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CORONAVIRUS : Souleymane Cissé invite ses compatriotes à la prudence

lundi 20 avril 2020

De retour d’un séjour aux Etats-Unis, Souleymane Cissé n’arrive pas à comprendre l’attitude de ses compatriotes face au coronavirus. Dans une interview, il les invite à croire à la réalité de cette pandémie et à se protéger afin de protéger leurs proches. Mais, comme il fallait s’y attendre, il fait une bifurcation dans le cinéma malien pour mettre sur le tapis des problèmes récurrents du cinéma malien qui vont s’aggraver avec le coronavirus. Lisez !

Cinéma malien temps de corona virus

A la question de savoir comment le cinéma malien se porte-t-il en ce temps de coronavirus, Souleymane Cissé, l’icône du cinéma africain, a estimé que « c’est dur ». Selon lui, « c’est difficile ». Il a profité pour raconter une anecdote qui devrait en principe aider tous les sceptiques à comprendre l’ampleur de la menace. « J’étais invité à San Francisco à l’Université Barclays pour faire une présentation de mes films. Le coronavirus devient dramatique. Le 10 mars 2020, je devais prendre l’avion de Paris aux Etats-Unis et on avait peur que la France ne ferme ses frontières. Bon, avec un peu de chance, j’ai pu prendre l’avion le 10 mars et le 11 mars, il y a eu cette décision de confiner toute la France », a-t-il rappelé. Avant d’ajouter qu’ « arrivé à San-Francisco, deux jours après, l’on m’informe que l’Université est fermée. Il fallait que je retourne à Bamako. Et, là commence une grande difficulté ». En effet, selon Souleymane Cissé, « dejà à San-Francisco, le confinement commençait à s’installer. Les gens ne sortaient plus ». Et, avec un peu de chance, il eu un vol sur New-York. « Arrivée à New-York, c’était encore dramatique. Et, je ne savais même plus comment faire pour rejoindre Bamako. Et, la partie invitante qui est l’Université Barclays a tout fait pour que je puisse avoir une place dans un vol pour venir directement à Bamako. Je suis arrivée à Bamako le 18 mars 2020 », a-t-il précisé.

Selon le célèbre réalisateur malien, ce petit séjour aux Etats-Unis, en transitant par Paris, lui a permis d’apprécier la gravité du Coronavirus. « Cette maladie est très sérieuse. Mais, je suis surpris d’entendre des maliens doutés de la réalité de cette maladie. C’est dramatique, ce qui se passe avec le COVID-19 », a-t-il déclaré. Avant de regretter que « c’est vraiment malheureux pour ceux d’entre nos compatriotes qui ne croient pas ». Et, d’ajoute que de l’aéroport de Bamako à Bozola, là où il habite, qu’il a eu un choc terrible de voir le contraste entre ce qui lui a été donné de voir aux Etats Unis et à Paris et Bamako. « La foule dans les rues m’intrigue énormément. Et, cela est gravement inquiétant. Et, je me demande si nous sommes sur la même planète », s’est-t-il révolté. Avant de dire que « l’ambiance dans les rues de Bamako, m’a bouleversé. Et, une fois arrivée chez moi, je me suis terré. Je n’arrivais même pas à sortir de chez moi, pour rendre visite à des parents ou des amis. Je me suis confiné chez moi, et je sors très rarement. Et, j’ai l’impression que mes compatriotes n’ont pas suffisamment entendu parler de cette pandémie qui dépasse toutes les limites ». Convaincu que c’est une première dans l’histoire mondiale, Souleymane Cissé a estimé que « nous avons tous intérêt à revoir nos positions, à éviter les attroupements. L’Etat a raison et la fermé doit être de rigueur dans mon pays ».

Et, pour aider ces compatriotes à comprendre l’ampleur de la menace, Souleymane Cissé a annoncé : « j’ai fait un petit film sur mon périple aux USA et je vais le mettre à la disposition de l’ORTM comme m’a participation à la lutte contre le CODIV-19, par la sensibilisation de nos compatriotes ».

Partant du constat que « la pandémie dépasse toutes les normes », Souleymane Cissé a estimé que dans ce contexte, même penser au cinéma est tout un autre problème. Mais, qu’à cela ne tienne, il pense qu’ « il faut que les cinéastes aient confiance pour faire des choses qui puissent pousser nos compatriotes à croire au Coronavirus et à se protéger et à protéger l’autre ».

Il a profité de l’occasion pour demander au ministère de la santé de faire confiance aux cinéastes et de leur donner un petit moyen pour faire la sensibilisation.

Le cinéma pratiquement à l’arrêt

A la question de savoir l’impact du coronavirus sur le cinéma, Souleymane Cissé a estimé qu’il « complètement à l’arrêt ». Il a indiqué qu’ « on ne peut même pas en parler. Le Cinéma est complètement à l’arrêt. Avec la distanciation sociale d’un mètre à un mètre cinquante, on ne peut pas rassembler des gens pour filmer ».

