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NOMINATIONS CONTROVERSEES A LA DOUANE : L’ex- DG, Modibo Kane Kéita sur la sellette

lundi 17 décembre 2018

Dans sa retraite dorée, Modibo Kane Kéita dirige à l’ombre la direction générale de la douane. Son nom est cité dans les différentes nominations dont celles de l’actuel DG ainsi que le remue-ménage fait à la direction générale la semaine dernière. Des nominations jugées claniques.

Il y a une tradition à la douane qui veut que chaque directeur mette en place son équipe de combat afin de mieux réussir sa mission. Le nouveau DG, Mahamet Doucara, nommé le 30 octobre 2018 n’a pas dérogé à la règle. L’administration des douanes connaît depuis le 10 décembre 2018 de nouvelles affectations de cadres dans les services centraux de Bamako et dans les directions régionales. Le hic est que jamais, de nominations à la douane n’ont été autant décriées. La qualité de cadres nommés est non seulement mise en cause, mais aussi il est fait cas d’une certaine gestion clanique de l’administration des douanes ces dernières années.

Contrairement à des supputations sur une prétendue chasse aux cadres du RPM, il est surtout reproché au nouveau DG, de s’être laissé manipuler par son prédécesseur, Modibo Kane Kéita. Ce dernier qui a fait valoir ses droits à la retraite en 2016, et nommé dans la foulée, PCA de la Sotelma-Malitel, jouit jusque-là de la confiance du président de la République. Celui-ci avait requis son avis pour la nomination de son remplaçant, mais aussi celle de l’actuel locataire de la direction générale de la douane. C’est ainsi que sur ses conseils, son adjoint, Aly Coulibaly lui a succédé. L’arrivée de M. Doucara découle également de son choix.

Mais selon toute vraisemblance, Modibo Kane Kéita n’a toujours pas agi dans l’intérêt de la douane ni de celui du président de la République IBK qui lui a fait confiance. A voir de près les différentes nominations, ses choix sont dictés par la satisfaction de ses propres intérêts. Il propose des directeurs qu’il serait capable de manipuler à sa guise pour consolider ses acquis auprès d’une poignée d’opérateurs économiques (des partenaires économiques à lui) par la nomination de cadres dans des services stratégiques et pourvoyeurs de recettes. L’ex-DG, par ses implications mafieuses, a poussé son successeur Aly Coulibaly, à jeter l’éponge pour une retraite paisible normalement prévue le 1er janvier 2020. M. Coulibaly ne parvenant plus à assurer ses prévisions de recettes, a demandé à être relevé. Il avait compris la main mise de Modibo Kane Kéita sur l’ensemble du système particulièrement le bureau du pétrole.

Les nominations controversées du 10 décembre qui ont fait des mécontents jusqu’au plus sommet de l’Etat, demeurent la goutte d’eau qui a débordé le vase. Le DG Doucara est accusé d’avoir servi de faire valoir en signant les arrêtés et les décisions. Les objectifs de recettes qui sont de 55 milliards de F CFA par mois sont désormais hypothéqués et tombés depuis quelques mois à 50 milliards.

Les services comme le bureau principal de Kati, réputé pour son sérieux dans l’atteinte des recettes, a été sérieusement démembré. Pour avoir fait 17 milliards de F CFA par an, Kati avait eu droit aux félicitations du ministre de l’Economie et des Finances, Boubou Cissé. Or, toute cette équipe est mise de côté. Adama Sidibé directeur régional de Koulikoro, le chef de bureau de Kati, Mohamed Coulibaly et son chef de brigade Sékou Diakité dit Aba, ont été tous balayés. Par contre, le bureau de pétrole qui avait fait la fierté de la douane malienne sous Mamadou Traoré, avec un record de 17 milliards de F CFA de recettes mensuelles, est largement tombé en deçà de ce quota. Son actuel chef, un certain Amadou Traoré, un homme de main de l’ancien DG Kéita, a été maintenu à son poste, alors que ses objectifs de recettes estimés à 17,5 milliards de F CFA par mois ont chuté à 12 milliards de F CFA, soit un gap de 4 à 5 milliards de nos francs.

Pis encore, les importations d’hydrocarbures souffrent à ce jour de 7 milliards de F CFA d’impayés au détriment du trésor. Un grave manquement à la législation douanière, qui exige que les droits et taxes d’une marchandise soient recouvrés dès dédouanement. Son chef de bureau qui n’a pas été inquiété outre mesure, garde confortablement son fauteuil. Toujours dans le cadre des incohérences, la brigade mobile d’intervention (BMI), dirigée par Abdrahamane Diakité, n’a pas été épargnée. Elle avait pourtant été pour la première fois désignée première bridage en intervention et en saisie en Afrique de l’ouest. Mamadou Traoré, celui-là même qui avait donné au bureau du pétrole ses lettres de noblesse avec des recettes record et qui était précédemment sous-directeur des enquêtes douanières a été lui aussi relevé. Il en est de même pour Ag Boya précédemment directeur régional du district de Bamako. Un douanier qui a blanchi sous le harnais et qui a sillonné la quasi-totalité des régions du Mali en tant que directeur a été débarqué. Son expérience pouvait le faire nommer DG de la douane. Tous ou presque ont été pratiquement mis au garage malgré leurs compétences intrinsèques.

Des opérateurs économiques qui n’en reviennent pas, parlent de sabotages programmés des activités de la douane. Des signes prémonitoires existent pour un divorce entre l’Etat et ses partenaires financiers comme le FMI et la banque mondiale.

A l’image du nouveau DG, qui n’a pas une grande expérience pour n’avoir pas dirigé de services centraux ou régionaux dans la durée, les nouveaux promus sont aussi considérés comme des novices, qui ne pourront jamais relever le défi. D’aucuns redoutent des lendemains difficiles pour le trésor public. Pour certains, les nouvelles nominations sont toutes faites sous l’injonction de Modibo Kane Kéita, dont ils sont proches et qui ne fait que sauvegarder ses arrières.

Quand il était encore aux affaires, le DG retraité avait mis en branle une machine huilée de fraude sur le basin riche sur le corridor Bamako-Diboli, au bénéfice d’une société de transit appartenant à un grand importateur et industriel de la place, dont il serait très proche. Le refus de laisser passer un camion de basin non dédouané avait coûté en son temps son poste au directeur régional des douanes de Kayes, Amadou Konaté.

Pour se taper une retraite aux lendemains meilleurs, M. Kéita s’est auto-octroyé des exonérations depuis plus de 10 ans et qui sont continuellement renouvelés. Des exonérations qui servent à ses propres investissements ou au fonctionnement des sociétés dont il est actionnaire avec un manque à gagner de plusieurs milliards de nos francs pour les finances publiques. Les retombées financières lui servent de largesse pour acheter le silence de ceux qui sont censés le mettre à sa place. Ce qui lui vaut aujourd’hui le sobriquet de « porteur de valise ».

Un malaise très profond existe au niveau des cadres supérieurs de la douane. Ceux-ci s’estiment lésés, car n’ayant pas l’autorité d’exercer et gérer convenablement leur administration à cause des injonctions d’un retraité. Celui-ci est réputé être le douanier le plus riche de la zone Uémoa.

Hamidou B. Toure
ARC EN CIEL

Affaire à suivre

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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