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Atelier photographiques « Malick en héritages » : Des jeunes photographes maliens exposent leur talent

mardi 17 avril 2018

L’Institut Français du Mali a abrité le samedi 14 avril 2018, le vernissage d’une exposition photographique. Cette exposition est la restitution d’un atelier photographique, encadré par le photographe français Philippe Guionie et intitulé « Malick en héritages ». Et, tous ceux qui ont eu la chance de passer par l’Institut français du Mali, ont été rassurés : Malick Sidibé est certes parti, mais il a fait tellement d’émules talentueux (ses), que le Mali restera pendant longtemps une terre africaine de la photographie.

« Malick Sidibé est un célèbre chroniqueur des soirées bamakoises des années 1960-1970 et photographe de studio facétieux. Il est l’auteur d’une œuvre remarquable », nous a indiqué Philippe Guionie, l’encadreur de l’atelier. Selon lui, Malick Sidibé est un photographe emblématique de la photographie en Afrique, et a laissé une trace indélébile dans le regard des jeunes générations de photographes, notamment maliens.

« Cet atelier singulier a pour ambition de lui rendre un hommage respectueux et créatif en accompagnant pendant une semaine une sélection de 10 photographes maliens : 6 jeunes dames et 4 hommes », a-t-il indiqué. Avant d’ajouter que chaque participant devait produire une série inédite autour d’un thème traité à l’époque par le célèbre photographe malien. Selon lui, chaque série ainsi réalisée constitue à la fois un hommage assumé et un regard d’auteur sur les multiples facettes du Bamako d’aujourd’hui.

Plus précis, il dira que « l’enjeu de ces 5 journées est de permettre à chacun d’expérimenter ou développer de nouvelles formes de récits, de techniques, de distances… ». Selon lui, en fonction de l’histoire choisie, « les productions seront ouvertes à diverses pratiques, documentaires, fictionnelles, plasticiennes, … chacun s’attachant ainsi à la réalisation de portraits, reportage, paysage, autoportraits, mise en scènes… ».

Organisé en partenariat avec l’Institut français du Mali et le Centre de formation photographique de Bamako (CFP) dirigé par Youssouf Sogodogo, cet atelier a été une très belle occasion pour des jeunes photographes maliens d’exposer leur talent.

Fanta Diarra, kani Sissoko, Fatoumata Traoré, Oumou Traoré, Oumou Diarra, Mahamane I Tounkara, Aba Sangaré, Bako Coulibaly, Fatoumata Tioye Coulibaly et Aboubacar Traoré, pendant les 5 jours d’atelier, ont tout simplement « sourit à la vie », comme aimait le dire feu Malick Sidibé. Mieux qu’un héritage, il faut dire que Malick Sidibé a été ressuscité le temps d’un atelier. La jeune génération de photographes maliens, est allée tout simplement balader ses objectifs dans les lieux ou sujets de prédilection de Malick Sidibé : La nuit à Bamako, les boxers, le fleuve, les portraits en studio…Et, le résultat est au-delà des espérances.

Fanta Diarra et ses autoportraits de studios : Amusement, mais sérieuse

Fanta Diarra a choisi de faire des autoportraits, même si Malick Sidibé n’en faisait pas. Mais, de Malick Sidibé, elle garde l’essentiel : les photos de studios.

Pour qui ne sait pas que ce sont des autoportraits, l’on dira seulement que cette jeune photographe est parvenue, avec la photographie couleur, à restituer la quintessence des photographies de studio de Malick Sidibé, où la vigueur de la jeunesse malienne de l’époque occupait le sommet de l’estrade. Dans des gestuelles qui font rimer l’amusement et le sérieux, cette jeune photographe malienne, interroge et s’interroge, en temps que jeune femme.

Aba Sangaré, l’homme de nuit

Comme Malick Sidibé, Aba Sangaré a décidé de faire balader son objectif dans les nuits chaudes de Bamako. Si Malick Sidibé a eu le génie de nous rapporter les soirées et surprises party de l’époque, Aba Sangaré, sur les traces de ce génie, est allé à la rencontre de ceux qui animent aujourd’hui les nuits bamakoise.

Amoureux des détails, il s’est permis de nous montrer des montres bracelets d’un autre genre : Le dispositif de perfusion sur le bras d’une danseuses, dans une nuit noire de Bamako. Il restitue si bien la nuit, avec ses jeux de lumières et même le son de la musique qui transparait dans la gestuelle de ses sujets.

La femme dans le foyer vue par Kani Sissoko

Nous avons volontairement décidé d’intituler l’œuvre de Kani Sissoko, « l’échiquier », tant nous avons été émerveillés par la plasticité des six photographies juxtaposées. Et, lorsqu’elle ouvre la bouche pour donner une explication de son approche, l’émerveillement passe à un paroxysme indescriptible, tant cette artiste est en passe de faire parler ses photographies. Kani Sissoko est une adepte des arts plastiques, qui a opté d’utiliser l’appareil photo à la place du pinceau. Six calebasses. Jetées sur une étendue d’eau. Avec chacune un contenu particulier, qui lui donne une signification particulière.

La calebasse avec des noix de colas symbolise l’union ou le rassemblement. Une femme doit unir et rassembler les membres de la famille de son mari. La calebasse remplie de lait, traduit la sincérité, la pureté. « Dans un foyer, une femme doit être sincère et pure », nous a indiqué l’artiste. La calebasse avec les cauris, selon elle, traduit la fortune, la richesse. « Une femme doit amener une richesse, une fortune dans une famille », a-t-elle indiqué. La calebasse avec un liquide rouge, symbolise selon elle, la passion. « Une femme sans passion, restera un fruit amère », comme pour dire que la passion rime avec féminité. La calebasse avec les perles de reins, selon notre artiste symbolise l’intimité féminine. Et, le tout dans un climat de sagesse symbolisé par une calebasse contenant des noix de colas mélangées à un liquide rouge. Qui pouvait penser que le clic d’un appareil photo peut transporter toute cette dose de sagesse et d’enseignement. Il faut être Kani Sissoko pour le faire.

