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Crise malienne : Surfer sur l’espoir

lundi 23 septembre 2013

Le gouvernement de IBK marque la volonté de mettre fin à la crise malienne par la voix du dialogue. Pour la première fois de son histoire, un gouvernement malien compte un « Ministère de la Réconciliation ». Mais, au regard de l’immensité de la tâche, l’on peut s’interroger sur l’efficacité de cette initiative.

En cette saison hivernale 2013, à Bamako, l’administration IBK se met en place. Il n’y a pas de temps à perdre. Le nouveau président et ses hommes savent qu’ils ne bénéficieront pas de période de grâce. Les priorités se bousculent. «  En plus de la question cruciale de la réconciliation nationale qui doit forcement aider à la pacification de la partie nord du pays, le nouveau Président doit songer à la reconstruction du pays, le redressement de l’économie et veiller à remettre les maliens au travail », a indiqué Nouhoun Keita, secrétaire administratif du parti SADI, l’un des nombreux soutien de la candidature de IBK au second tour de l’élection présidentielle.

Au Mali, comme à l’international, le nouveau président est considéré comme un espoir pour résoudre la crise du nord. « La réconciliation nationale demeure la priorité la plus pressante », disait IBK, le 4 septembre 2013, lors de son investiture. Mais comment parvenir à cette réconciliation ?

Le nord du Mali vit aujourd’hui dans une situation de «  ni paix, ni guerre ». Depuis l’intervention de l’armée française, les Djihadistes qui occupaient le nord du Mali, ont cherché d’autres terres d’accueil. Aujourd’hui, les armes se sont pratiquement tues. Mais, les rebelles ne sont pas désarmés. Le cantonnement annoncé dans la foulée de l’Accord de Ouagadougou, n’a pas eu lieu. Les soldats du MNLA et ceux de l’armée malienne se regardent en chien de faïence. Le MNLA ne cache pas sa volonté indépendantiste, même si aujourd’hui le discours est beaucoup plus édulcoré. La guerre peut reprendre d’un moment à l’autre.

Dans l’espoir de mettre fin à cette ambiance néfaste pour la quiétude, IBK a décidé de surfer sur la réconciliation et le développement. « J’enclencherai des actions appropriées pour forger des solutions robustes en vue d’une paix durable », a-t-il déclaré. Et, comme première action, IBK a initié un département ministériel dédié à la réconciliation et au développement des régions du nord.

Naffe Keita, enseignant chercheur à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Bamako, pense que la création du nouveau ministère pourrait être perçue comme un fort engagement des autorités à prendre à bras le corps la résolution pacifique de la crise du nord. Mais, il attire l’attention sur l’existence d’une commission nationale qui s’occupait déjà de la question.

Pour sa part, Aboubacry Mbodji, secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), propose au nouveau président d’aller rapidement à l’unification du pays. « Il faut qu’il associe tout le monde à un dialogue sincère  », a-t-il indiqué.

Cette proposition est pertinente, d’autant que les acteurs n’arrivent pas à s’accorder sur la signification de la réconciliation. Certains estiment qu’on ne saura parler de réconciliation sans justice. D’autres soutiennent qu’il ne sert à rien de remuer le couteau dans la plaie. Pour eux, il faut pardonner et aller rapidement à une réconciliation. De leur coté, les Touaregs du MNLA pensent que la réconciliation rime avec l’autonomie de l’Azawad.

Tout compte fait. Même, du côté de la rébellion Ibrahim Boubacar Keita bénéficie d’un préjugé favorable. « Avec IBK, nous avons beaucoup d’espoir », nous a déclaré Mahamadou Djéri Maïga, Vice-président du Conseil transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA), crée par le Mouvement de libération de l’Azawad. Selon lui, avec IBK, une solution sera trouvée à la crise. « IBK est un homme d’Etat rigoureux. Mais, à défaut d’une indépendance, il faut qu’on donne à l’Azawad la chance de s’auto gérer  », a-t-il indiqué.

L’enseignant chercheur Naffé Kéïta pense que « la revendication autonomiste du MNLA est une grosse bulle sur laquelle le mouvement Touareg, à dominance ifoghas, veut surfer pendant les futures négociations ». Selon, lui-même si on organisait aujourd’hui un référendum dans la zone, difficilement « l’autonomie » pourrait l’emporter. Tant ses partisans sont minoritaires.

Entre l’indépendance et l’autonomie, les nouvelles autorités maliennes pourront-t-elles, à travers les actions du nouveau département ministériel convaincre le MNLA à jouer toute sa partition dans le développement des régions nord du Mali, dans une décentralisation renforcée.

Dans tous les cas, même s’il ne donne pas les détails des actions qu’il compte mettre en œuvre, IBK veut « réconcilier les cœurs et les esprits, rétablir une vraie fraternité entre les maliens afin que chacun dans sa différence, puisse jouer harmonieusement sa partition dans la symphonie nationale  ».

Article produit par Assane Koné, Journaliste au Journal Le Républicain dans le cadre d’un atelier organisé du 2 au 12 septembre 2013, par la Deutsch Welle Akademie, sur le «  Journalisme sensible aux conflits »

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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