PRESIDENCE DE L’ASSEMBLEE NATIONALE : Qui sont les potentiels candidats et leur chance ?

mardi 5 mai 2020

Il n’y a aucun doute, la bataille pour le perchoir à l’Assemblée nationale sera l’une des plus rudes depuis l’avènement de la démocratie malienne. Nombreux sont les députés élus du parti présidentiel qui pensent qu’ils peuvent avoir une prétention légitime à présider l’Assemblée nationale du pays. Mais, à côté de ces députés du parti présidentiel, il ne faudrait pas être surpris de voir des candidatures pointées du côté des partis alliés du RPM, notamment de l’ADEMA. Mais, de toutes ces candidatures qui méritent d’être le Président de l’Assemblée nationale ?

Avec l’arrêt rendu par la cours constitutionnelle le 30 avril 2020, les deux tours de l’élection législative 2020 sont désormais derrière nous. Même si de nombreux candidats à travers le pays, continuent de contester les résultats proclamés par la Cour Constitutionnelle, force est d’admettre que le Mali a 147 nouveaux députés qui présideront à la destinée de la législature prochaine. Mais, des 147 députés qui est celui-là qui sera un bon président ?

Sans déclaration officielle de candidature, depuis quelques jours des noms circulent dans la presse malienne. Certains ont annoncé Karim Keité, député élu en Commune II et non moins fils du Président de la République. Le nom de Abdramane Niang, député élu à Ténékou, revient chez bon nombre de nos confrères. Moussa Timbiné, depuis élu en Commune V du District de Bamako, est aussi avancé, même si après le deuxième tour, il a fallu qu’il attende l’arrêt de la Cours Constitutionnelle pour se voir confier le titre de député. Assarid Ag Imbarcaoune, un « revenant » à l’Assemblé nationale, élu à Gao et baron de l’ADEMA, pourrait sortir le nez de la marre pour prétendre au perchoir. Député élu à Dioïla et questeur du bureau sortant, Mamadou Diarrassouba, selon certains confrères, serait le choix de la section RPM de Dioïla. L’on avance aussi le nom de Baber Gano, député élu à Djénné. Et, tout naturel, Issac Sidibé, Président sortant de l’Assemblée nationale et député élu à Koulikoro, va vouloir garder son fauteuil. A signaler que cette longue liste pourra s’allonger au moment venu par le fait de nombreux troubles faits tapis dans l’ombre.

Mais, en attendant quelles sont les chances de ces différentes candidatures si elles venaient à être confirmées officiellement ?

La candidature inopportune de Karim Keita

Nous doutons fort que Karim Keita veuille être candidat au poste de Président de l’Assemblée nationale. Sans que cela ne soit interdit par aucun texte de la République du Mali, Karim Keita, par le simple fait qu’il soit le fils du Président de la république, ne doit pas avoir la prétention de s’installer au perchoir. Politiquement, une telle prétention pourrait être diversement interprétée. Les partisans de la courte échelle pourraient y voir une stratégie de succession du père par le fils. Dans la situation actuelle du pays, nous ne croyons pas que IBK a vraiment besoin de cette publicité contre-productive. Et, c’est ce qui a été sûrement perçu par l’intéressé. En effet, face à la grande rumeur qui l’annonçait candidat au poste de Président de l’Assemblée nationale, le 28 avril 2020, sur compte twitter (@karimkeita1), le député fraîchement élu en Commune II du District de Bamako, a annoncé « Je ne suis pas candidat au perchoir ».

