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Orpaillage par dragage au Mali : Face à l’interdiction, les acteurs proposent une meilleure organisation du secteur

lundi 19 octobre 2026, par Assane Koné

L’orpaillage par dragage, c’est une activité pratiquée par des milliers de personnes, notamment des déplacés. Ne connaissant pas d’autres activités à exercer depuis qu’ils ont quitté leurs localités respectives pour subvenir aux besoins de leurs familles, des déplacés déplorent l’interdiction de l’orpaillage par dragage et exhortent le gouvernement malien à mieux organiser le secteur.

L’orpaillage par dragage dans les lits des cours d’eau est formellement interdit par la législation malienne. Le nouveau code minier du Mali (loi n°2023-040 du 29 août 2023) reconduit l’interdiction totale de l’exploitation de substances minérales par dragage dans les lits des cours d’eau. Cette interdiction vise à stopper la destruction des écosystèmes aquatiques, notamment sur le fleuve Niger, et à lutter contre la pollution chimique et l’envasement.

A rappeler que, << la destruction des dragues c’est une mesure gouvernementale qui vient du code minier de 2019 et 2013. Cet acte de fait s’est déroulé dans la région de Koulikoro. Lors d’une mission de contrôle, 23 dragues qui polluent et menacent l’existence du fleuve Niger ont été saisies et détruites, c’était en novembre 2025 », source, Sahelie.com.

Venus d’un peu partout au Mali, Issus de différentes localités, des déplacés depuis qu’ils ont quitté leur ville et village, se sont engagés dans les activités de l’orpaillage par dragage. Pas pour chercher seulement de l’argent, mais dans l’espoir de pourvoir subvenir à leurs besoins. Ali Natomo dit Kamari, de Djènè (Kouakrou), président de l’association des Bozo orpailleurs par drague à Wassolo, déplacé depuis 2014, explique, qu’ils pratiquent ce travail pour pouvoir vivre. Et voir aujourd’hui qu’on interdit cette source de vie, pour lui c’est un désespoir. « Cela nous panique, car depuis qu’on a quitté chez nous à cause de l’insécurité, on ne connaît que ça. Au lieu d’attendre l’aide du gouvernement on a préféré travailler », a-t-il indiqué. Il demande au gouvernement de mener une enquête sur le terrain et voir ce qui se passe réellement. « On souhaite qu’on trouve une solution pour une meilleure pratique de ce travail. Et que cela puisse servir tout le pays. On n’a des bouches à nourrir, si cela est interdit ça sera une catastrophe. Tout ce qui se dit sur les conséquences sur le fleuve n’est pas vrai », a-t-il laissé entendre.

Sidiki Tapo de Mopti, déplore l’interdiction de l’orpaillage par dragage. Une source de revenue pour lui, qui les aides à vivre et prendre en charge leurs familles qui sont restées chez eux malgré l’insécurité. Il évoque les mêmes préoccupations que le précédent intervenant. Il ajoute qu’ils ne savent rien faire d’autres depuis leur arrivée. Il demande au gouvernement de revoir la décision en vue de trouver une autre solution pour tous. « Si on doit retourner chez nous maintenant ça ne sera pas bon », a-t-il regretté.

Madou Kanté dit Madou Zoulou de Kangaba, l’un des premiers orpailleurs, président de l’association de drague national, rappelle que, l’orpaillage se pratique à Kangaba depuis les années 1981. Il remonte l’histoire en disant, « on importait le drague et c’était très chère. A l’époque, ça coutait 14 millions. Travaillant comme réparateur,b on a réussi à fabriquer le drague nous-même. Et depuis lors, c’est devenu notre travail quotidien. Cela nous aide à subvenir à nos besoin ».

Le président l’association de drague nationale révèle que le gouvernement malien, a suspendu l’orpaillage par dragage au temps de l’ancien Président IBK avant de l’interdire complément. Il affirme qu’ils n’ont pas été informés de cette décision d’interdiction prises par le gouvernement à plus forte raison sur les conséquences. Il a signalé qu’à cause de l’insécurité dans le nord, Kangaba héberge beaucoup de déplacés, et l’orpaillage par dragage y est la seule activité. Elle était devenue une vraie source de revenus qui prend en charge des familles.