Le report du Festival de Cannes à cause du coronavirus

A la question de savoir ce qu’il pensait du report du festival de Cannes à cause du Coronavirus, Souleymane Cissé a indiqué « Je pense que c’est normal ». Avant de déclarer que « tout est reporté. On devait me rendre hommage cette année au mois de juin à Paris par la cinémathèque française. Mais, ça été reporté ». Il a déclaré que « tout ce qui concerne des projets sérieux sur le cinéma a été reporté ». Jet, pour insister sur la gravité de la pandémie, il dira qu’en sa qualité de membre de l’académie des Awards aux Etats-Unis, qu’une correspondance a été adressée par cette académie à tous ses membres pour leur demander « de se protéger, de ne pas sortir ». Pire, il dira qu’en France, toutes les salles sont fermées et tout est arrêté. « Aux Etats-Unis, c’est pire. Alors, on ne sait plus comment faire. Même ceux qui ont les grands moyens, on tout arrêté. Et, nous ici au Mali, qu’est-ce qu’on peut faire face à cette pandémie ? Il faut qu’on se prépare, mais je ne sais pas comment », a-t-il déclaré, avec beaucoup d’amertume.

Le cinéma malien doublement frappé avec la réduction du budget du CNCM

A la question de savoir si le cinéma malien était doublement frappé avec la réduction du budget du CNCM, l’icône du cinéma malien a indiqué : « j’avoue que je ne suis pas un homme pessimiste. Je ne suis pas né pessimiste. Je suis un homme très optimiste. Toute ma vie, je me suis battu pour le rayonnement de notre cinéma. Mais, malheureusement notre vision du cinéma n’est pas pareille avec la vision des gens. Et, donc, c’est tout à fait normal qu’on se casse la gueule ». Il a estimé qu’au Mali « malheureusement, on ne s’adresse jamais à ceux qui savent. Les décideurs prennent toujours des initiatives à l’intention de ceux qui sont autour d’eux. Or, pour réussir, il faut faire appel aux expériences accumulées. Il faut parler avec ceux qui ont des connaissances dans des domaines précis. Il faut les écouter ».

Le Doyen des acteurs du cinéma malien a indiqué que « ce n’est pas agréable ». Il a regretté le fait qu’ « on nous a promis 6 milliards de FCFA pour financer le cinéma malien. Et, voilà que nous sommes à 3 ans. Et, nous n’avons rien vu ». Pire, il a estimé « nous ne verrons jamais rien, parce que le cinéma n’a pas d’importance au Mali, aujourd’hui ».

Souleymane Cissé est persuadé qu’ « on n’a pas eu de politique cinématographique au Mali, jusqu’à présent ». Estimant que cela est dommage, celui qui a écrit les plus belles pages du cinéma malien et africain, dire qu’or « le cinéma n’est pas seulement un facteur de développement, mais c’est une vraie vitrine ». Selon lui, « le Mali est un pays de culture. Partout dans le monde dès que tu parles du Mali, l’on te dira la culture malienne, la musique malienne. Et, le cinéma peut amener le Mali encore plus loin ». Et, pour cela, il se demande : « Pourquoi négliger ce potentiel cinématographique du pays ». Mais qu’à cela ne tienne, il a fustigé le fait qu’ « on préfère s’intéresser à d’autres machins qui n’apportent rien à ce pays-là qu’au cinéma ».

Et, très remonté, Souleymane Cissé dira que « ce n’est pas parce que moi j’ai fait yeleen ou que j’ai fait d’autres films qui ont rayonné dans le monde. Si non, il y a des jeunes ici au Mali qui peuvent faire mieux que moi. Mais, il faut les soutenir. Ils n’ont pas besoin d’avoir un papa ou d’avoir une maman quelque part. Il faut les soutenir parce que ce sont des créateurs. Ce sont nos créateurs. Et, tant qu’on ne fera pas ça au Mali, on n’avancera pas. Dans le domaine du cinéma, je veux dire. Le seul domaine que je connais ».

Le coronavirus comme source d’inspiration cinématographiquement parlant

Quant à la question de savoir si le coronavirus pouvait inspirer cinématographiquement parlant, Souleymane Cissé n’a pas tergiversé. « Ah oui. Mais oui. La preuve, il faut voir sur les réseaux sociaux, les petits films que les gens font. Ça dépasse l’imaginaire », a-t-il déclaré. Avant d’indiquer qu’ « il y a des cinéastes en 2018 qui avaient déjà parlé de cette contagion. Le titre du film est d’ailleurs ‘’Contagion’’ ». Il a estimé que quand une fiction cinématographique devient une réalité, cela en principe doit dépasser le cadre de la fiction. « Aujourd’hui, on est en crise. Et, je pense qu’aujourd’hui encore, le cinéma peut beaucoup aider pour mobilisation des populations pour lutter ensemble contre cette pandémie », a-t-il déclaré. Avant de préciser qu’ « il y a des jeunes qui ont du talent. Il faut qu’on leur donne un minimum tout simplement pour qu’ils s’éclatent ». Selon Souleymane Cissé, il y a des jeunes qui ont déjà réalisé des petits films de 3 à 5 minutes, qui viennent le voir. Mais, malheureusement, il ne sait que faire pour les aider. Selon lui, « on ne sait pas à qui s’adresser. On ne peut pas aller voir une société privée, ni les chaînes de télévisions. On ne peut voir personne au Mali. Alors-là, ça devient dramatique ». Mais, dans un élan d’espoir, il a estimé qu’ « à un moment, il faudrait qu’il ait une solidarité pour dire que le cinéma mérité notre adhésion. Cela est dans l’intérêt de notre avenir ».

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.