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ESCLAVAGE PAR ASCENDANCE A OUSOUBIDIANGNAN : Une dizaine de morts, les autorités sont priées d’agir

mercredi 6 octobre 2021

Pour avoir refusé d’accepter d’être des esclavages par ascendance, deux jeunes dans le village de Oussoubidiagnan, ont été battus et laisser pour mort, mercredi 29 septembre 2021. Cette énième agression doit être la fin d’une pratique qui a fait trop de morts.

Les images sont horribles, inacceptables, révoltantes, inhumaines. Même du temps de l’esclavage, le maitre esclave ne daignait traiter son captif de la sorte. Des gourdins descendre sur la tête des personnes humaines, on dirait des chiens arrangés. C’est ce traitement inhumain, injustifié que les populations de Ousoubidiangnan, ont imposé à des jeunes de Touroublé, qui refusent le statut d’esclave.

Selon la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, l’acte barbare s’est déroulé le mercredi 29 septembre 2021 en dehors des habitations. Sur la vidéo diffusée, plusieurs jeunes avec des gourdins, d’autres avec des bâtons donnaient de toute leur force des coups sur les personnes ayant les mains liées.

Selon une source sur place, la force des décharges a finalement eu raison d’eux. Les agresseurs ont appelé à tuer leurs captifs molestés comme du bétail.

Dans la journée de jeudi 30 septembre, nous apprenions la mort par bastonnade de 10 jeunes « esclaves par ascendance ».

Selon des habitants, les agressions ont continué dans la journée de jeudi 30 septembre 2021. D’autres villages opposés à l’esclavage se sont invités dans la danse.

Hé mon Dieu ! Où sommes-nous ? Dans un pays de respect des droits de l’homme ou dans la jungle ? Allons-nous continuer d’assister impuissant à ces scènes d’une horreur exceptionnelle, où des individus sont tués, à longueur de journée, pour la seule raison qu’ils refusent d’être esclavage ? Cette pratique de violation des droits de l’Homme en lien avec la pratique de l’esclavage par ascendance ne doit-elle pas pousser les autorités à sortir de leur silence « coupable » ? Parce qu’il est impossible en ce 21è siècle que des personnes prennent leur semblable pour des esclaves.

Le rapport 2020 de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH), y fait mention. Aguibou Bouaré et ses collègues sont convaincus « qu’il n’est possible d’obtenir une vie paisible dans quelque société que ce soit lorsque les droits les plus élémentaires d’une partie de ladite société sont niés ».

Comme mesure, le gouvernement n’a rien fait de spécifique excepté l’arrestation de certaines personnes reconnues avoir porté des coups et blessures. En attendant que le gouvernement ou le CNT n’y fait face, la CNDH, dans son rapport 2020 recommande : l’adoption d’une loi criminalisant l’esclavage par ascendance et les pratiques assimilées au Mali ; l’adoption d’une politique nationale de lutte contre l’esclavage au Mali ; l’appui à la CNDH dans l’organisation d’un forum sur l’esclavage par ascendance et les pratiques assimilées à Kayes impliquant la diaspora ; - l’appui aux OSC actives sur le terrain qui œuvrent pour les droits des victimes de l’esclavage par ascendance ; l’adoption, en collaboration avec la CNDH, des mesures urgentes et adéquates en vue d’un retour des personnes déplacées dans leurs villages respectifs ; l’appui à la scolarisation des enfants déplacés victimes du phénomène ; l’assistance humanitaire à toutes les personnes victimes de l’esclavage par ascendance ; la mise en place d’un programme d’insertion socio-économique des victimes de l’esclavage ; la diligence des procédures en lien avec l’esclavage par ascendance en matière pénale comme civile dans la région de Kayes, dans le respect des standards en matière des droits de l’Homme.

Ces pratiques discriminatoires et attentatoires à la dignité humaine sont fréquentes dans les cercles de Bafoulabé, Kita, Kenieba, Kayes, Yélimané, Diéma, Nioro du Sahel et Nara (dans la Région de Koulikoro), s’indigne la CNDH.

Chez les « maitres esclaves », les « descendants d’esclavages » sont considérés comme ayant un statut social inferieur, sont soumis à des pratiques coutumières dégradantes par les « maitres d’esclaves ». Ces derniers, considérés comme « nobles » disposeraient d’un statut social supérieur. Les premiers ne peuvent accéder à certaines fonctions de responsabilité, ne peuvent se marier qu’à l’intérieur de leur classe sociale. Leur statut d’« esclaves » par ascendance, en fait des dépeceurs d’animaux lors de festivités, bien que cela ne soit pas souvent sans contrepartie. En fonction des situations et des localités, ils ne peuvent donner leurs propres enfants en mariage. Ils ne peuvent pas être propriétaires fonciers. En cas de décès des époux, les femmes sont soumises à une période de viduité de 2 mois et 5 jours au lieu de 4 mois et 10 jours légaux pour les femmes.

Ce qui s’est passé mercredi et jeudi ne doit nullement rester impuni.

Hamidou B. Touré
ARC EN CIEL

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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