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Restitution des biens culturels du Mali : Une stratégie nationale pour reconquérir le patrimoine et revitaliser le Musée national

samedi 17 octobre 2026, par Assane Koné

Sous l’égide du ministère en charge de la culture, le 16 octobre 2026, lors d’une conférence de presse organisée au CICB, le Mali a levé le voile sur sa stratégie nationale de restitution des biens culturels, qui repose sur une approche scientifique, juridique et diplomatique. Au cours de cette conférence de presse, l’opinion nationale et internationale ont été informées de la volonté ferme du Duc allemand Franz von Bayern, de restituer 223 biens culturels maliens.

Le Mali vient de donner le top départ pour la restitution du patrimoine culturel malien conservé à l’étranger. Le vendredi 16 octobre 2026, Mamou Daffé , ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, a présidé une conférence de presse au cours de laquelle, les grands axes de la stratégie nationale destinée à identifier, documenter et obtenir le retour des biens culturels maliens dispersés à travers le monde, ont été présentés.

Placée sous le thème « Restituer notre patrimoine, revitaliser notre Musée national », cette conférence de presse a affiché les ambitions des autorités maliennes qui dépassent la simple récupération d’objets anciens. << Conformément à la volonté des plus hautes autorités maliennes, nous voulons par cette stratégie rétablir le lien entre le peuple malien et les témoignages matériels de son histoire, tout en renforçant les capacités nationales de conservation, de valorisation et de transmission du patrimoine>>, a indiqué Mamou Daffé, ministre de l’artisanat, de la culture, de l’industrie hôtelière et du tourisme. Il dira que l’enjeu est à la fois historique, identitaire et stratégique. << Il s’agit pour nous de permettre aux générations présentes et futures de renouer avec les traces matérielles des civilisations qui ont façonné le Mali, mais aussi de faire du patrimoine un levier de développement culturel et de rayonnement international>>, a-t-il déclaré.

Une commission pour coordonner les démarches de restitution

Pour sa part, Dr Daouda Keita, directeur national du Musée national, et non moins coordinateur de la Commission nationale qui vient d’être mise en place, a présenté la restitution des biens culturels comme une question à la fois « épineuse et exaltante ». Il a salué la mise en place de la Commission de restitution des biens culturels du Mali. Selon lui, cette approche va donner une nouvelle impulsion aux démarches engagées pour le retour des œuvres conservées hors du territoire national.

Il a ensuite indiqué que créée auprès du ministre chargé de la Culture, cette commission est appelée à jouer un rôle central dans la coordination des recherches, la constitution des dossiers et le suivi des procédures auprès des institutions et des États concernés par des biens culturels maliens. << Son fonctionnement doit s’appuyer sur plusieurs compétences complémentaires>>, a-t-il indiqué.

Il a annoncé que le volet scientifique concerne la recherche de provenance, l’identification, l’inventaire et la documentation des œuvres. Pour ce qui concerne le volet juridique, il dira qu’il porte sur l’analyse des situations et la constitution de dossiers solides. Quant au volet diplomatique, il a estimé qu’il doit faciliter les échanges et les négociations avec les détenteurs des biens et les autorités des pays concernés. << Cette organisation vise à doter le Mali d’un dispositif national cohérent, capable de défendre ses intérêts patrimoniaux et de conduire les procédures de restitution sur des bases documentées>>, a-t-il révélé.

L’ambition affichée est mondiale

<< Le Mali ne souhaite pas limiter ses démarches à un pays particulier, mais rechercher ses biens culturels partout où ils se trouvent, dans les collections publiques comme privées>>, indiqué le ministre Mamou Daffé. Et, pour mettre un accent particulier sur l’ampleur de la tâche, Dr Daouda Keita dira que le musée du quai Branly-Jacques Chirac, à Paris, conserve à lui seul une collection de plus de 1 600 œuvres concernées par la réflexion sur le patrimoine malien. Selon lui, ce chiffre illustre l’importance du travail d’identification et de documentation à mener. << Avant d’engager les procédures appropriées, il est nécessaire de mieux connaître les objets, leur origine, leur histoire, les circonstances de leur acquisition et leur statut juridique>>, a-t-il indiqué. Et, pour cela, il dira que l’ inventaire constitue une étape déterminante.

Selon lui, cette étape permettra de disposer d’informations fiables pour établir les priorités, préparer les dossiers et engager les démarches auprès des institutions détentrices.

Au nom des autorités maliennes, le Ministre Mamou Daffé a indiqué que cette volonté du Mali à vouloir entrer en possession de ses biens culturels, ne doit pas être envisagée comme une confrontation systématique avec les musées étrangers. < Elle doit pouvoir ouvrir la voie à une coopération renouvelée, fondée sur le dialogue, la recherche conjointe, les échanges d’expertise et le respect des droits patrimoniaux>>, a-t-il déclaré. Avant de préciser que l’ objectif est de faire prévaloir une approche globale, dans laquelle la restitution devient un moyen de renforcer les relations culturelles internationales tout en défendant les intérêts légitimes du Mali.

Le dossier des 223 objets : une perspective prometteuse

Dr Daouda Keita a porté à la connaissance des journalistes que le Duc Allemand du nom de Franz von Bayern, dans une lettre d’ intention datée du 18 mai 2005, a exprimé sa volonté de donner une collection de 223 biens culturels maliens à une institution muséale malienne reconnue. << Cette collection représentative de plusieurs traditions culturelles du Mali, constitue une piste importante dans les démarches engagées pour le retour des biens culturels nationaux>>, a-t-il indiqué. Mais, il a tenu à préciser que le dossier se trouve à une étape où plusieurs éléments restent à préciser, notamment les modalités de la donation, la documentation des objets et les conditions de leur transfert.