Selon lui, c’est pratiquement cette activité qui a la capacité de nourrir des centaines de bouches au Mali. « Il faut que le gouvernement comprenne que nous sommes des fils et filles du Mali. On a décidé de rester ici et de travailler. Dans toutes choses il y a des conséquences et des avantages. Mais qu’ils essayent de nous comprendre et de voir comment cela peut s’ arranger. On n’utilise aucun produit qui peut polluer le fleuve. On veut qu’on nous associe à des décisions, qu’on nous écoute pour qu’on puisse voir ensemble ce qui est bon ou mauvais dans ce travail », a-t-il suggéré.

Amadou Sacko de Ngolobougou, membre de Drague international, déclare que la décision d’interdiction à beaucoup impacté sur eux. Surtout la destruction des dragues. « On cherche le caillou et le sable avec ce matériel de drague. Les déplacés qui viennent chez nous, ont les initient à faire ce travail. On n’a pas d’autres moyens que cela. Si le gouvernement organise mieux, chacun peut avoir un avantage. Chaque travail à ses conséquences, mais beaucoup d’autres choses détruisent le fleure que le drague, notamment certains produits comme le mercure. Il faut vraiment une enquête pour ça », a-t-il souhaité.

Sanata Keita de Nakanina, pratiquante de cette activité à Kéniégué, cercle de Kangaba, depuis des années, a indiqué : « toutes nos revenus viennent de cette activité de drague. On prépare aussi des nourritures pour vendre. La décision d’interdiction de l’orpaillage par dragage ne nous arrange surtout pas. Cela nous aide à vivre », a-t-elle rappelé avec force.

Korotoumou Camara de Nakanina, et qui travaille à Kéniégué, cercle de Kangaba, a indiqué que son travail consiste de rincer le sable pour récupérer l’or. Pour elle, c’est une vraie source de revenus qui les aide à subvenir à leurs besoins. Elle nous révèle que beaucoup de femmes font ce travail. Elle déplore l’interdiction de l’orpaillage par dragage et demande au gouvernement de formaliser ce travail pour que chacun trouve sa part.

Moussa Doumbia, porte-parole du chef de village de Kangaba, a indiqué que chez eux, l’orpaillage a plus d’avantage que d’inconvénient.

Concernant la décision d’interdiction par le gouvernement, les 11 villages de kangaba ont tous dit que ce n’est pas facile d’arrêter ce travail. Car les déplacés qui vivent de cette activité, sont plus nombreux que la population elle-même. Selon lui, chacun vit de cette activité, étant entendu que les sources de revenus de Kangaba ne suffisent pas si on doit tous vivre sans ce travail. Il a estimé que ça sera une catastrophe. « Une décision est une décision. Mais, on demande au gouvernement de venir enquêter sur le terrain afin de voir la réalité. Cela évitera beaucoup de choses. On a reçu l’information d’interdiction sur papier, mais on veut vraiment plus de précision sur les conséquences. Ce qui nous permettra de voir clairement ce qui est reproché à cette activité et de nous comporter en conséquence », a-t-il déclaré.

L’orpaillage de façon illégal a toujours eu des conséquences sur l’environnement

Djibril Diallo, géologue, nous parle de l’orpaillage en général. Pour lui, à chaque période hivernale, l’activité d’ orpaillage est suspendue pour 3 mois, le temps que la saison de pluie passe. Cela a un côté social et technique. D’abord, cela pousse les orpailleurs à aller faire l’agriculture, car la plupart sont des agriculteurs. Pendant l’hivernage, il y a beaucoup d’effondrements de mines artisanales au niveau de l’orpaillage. L’un des objectif est de protéger les orpailleurs eux-même. Il a déclaré que l’orpaillage a toujours eu une conséquence sur l’environnement. Parce que c’est une activité qui n’est pas organisée ni encadrée par l’Etat et qui échappe complément à l’Etat, bien qu’il ait plusieurs fois affiché sa volonté d’organiser le secteur. Malheureusement, il a regretté le fait que jusqu’à present, l’Etat n’a pas pu mettre en place un mécanisme pour pouvoir mieux l’organiser et encadrer ce secteur.

