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Abandon du francs CFA : Un appel à partir de Bamako pour des états généraux

lundi 18 février 2019

Aller rapidement à des états généraux du franc CFA, est l’importante décision qui a été prise à Bamako le 16 février 2019, par des universitaires, chercheurs, militants, acteurs de la société civile, responsables politiques, citoyens africains et du monde entier. Réunis à Bamako, dans le cadre de l’édition spéciale de Migrance, sous l’égide du Forum pour un autre Mali (Foram), des intellectuels africains ont lancé un appel. Lisez l’intégralité de cet appel qui tance le franc CFA !

Initiative des états généraux du franc CFA et des alternatives

Bilan du Franc CFA :

-  Cette monnaie n’a pas permis la transformation structurelle des économies qui l’utilisent et les échanges intra-communautaires dans les zones CFA demeurent de l’ordre de 15 % contre plus de 60% dans la zone euro

-  Arrimée à l’euro, elle est trop forte pour les économies qui l’utilisent car elle agit comme une taxe sur les exportations et une subvention sur les importations

-  Elle nourrit la double répression monétaire et financière, du fait de la prééminence de l’objectif de défense du taux de change fixe avec l’euro, au détriment du financement de l’économie intérieure en zone franc.

-  Les réserves de change déposées au Trésor public français, censées en théorie assurer la stabilité du système, empêchent les Etats de réinvestir dans leurs propres économies dont nombre sont défaillantes. Ainsi, les pays qui utilisent le franc CFA sont aujourd’hui en queue de peloton des indicateurs de développement humain (IDH) même si certains pays affichent des taux de croissance au-delà des 5%

-  Les billets et pièces CFA sont fabriqués exclusivement en France, nourrissant ainsi la persistance d’une sujétion vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale qui réduit fortement l’indépendance de facto des Etats qui utilisent cette monnaie

-  La décision du Conseil de l’Europe du 23 novembre 1998, exigeant d’être informé par la France de toute modification substantielle intervenant au sein de la zone franc, ajoute à la tutelle française, celle de l’Europe et rend pratiquement impossible l’aboutissement heureux de toute initiative africaine en matière de gestion du dispositif monétaire relatif au franc CFA

-  La convertibilité du franc CFA avec le seul euro favorise les entreprises européennes, notamment les grands groupes français au détriment d’autres entreprises qui souhaiteraient investir en Afrique, ce qui en soi constitue un frein à la concurrence libre et non faussée dont se targue pourtant régulièrement la Commission de Bruxelles

-  Enfin cette convertibilité permet à une classe de nantis africains de déposer leurs pécules amassés plus ou moins légitimement dans des banques européennes, sans réinvestir dans l’économie de leur propre pays, trahissant un manque de confiance dans l’avenir de leur pays tout en se préparant, en catimini, un parachute doré dans des pays occidentaux. C’est ce qui a pu être appelé à juste titre : la servitude volontaire.

Le franc CFA n’est pas le seul frein au développement des pays qui l’utilisent. D’autres obstacles peuvent être identifiés. Sa suppression ne mettra pas un terme à l’ensemble des difficultés que ces 14 pays rencontrent. Et en l’espèce il ne saurait y avoir de grand soir. Néanmoins nous souhaitons pouvoir disposer d’un droit régalien souverain légitime et subséquemment être en capacité de décider des politiques publiques à mener pour le bien-être des populations, sans tendre la sébile tandis que des réserves demeurent disponibles dans les caisses du Trésor public français.

De la nécessité des Etats généraux : modus operandi

Au regard de la pauvreté endémique des 14 pays utilisant, aujourd’hui encore, le franc CFA, au regard du sang qui a coulé des héros africains qui se sont insurgés contre cette monnaie servile, au regard de la jeunesse qui s’embrase de Lomé à Douala, en passant par Dakar, Bamako, ou Abidjan, le temps est venu de se réunir et d’établir un bilan sérieux de cette monnaie.

Afin que les débats contradictoires soient féconds, nous invitons les économistes, les historiens, les membres de la société civile et les politiques, qui auront le courage, de nous rejoindre à la table des négociations. Chacun a sa part de responsabilité. Nous appelons toutes les bonnes volontés afin d’élaborer dans un premier temps, une méthodologie rigoureuse, puis dans un second temps différents scenarii prospectifs permettant d’évaluer quel dispositif monétaire pourrait se révéler demain le plus pertinent, pour décider du nom de cette nouvelle monnaie, ainsi que des différentes étapes à suivre en établissant un échéancier précis pour sortir progressivement mais sûrement de l’ornière de cette monnaie qui nous tire vers le bas afin d’envisager rationnellement un changement des paradigmes économiques au niveau régional.

Nul doute que certains craindront une déstabilisation de nos économies déjà fragiles, mais vu notre niveau de développement actuel et la gabegie observée pourquoi ne pas oser le pari de l’avenir : une monnaie par et pour les Africains, gage de maîtrise de notre destinée.

Vu les différentes raisons évoquées, les problèmes soulevés, les désirs d’avenir qui s’expriment ici et là, nous en appelons à Bamako ce 16 février 2019, au rassemblement en faveur d’un projet ambitieux : les états généraux du franc CFA et des alternatives.

Nous, universitaires, chercheurs, militants, acteurs de la société civile, responsables politiques, citoyens africains et du monde entier, nous engageons dans cette entreprise vertueuse par la création et l’impulsion de comités locaux inclusifs et d’un comité de coordination. Ces comités auront la responsabilité de faire un état des lieux exhaustif du franc CFA afin d’identifier les leviers d’une réforme monétaire profonde pour tous les pays concernés et de définir les alternatives idoines, sans à priori et dans le seul but de l’intérêt général.

Fait à Bamako ce 16 février 2019,
Le Comité provisoire de coordination des états généraux du franc CFA et des alternatives

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.