Corps nus et corps voilés, le contraste de Oumou Traoré

Malick Sidibé a travaillé sur des sujets en contact avec le fleuve, des baigneurs. Et, comme on ne peut pas s’habiller pour se baigner comme si on allait à un bal, cela va s’en dire que torses nus reviennent le plus souvent dans les images.

Oumou Traoré, sans être allée au fleuve, a capturé des images de baigneurs dans une cour de Bamako. Cette nudité, pas du tout gênante des baigneurs, contraste avec des images sous moustiquaire et en studio. Comme des voiles, ces moustiquaires cachent l’essentiel.

Ces images de Oumou Traoré, nous invitent à nous souvenir de ces images de Malick Sidibé qui dévoile à peine des intimité acceptables. Si Malick l’avait fait souvent sur commande de certaines clientes, Oumou Traoré a volontairement choisi de proposé un travail sur le corps de la femme, comme le ferait un sculpteur.

Les années 60 revisitées par Fatoumata Tioye Coulibaly

Si les photos de Fatoumata Tioye Coulibaly étaient en noir et blanc, l’on pourrait se méprendre et y voir la main de Malick Sidibé, tant il a été imité dans toute sa plénitude. Le Stidio est présent, avec un tissu jaune, noir et rouge en fond de scène.

Fanta Diarra et Kodjo, pose dans le vrai sens du terme, dans toutes les images, comme l’a fait à l’époque des sujets de Malick Sidibé. Même les tenues vestimentaires ont été adaptées au goût de l’époque pour renforcer la confusion et laisser entrevoir « Malick en héritages ».

Malick Sidibé n’a pas connu les émoticônes comme Fatoumata Traoré

Quand Fatoumata Traoré fait poser des émoticônes dans un studio photographique, nous ne sommes pas loin de Malick Sidibé. Les émoticônes ou Emojis en japonais, sont utilisées dans les messages électroniques et les pages web. Là nous sommes en plein dans la révolution numérique avec Internet et les réseaux sociaux. Cela n’est pas forcement de l’époque de Malick Sidibé.

Mais, vu le génie de ce photographe malien, ces héritiers peuvent se permettre de tout introduire dans le studio, son studio. Et, c’est ce qu’à fait Fatoumata Traoré, dans un studio décoré avec un tapis blanc noir, comme à l’époque de Malick Sidibé. Elle a simplement photographié et souvent en autoportrait, des jeunes filles et des jeunes hommes, qui portent des masques d’émoticônes. Mais, en même temps, l’on pourrait penser à cette série historique que Malick Sidibé a réalisée sur cette pratique que l’on observe dans le sahel à partir du 10ème jour du mois de Ramadan : « Les Yogoros ». Et, si sens le savoir, dans son subconscient, Fatoumata Traoré revisitait cette série de Malick Sidibé ?

Le studio fleuri de Oumou Diarra

Dans un studio à la Malick Sidibé, un peu trop coloré, mais tout de même captivant par la beauté du tapis qui couvre le sol et du fond de la scène. L’on pourrait penser que cette jeune photographe malienne a fait appel à un certain Abdoulaye Konaté, célèbre artiste malien pour décorer son studio.

Signe du temps, le bazin y occupe une place de choix. Dans la décoration comme dans l’habillement, le bazin est fortement usité. C’est ce studio féérique, que Oumou Diarra pose pour la postérité. Malick a fait des portraits. Mais Oumou Diarra nous propose des autoportraits. Et, comme Malick ses autoportraits (portraits) montrent l’épanouissement d’une jeune bamakoise d’aujourd’hui, à l’instar des sujets des époques du célèbre photographe. Dans ses autoportraits, Oumou n’est pas du tout triste. Elle sourit à la vie et la vit lui sourira forcement.

Comme Malick Mahamane I Tounkara immortalise des boxers. Et comme Malick, Bako Coulibaly va à la chasse des pirogues sur le fleuve.

Le voyage dans le travail de Aboubacar Traoré

Photographe malien Aboubacar Traoré n’est plus à présenter. Il a remporté le prix de l’Organisation internationale de la francophonie aux Rencontres de Bamako, en 2015, avec sa série « Inchallah », constituée d’images couleurs elle illustre des situations dans lesquelles on voit évoluer des êtres d’apparence humaine, pour ce qui est de leur corps, mais dont la tête se résume à un casque d’un noir profond sans ouverture, sans visière.

Ces individus portent des signes distinctifs (chapelets et vêtements) qui nous permettent de supposer le courant religieux auquel ils appartiennent. Mais, ici, point de « Inchallah ». « J’ai décidé de voyager dans les archives de Boubacar Traoré pour exposer ses qui traitent du thème de la condition humaine », nous a indiqué le photographe français Philippe Guionie, encadreur de l’atelier.

Mieux que de simples héritiers de Feu Malick Sidibé, ces jeunes photographes maliens, chacun dans son style et dans son approche, se bat pour se frayer un chemin pour s’imposer à travers ce dur art : la photographie. Mais, déjà, par leurs travaux, ils sont parvenus à clouer le bec à tous ceux qui, sans trop réfléchir, déclare de façon péremptoire qu’il n’y a pas de jeunes maliens photographes talentueux.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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