventualités. Il faut des confrontations pour qu’il y ait des accords. Donc les deux ne sont pas contradictoires.

Madiassa Kaba Diakité, envoyé spécial
( LE REPUBLICAIN)

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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