Explication de la procédure

Le géologue dit, dans le code minier, il est prévu que l’orpaillage se fasse uniquement dans le couloir d’orpaillage, attribué uniquement à la Mairie qui autorise les orpailleurs à s’installer afin de faire l’orpaillage. Et récolte les impôts et taxes de ces orpailleurs. Mais en contrepartie, selon lui la mairie doit veiller à la quiétude, au respect de l’environnement dans ces zones. Malheureusement, il dira que cela n‘est pas respecté, parce que la plupart des orpailleurs exercent en dehors de ces couloirs. Et malheureusement, les Mairies qui sont sensées chercher ces couloirs d’orpaillages, ne connaissent pas les procédures administratives. Cela à une conséquence très grave sur l’environnement, car la plupart de ces orpailleurs s’installent à côté d’une rivière ou du fleuve et ils jettent leurs rejets au niveau de ces rivière et fleuve. Et, cela détruit complètement la faune et la flore aquatique. Il a aussi dénoncé le fait qu’ ils creusent souvent des trous qu’ils ne referment jamais. Selon lui, cela est très dangereux pour les animaux qui peuvent tomber dedans.

Pire, il a estimé qu’« il y a certains orpailleurs qui utilisent des produits chimique tels que les cyanures qu’ils ne maitrisent pas et qui peuvent contaminer les rivières et les fleuves créant une vraie catastrophe écologique et tuer toute la faune aquatique>>.

Des solutions à préconiser

Comme solution, selon le géologue l’Etat doit mieux organiser ce secteur en essayant de créer une agence nationale de la gestion de l’orpaillage qui va gérer et encadrer cette activité comme au Ghana, au Burkina et en Coté d’Ivoire.

Selon lui, cela est très important car c’est un secteur pourvoyeur d’emplois, même si c’est de l’auto emploi. Il a même avancé le chiffre de 1 millions d’emplois offert à des Maliens. Il a aussi indiqué que plus de 2 millions de maliens vivent de ce secteur.

Mieux, il a suggéré de penser à créer des centres de formation professionnelle de 6 mois à une année au maximum, pour former des orpailleurs dans les techniques d’orpaillage moderniser et en les octroyant une attention ou un diplôme.

Concernant le drague, il a indiqué que le code minier de 2019 avait interdit l’activité. Et le code minier de 2023 a repris les mêmes interdictions ce qui fait que le dragage est interdit sur l’ensemble du territoire du Mali. << C’est la raison pour laquelle l’Etat prend des mesures pour punir ceux qui font l’exploitation illégale à travers ces dragues>>, a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que c’est pourquoi, l’Etat à travers les services de répression brule souvent ces dragues pour décourager d’autres à pouvoir amplifier cette activité. « Je me suis toujours dit que, ce n’est pas bien d’interdire le dragage. Il serait plutôt bien de faire une analyse des objectives et voir comment pouvoir encadrer ce secteur et de bien l’organiser, afin que cela n’ait pas d’impact sur l’environnement », a-t-il suggéré. Il a ajouté que, cette activité créée de l’emplois. Selon lui , ce sont plus de 500 milles jeunes qui peuvent se retrouver dans la rue, et cela est un danger pour l’Etat avec ces conséquences, comme le banditisme.

Comme solution, il propose la suspension avec des conditions strictes à respecter. « On peut suspendre le temps de trouver les solutions à ce problème. Mais le code est entériner et promulguer. L’Etat est obligé d’appliquer la loi », a-t-il regretté. Avant de déclaré que c’est aux acteurs de voir maintenant quelles sont les stratégies à déployer pour approcher les décideurs afin de voir quelle solution trouver pour que leur activité puisse reprendre. Mais, à des conditions, faire en sorte que cette activité n’ ait pas d’impact ou même moins d’impact. Car toutes les activités humaines ont des conséquences sur l’environnement.

