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Assassinat de Yattabaré : Le tueur condamné à la peine de mort

jeudi 21 novembre 2019

Inculpé d’assassinat, crime de torture, outrage envers des dépositaires de l’autorité ou de la force publique, Moussa Guindo, né vers 1993 à Bio (République de Côte d’Ivoire) et domicilié à Médina-coura, en face du Stade Omnisport Modibo Keita, a répondu de ses actes devant la cour d’assises. Les faits qui lui sont reprochés sont prévus et punis par les dispositions des articles 199, 200, 29 147 et suivants du code pénal. Il a été jugé et condamné à une peine de mort. C’était le mardi 19 novembre 2019.

L’arrêt de renvoi a rappelé que, dans la mosquée dite « de YATTABARY » à Médina-Courra en face du stade omnisport Modibo Keita, Moussa Guindo avait pris l’habitude d’effectuer les cinq prières de la journée avec les fidèles musulmans de ladite Moquée. Avant d’ajouter que la victime Abdoul Aziz Yattabary était l’Imam qui dirigeait fréquemment les prières en tant qu’Imam second. « L’inculpé Moussa Guindo l’aurait connu dans la Mosquée pendant des années avant de penser à nourrir un projet malveillant contre lui. Cette idée lui vint au moment où des informations sur l’enseignement d’un manuel scolaire comportant des pratiques contraires aux mœurs, circulaient dans les milieux religieux, à Bamako et ailleurs, notamment l’homosexualité », a indiqué l’arrêt.

Il ressort de l’arrêt que, ce jour, 19 janvier 2019 vers 5 heures du matin, Mousa Guindo quitta son dortoir dans un magasin contigu à la mosquée, muni d’un objet contondant, un gourdin, un couteau, pour faire un guet-apens dans la rue où passe quotidiennement l’Imam Abdoul Aziz Yattabary pour accéder à la mosquée. Comme d’habitude, l’Imam Abdoul Aziz quitta chez lui à cette heure pour diriger la prière du Fadjr, étant dans la rue, à mi-chemin du domicile et de la mosquée, il fut abordé par Moussa Guindo dans une certaine obscurité, qui lui posa deux fois la question : « qu’est-ce que je t’ai fait ? ». L’imam ne sachant pas quoi répondre, continua son chemin, Moussa Guindo d’abord le terrassa avant de lui assener plusieurs coups avec son gourdin à la nuque et d’autres parties de son corps. Selon l’arrêt, la victime, surprise par ces gestes, n’a pas eu le temps de crier au secours et son bourreau, lui donna plusieurs coups de poignard avec un couteau qu’il détenait.

« L’imam mortellement atteint, s’est efforcé de rejoindre la mosquée avant d’être identifié par le muezzin qui avait observé la scène et entendu les propos de l’inculpé à Yattabary, mais pensait plutôt à une altercation entre délinquants. Lorsqu’il l’identifia, le muezzin cria au secours pour alerter les fidèles qui étaient dans la mosquée. Ils transportèrent la victime à la clinique Pasteur où il rendit l’âme. Après son forfait macabre, Moussa Guindo alla se déclarer au commissariat du 3ème arrondissement qui ouvrit immédiatement une enquête sur instruction du procureur de la République », a déclaré l’arrêt.

Interrogé, Moussa Guindo a clairement reconnu les faits à l’enquête préliminaire et devant le Magistrat instructeur. Et à ces deux niveaux, il soutient qu’il avait pris l’initiative d’assassiner l’imam Abdoul Aziz Yattabary, les leaders religieux, Ousmane Cherif Madani Haidara, Mahmoud Dicko qu’ils qualifiaient de Mécréants, ainsi que le Président de la République.

C’est pour ces faits indiqués par l’arrêt de mise en accusation et de renvoi devant la cour d’assises que Moussa Guindo, a été jugé et condamné à la peine de mort.

L’accusé, devant les jurys, n’a nullement caché ses intentions et a reconnu tous les faits. Il a confirmé qu’il est le seul auteur de cet acte et a révélé qu’il a été au bureau du conseil islamique, en ce temps qui était dirigé par Mahamoud Dicko. Mais malheureux, malgré des va et vient il n’a pas pu le rencontrer. Aussi, il dira qu’il a cherché à rencontrer le gouvernement, le Président de la République, les leaders religieux mais en vain. Selon l’accusé, c’est à cause de leur silence et les propos qui ont été dit s sur lui, qu’il a enfin décidé de passer à l’acte. Et que, l’Imam Yattabary a été la première cible, mais les noms cités ci-dessus faisaient partie de ses cibles.

Maitre Kalifa Yaro, l’avocat de la partie civile, a estimé que c’est l’instruction définitive qui est effectuée à la barre, au cours de laquelle, les éléments des faits ont été soumis, les arguments ont été développés sur le plan juridique. Il dira qu’ils ont tenu à démontrer que les faits d’assassinats sont constitués, la torture est un crime de droit international.

Malgré tout selon lui, il a été question de la démence de l’accusé sur laquelle a porté la plaidoirie de son Avocat. Mais très vite, nous avons pu balayer les éléments contenus dans le rapport d’expertise sur la base de constatation simple.

« La peine de mort fait l’objet de moratoire, mais elle existe en tant que sanction dans notre code pénal. L’exécution ne ressort pas de notre compétence », a-t-il déclaré. Il se dit satisfait de la peine qui a été prononcé contre Moussa Guindo.

Bintou COULIBALY

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.