Abdramane Niang, la peur du signe indien de 2013

Déjà président de la Haute Cour de justice, la logique aurait voulu que Abdramane Niang se batte pour être désigner à nouveau à se poste. Ici, aucune autre prétention ne devrait l’ébranler. En effet, en 2013, jusqu’à la dernière minute, il était annoncé au perchoir. Et, c’est pratiquement à la surprise générale que l’on a assisté à l’émergence d’un certain Issaka Sidibé qui est venu s’installer au perchoir. De peur du scénario de 2013, est-ce que Abdramane Niang va vouloir confirmer sa candidature au perchoir ? Un tel choix politique l’amènera à admettre qu’il met à concurrence son poste de Président de la haute cour de justice, qui semble être une chasse gardée. Elu dans des conditions difficiles, avec des contestations à la clef, depuis quelques années Abdramane Niang a perdu son punch. De l’Adema au RPM, il a sûrement perdu en crédibilité pour qu’il face le consensus en vu du fauteuil du Président de l’Assemblée nationale.

Moussa Timbiné et le syndrome du chat échaudé

Comme un chat échaudé devrait avoir peur de l’eau chaude, Moussa Timbiné devrait tirer les leçons du fait qu’il a été pratiquement élu au « 3ème tour de l’élection des députés ». Annoncé perdant par les résultats provisoires publiés par l’administration, Moussa Timbiné est parmi les députés qui ont été repêchés par la Cour Constitutionnelle. Malgré sa popularité en Commune V du District de Bamako, Moussa Timbiné a failli ne pas revoir de sitôt la salle Haoua Keita de l’Assemblée Nationale. Seule une analyse à tête froide pourrait aider le jeune député du RPM élu en Commune V à comprendre ses erreurs qui ont failli lui être fatales. Est-ce que le fait d’afficher très tôt ses prétentions pour le fauteuil du Président de l’Assemblée nationale, n’explique pas en partie ses déboires dans sa circonscription électorale ? La guéguerre qui ne dit pas son nom entre Moussa Timbiné et Dr Bocary Tréta, le Président de son parti, pourrait aussi expliquer sa déconvenue. Aujourd’hui, tout porte à croire qu’il est obligé de revoir ses prétentions à la baisse pour bénéficier du soutien d’un certain nombre de ses camarades politiques. Et, à défaut de continuer à premier vice président de l’Assemblée nationale, Moussa Timbiné va sûrement lorgner du côté de la questure, où l’attendent à pied ferme Bagagnoa Cissé et Waly Diawara, tous de l’ADEMA.

Assarid Ag Imbarcaouane, « Le revenant » aux prétentions démesurées

Elu député dans la circonscription électorale de Gao, à un moment où bon nombre de ses compatriotes pensaient qu’il s’était résolu à prendre sa retraite politique, des voix prêtent à Assarid Ag Imbarcaouane des prétentions pour le fauteuil présidentiel à l’Assemblée nationale. Après avoir été à plusieurs reprises Vice-président de cette prestigieuse institution malienne, Assarid Ag Imbarcaouane compte sur le compagnonnage sincère entre l’ADEMA et le RPM, pour avoir cette prétention démesurée, car la ruche qui a cessé de faire du miel, n’a obtenu que 22 députés à l’issu des deux tours de l’élection des députés. Certaines indiscrétions laissent entendre qu’ici, Assarid Ag Imbarcaoune compte plus sur le partage de la présidence des Institutions de la République sur la base de considérations ethno-raciales dans le cadre du processus de réconciliation nationale. Sauf que l’effort que l’ADEMA va devoir fournir pour rallier les 43 députés RPM à sa cause, semble plus important que ce que fournira le RPM pour mettre de son côté les 22 députés élus sous les couleurs de la ruche.

Mamadou Diarrassouba, une prétention justifiée par sa légitimité

Elu haut les mains dans la circonscription électorale de Dioïla, avec 4 camarades tous du RPM, sur une liste propre, Mamadou Diarrassouba, questeur du bureau sortant de l’Assemblée nationale, de tous les leaders du RPM, est celui qui peut et doit aujourd’hui avoir des prétentions dignes à présider l’Assemblée nationale.