Moussa Diamoye, directeur général de l’Agence du Bassin du Fleuve Niger, Chevalier de l’Ordre National, nous précise qu’au Mali, la forme traditionnelle d’exploitation de l’or qui demeurait moins destructrice de l’environnement, n’est malheureusement plus qu’un lointain souvenir. Selon lui, depuis quelques années, le fleuve Niger ainsi que certains de ses affluents sont devenus le théâtre d’une intense activité d’exploitation artisanale mécanisée de l’or par dragage.

Cette forme d’exploitation de l’or, très polluante et dégradante de l’environnement, selon lui, est formellement interdite par la Loi 2023-040 du 29 août 2023 portant code minier en République du Mali, qui stipule en son article 62, alinéa 2, que « l’exploitation de substances minérales soumises au régime des mines dans les lits des cours d’eau par dragage ainsi que par toute autre méthode est interdite ».

En guise d’explication, il dit, les mesures de cette interdiction sont entre autres : Article 209, alinéas b et c : « sont punis d’un emprisonnement de trois (03) ans et d’une amende de cinq millions (5 000 000) francs CFA : ceux qui se livrent à l’orpaillage illégal ; ceux qui apportent aide et assistance aux prospecteurs et aux exploitants non autorisés ». Article 212, alinéa c : « sont punis d’un emprisonnement de deux (02) ans et d’une amende de cinq millions (5 000 000) francs CFA : ceux qui se livrent à l’exploitation de substances minérales par dragage ».

Le directeur général de l’Agence du Bassin du Fleuve Niger ajoute que, l’interdiction de l’orpaillage par dragage a pour conséquences : La protection des écosystèmes terrestre et aquatique ; la conservation de la biodiversité ; l’amélioration de la qualité de l’eau ; la préservation de la santé humaine et animale ; le développement des activités économiques (agriculture, pêche, élevage…) ; la réduction de l’érosion des berges ; la réduction des conflits entre usagers des ressources en eau…

Les conséquences de l’orpaillage par dragage

Les conséquences de l’orpaillage par dragage sont multiples et variées, parmi lesquelles il cite : la détérioration de la qualité des eaux par la création des turbidités et contamination ; la diminution du taux d’oxygène dans l’eau entraînant progressivement l’asphyxie du milieu, et l’altération voire la disparition de la flore et de la faune aquatiques ; la destruction du lit mineur et la dégradation des berges dues à la présence des dragues ; la modification de la topographie du lit du cours d’eau, formation de bancs de sable et/ou de gravier entrainant la faiblesse des débits, l’étiage précoce et pouvant même occasionner l’arrêt des écoulements. A cela s’ajoute, le dysfonctionnement des systèmes de pompage et d’exploitation de certains offices et sociétés, du fait des eaux turbides et boueuses (SOMAGEP, Société Malienne de Lithium, Périmètre de Manincoura au niveau de l’ODRS) ; la pollution par des produits dangereux (mercure, cyanure, etc.) avec des risques potentiels sur l’environnement et la santé ; les conflits latents entre les pêcheurs et les chercheurs d’or par dragues ; la déscolarisation avec la forte présence de jeunes enfants des deux sexes.

<< Depuis plus d’une décennie, le MEADD est dans la dynamique de mieux organiser le secteur avec les orpailleurs. Cette volonté s’est traduite par l’élaboration d’un plan d’actions à court, moyen et long termes de lutte contre l’exploitation de l’or par dragage sur les cours d’eau au Mali>>, a-t-il dit. Plus loin, il dit, les objectifs de ce plan d’actions sont entre autres : Contrôler les conditions d’exercice de l’activité d’exploitation ; informer et sensibiliser les exploitants sur les dangers de l’exploitation de l’or par dragage ; déguerpir tous les exploitants d’or par dragues sur les cours d’eau au Mali ; instaurer le dialogue entre les faîtières et les services techniques après déguerpissement ; réinsérer les acteurs dans le tissu productif formel et dans un cadre communautaire ; récupérer et dépolluer les sites dégradés.

Moussa Diamoye conclu en disant que ledit plan d’actions, d’un montant estimatif d’environ quatre milliards (4 000 000 000) F CFA, est pour son exécution buté à des contraintes, notamment celles d’ordre financier.

Bintou COULIBALY


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