Le ministre Mamou Daffé a souligné l’importance de cette perspective, en insistant sur la responsabilité de l’État d’assurer non seulement le retour des œuvres, mais également leur bonne conservation et leur accessibilité au public. << Au-delà de leur valeur patrimoniale, ces 223 objets pourraient contribuer à enrichir les collections nationales, à soutenir la recherche et à offrir aux Maliens une meilleure connaissance de leurs traditions artistiques et culturelles>>, a-t-il estimé.

Du retour des œuvres à la revitalisation du Musée national

La stratégie nationale ne s’arrête pas à l’identification et à la récupération des biens culturels. Elle pose également la question essentielle de leur accueil, de leur conservation et de leur valorisation une fois de retour au Mali.

Le Musée national apparaît clairement comme le principal acteur de cette nouvelle dynamique. << La perspective de nouvelles acquisitions patrimoniales implique une préparation des espaces d’exposition, le renforcement des équipements et la mise en place de conditions adaptées à la conservation préventive des collections>>, a indiqué le ministre Mamou Daffé.

Cette préparation doit permettre d’éviter que le retour des œuvres ne se limite à une opération symbolique. << Il s’agit de créer les conditions pour que les objets retrouvent une place durable dans la vie culturelle nationale>>, a-t-il ajouté. Avant d’indiquer que la revitalisation du Musée national suppose également de renforcer sa fonction scientifique, éducative et patrimoniale. << Les collections restituées pourront alimenter des travaux de recherche, des expositions thématiques, des activités pédagogiques et des initiatives destinées à rapprocher les populations de leur patrimoine>>, a-t-il suggéré.

Comme on le voit clairement, pour les autorités culturelles, les œuvres récupérées doivent être accessibles aussi bien aux jeunes qu’aux personnes âgées, afin de favoriser la transmission des savoirs et la compréhension de l’histoire nationale.

Cinq axes pour passer de l’ambition à l’action

Pour traduire cette vision en résultats concrets, la stratégie nationale, selon la présentation de Dr Daouda Keita s’articule autour de cinq axes complémentaires.

Le premier porte sur la commission et la coordination. Il s’agit de rendre le dispositif pleinement opérationnel, de clarifier les responsabilités et de hiérarchiser les dossiers prioritaires.

Le deuxième concerne la recherche et l’inventaire. Ce travail doit permettre de documenter les œuvres, d’établir leur provenance et de mieux connaître leur parcours à travers les collections étrangères.

Le troisième axe est consacré à la communication et au plaidoyer. La mobilisation des acteurs culturels, des chercheurs, des autorités traditionnelles et de l’opinion publique est jugée essentielle pour faire connaître les enjeux de la restitution.

Le quatrième axe porte sur la négociation. Il vise à renforcer les échanges avec les détenteurs des collections, les institutions muséales et les États concernés, en s’appuyant sur des arguments scientifiques et juridiques solides.

Enfin, le cinquième axe concerne le retour et l’accueil des œuvres. Il prévoit la préparation des conditions matérielles, techniques et scientifiques nécessaires à leur réception, leur conservation et leur mise en valeur.

<< Cette approche entend inscrire la restitution dans une politique patrimoniale durable, capable d’associer la récupération des biens à la modernisation des institutions chargées de les conserver et de les transmettre>>, a-t-il indiqué.

Et, c’est ce qui a amené le ministre Mamou Daffé a rappelé que la restitution des biens culturels ne saurait être réduite à un simple transfert d’objets d’un territoire à un autre. << Elle touche à la mémoire collective, à l’identité nationale et au droit des peuples de transmettre aux générations futures les témoignages matériels de leur civilisation>>, a-t-il déclaré. Avant d’inscrire cette ambition dans la dynamique de refondation de l’État et de reconquête de la souveraineté nationale, sous le leadership du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta.

Pour lui, le retour des œuvres constitue un acte de justice historique, mais aussi un levier de dignité, de développement et de rayonnement international. << Il doit permettre au Mali de renforcer sa capacité à préserver son héritage et à le faire connaître au-delà de ses frontières>>, a-t-il indiqué.

Cette orientation n’exclut pas la coopération internationale. Et, le ministre Mamou Daffé l’a bien mentionné. << Les autorités maliennes entendent développer des relations culturelles avec les pays et les musées du monde, en privilégiant le dialogue, les partenariats scientifiques et la recherche de solutions adaptées à chaque situation>>, a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que la restitution pourrait ainsi ouvrir une nouvelle étape dans les relations entre le Mali et les institutions qui conservent des œuvres issues de son patrimoine.

Des perspectives à concrétiser

Les prochaines étapes consisteront à opérationnaliser la Commission de restitution, à hiérarchiser les dossiers prioritaires, à poursuivre les échanges concernant les 223 objets et à renforcer la préparation du Musée national pour accueillir de nouvelles collections.

Le succès de cette démarche dépendra notamment de la qualité des inventaires, de la solidité des dossiers scientifiques et juridiques, de la capacité de négociation des autorités et des moyens mobilisés pour la conservation des œuvres.

Restituer les biens culturels, reconstruire les liens avec l’histoire et transmettre la mémoire aux générations futures : telle est l’ambition portée par cette stratégie. Au-delà du retour matériel des œuvres, le défi consiste désormais à faire de ce patrimoine retrouvé une richesse vivante, accessible aux Maliens et pleinement intégrée au rayonnement culturel du pays.

Assane Koné


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