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    Au Mali, l’écroulement de l’Etat inquiète

    mercredi 15 novembre 2017 , par Assane Koné

    Au Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, la désagrégation de l’appareil étatique malien a nourri les inquiétudes. Un défi social et politique contre lequel bute la force militaire commune du G5 Sahel.

    A Gao, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) assure toujours, quatre ans après l’intervention militaire française au Mali, le fonctionnement de l’hôpital. Idem à Kidal, où le CICR a pris le relais de Médecins du monde. Médecins sans frontières fait de même à Tombouctou. Et au centre du pays, à Mopti, le CICR est de plus en plus seul pour opérer la remise en fonction du centre de réhabilitation orthopédique…

    Explication : alors que le mandat de l’actuel président malien Ibrahim Boubacar Keïta (élu en septembre 2013) s’achève à l’automne 2018, l’autorité et les capacités de l’Etat dans le pays ne cessent de reculer et de s’affaiblir, ouvrant la voie aux troubles ethniques et aux menées djihadistes. Une réalité mise en lumière lors du Forum annuel sur la paix et la sécurité en Afrique, qui s’est achevé mardi à Dakar.

    Le CICR tire le signal d’alarme

    « Le risque, c’est celui de l’affaissement généralisé de l’administration et des services publics. Dans toutes les zones « libérées » où les troupes françaises ont chassé les islamistes, l’Etat n’a pas repris sa place. Le vide perdure », s’inquiète un général sénégalais, ancien de la Minusma, l’opération des Nations unies au Mali.

    Très préoccupé par la dégradation des conditions humanitaires, le CICR a publiquement tiré le signal d’alarme. « Nous assistons à cet affaissement. L’agriculture et le bétail, qui sont les deux plus grosses activités économiques à l’intérieur du pays, sont en situation d’abandon. Nous devons fournir semences et vaccins », s’est inquiété à Dakar son directeur adjoint pour l’Afrique, Patrick Youssef.

    Incompétence de l’administration

    Impossible, en effet, de dissocier la situation sécuritaire au Sahel et l’équation malienne. A la fin novembre, le sommet Afrique-Union européenne à Abidjan (Côte d’Ivoire) doit confirmer le soutien de la France et de ses partenaires à la force commune du G5 Sahel pour laquelle chaque pays membre (Mauritanie, Niger, Mali, Burkina Faso et Tchad) doit fournir un contingent de 650 hommes. Cette force, selon le député français Gwendal Rouillard, spécialiste des questions de défense, « est un pas énorme lorsqu’on se souvient de la situation en 2011-2012. Une coordination se met en place. Les moyens militaires arrivent. Sur le plan sécuritaire, le dispositif se consolide. » L’idée est, à terme, de permettre à Paris de réduire son dispositif Barkhane, composé d’environ 4000 soldats stationnés en permanence dans la zone.

    Mais comment « tenir » le Mali si celui-ci s’effondre ? « Le problème clé n’est pas sécuritaire, confirme au Temps l’ancien premier ministre Moussa Mara, dont le parti tiendra ces prochains jours son congrès à Mopti, dans ce centre du pays de plus en plus instable. Le premier danger est l’incompétence de l’administration actuelle, dont l’action ne cesse de reculer. Les missions de base de service public, comme l’eau ou la santé, ne sont plus assurées. Comment voulez-vous que la population, dans ces conditions, résiste aux sirènes djihadistes ? »

    Affrontements communautaires

    A cette dégradation politique s’ajoute une nouvelle dimension : les affrontements communautaires entre les éleveurs peuls, deuxième ethnie du pays après les Bambaras. « L’attention internationale reste focalisée sur le nord, avec le problème touareg. Or c’est une erreur, poursuit Moussa Mara. L’appauvrissement généralisé de la région centre entraîne des affrontements ethniques inédits. Des exécutions sommaires ont eu lieu. Des éléments de l’armée sont soupçonnés. Une spirale de la terreur et de la défiance s’installe. »

    Un vétéran de l’action humanitaire dans le pays ajoute : « Le sort du Mali est pris en otage par le Nord et les Touaregs. Tout tourne autour de l’application des accords de paix d’Alger (signés en mai 2015) alors qu’il faudrait d’urgence un plan social à grande échelle, des initiatives pour la jeunesse. Un horizon. » La gangrène du trafic de drogue (qui remonte vers l’Europe via le Mali) et la corruption – l’entourage présidentiel est souvent pointé du doigt – font le reste. « Le G5 Sahel illustre une approche d’armée de riches. On planifie pour intervenir et frapper fort », poursuit notre interlocuteur. « Les djihadistes, eux, sont l’armée des pauvres. Ils se réinstallent au fil du délitement. »

    Candidature probable du président sortant

    En vue de la prochaine présidentielle, Moussa Mara réfute le tout sécuritaire. Le fait que les militaires français admettent désormais qu’il faudra « rester longtemps » au Sahel le rassure à moitié. « L’addition de moyens militaires ne réglera rien sans une relève politique et une volonté de reprendre le contrôle gouvernemental du pays, conclut-il. Or nous disposons des ressources humaines. Les ONG maliennes sont fortes. La société civile tient. Il faut oser l’alternance. » Avec un écueil : la candidature probable du président sortant IBK, qui inaugurait le Forum de Dakar 2017. « Sommes-nous coincés au Mali ? Honnêtement, la réponse est oui », admettait, après l’avoir écouté, un général français haut placé.

    https://www.letemps.ch/monde/2017/1...

    Pour plus d’informations sur le Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique : www.dakarforum.org

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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