En plus de sa légitimité démontrée et renforcée par son leadership dans le cercle de Dioïla, Mamadou Diarrassouba peut être un très bon président de l’Assemblée nationale. Conciliant et très entre-gens, si sa candidature devenait réelle, elle pourrait bénéficier d’un large soutien de ses collègues députés, tant l’homme fait l’humanité dans ses relations humaines. Malgré son engagement exceptionnel pour le RPM, son parti, Mamadou Diarrassouba entretient de très bonnes relations avec la quasi-totalité des leaders politiques de ce pays.

En fin connaisseur de leur circonscription, Mamadou Diarrassouba et ses camarades de Dioïla, avaient fait le choix d’une liste propre pour aller à la conquête des 5 sièges du cercle, à un moment où certains prétendants au poste de Président de l’Assemblée nationale, n’avaient pas le choix que d’aller formaliser des alliances « incestueuses » pour s’assurer un strapontin à l’hémicycle.

Au regard du résultat de l’élection législative, l’on est en droit d’affirmer que Mamadou Diarrassouba, tête de la liste de 5 députés élus sur liste propre à Dioïla, ne souffre d’aucune légitimité politique. Mieux, certains mettent aujourd’hui l’accent sur sa fidélité exceptionnelle au parti du tisserand pour soutenir sa candidature. Mais, ils estiment que sa riche et longue expérience parlementaire, sera un atout exceptionnel, pour lui servir de marchepied vers le perchoir. En un mot, aux antipodes de Issaka Sidibé, Président sortant, Mamadou Diarrassouba fera un très bon président de l’Assemblée nationale.

Baber Gano, une prétention difficile à justifier

Loin de jouir des avantages comparatifs qui font de Mamadou Diarrassouba un candidat naturel au perchoir, Baber Gano ne pourra même pas faire l’unanimité au sein du RPM, à plus forte raison qu’au-delà du parti. Son manque de modestie serait perçu comme un handicap majeur pour cet élu RPM à Djénné de se voir bombarder Président de l’Assemblée nationale. Il nous revient que de nombreux députés ne souhaitent plus avoir un Président dictateur à l’Assemblée nationale. Et, ces députés sont convaincus que Baber Gano ne pourra pas mieux faire qu’Issaka Sidibé. Et, du coup avec un tel handicap, le RPM aura beaucoup de difficultés pour défendre auprès de ses partenaires la candidature de Baber Gano, qui doit faire un effort exceptionnel pour être humble, conviviale et solidaire avec ses autres camarades.

Issiaka Sidibé, la difficulté de gagner deux fois au loto

Devenu Président de l’Assemblée nationale en 2013, à la surprise générale de certains de ses camarades politiques, Issaka Sidibé qui sera sûrement candidat à sa propre succession, n’a aucune garantie de conserver le fauteuil de président. Tant décrié par ses partenaires et adversaires, il risque de ne pas bénéficier de soutiens nécessaires à son ambition. Et, comme Issaka Sidibé n’a rien fait en prévision de ce jour, il risque d’avoir que ses yeux pour pleurer. Certains de ses camarades qui devaient se mobiliser pour soutenir sa candidature au perchoir, son eux-mêmes candidats, parce que leur camarade de Président a déçu, une fois arrivée à la tête de l’Assemblée nationale. Sous le règne de Issaka Sidibé, l’Assemblée nationale du Mali n’a jamais pris son véritable envol. Et, au-delà des députés, nombreux sont les maliens qui ne souhaitent plus vivre le manque de tact de Issaka Sidibé à la tête du parlement.

Si le RPM fait le bon choix et arrive à se mobiliser et à mobiliser ses partenaires politiques autour de ce choix, il y a de forte chance que le Président de l’Assemblée nationale sorte de ses rangs. Mais, si le RPM tente d’imposer à la tête du parlement un de ses cadres sans légitimité, et sans capacité réelle de mobilisation des maliens autour de l’essentiel, il faut craindre que les autres députés ne se mobilisent pour un candidat qui respire l’Etat. En un mot pour un homme d’état.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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