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« Marchés d’esclaves » : quand la Libye devient la nouvelle Gorée ?

samedi 15 avril 2017

C’est un traitement scandaleux et inhumain qui exhume chez les Africains de lointains et douloureux souvenirs surgis d’un passé que l’on croyait révolu. Le personnel de l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) au Niger et en Libye a fait état, dans un communiqué diffusé ce mardi 11 avril, de l’existence d’un commerce de migrants subsahariens, vendus pécuniairement comme « esclaves » sur des « marchés » en Libye. Un commerce immoral qui prolifère dans l’indifférence totale dans une Libye dévastée par la guerre et qui tend à devenir une sorte de nouvelle Gorée pour les migrants.

Des migrants subsahariens « échangés » entre 200 et 500 dollars pour ensuite être affectés à des travaux de maisons libyennes. D’autres séquestrés, torturés et obligés à appeler leurs familles afin qu’elles payent leur libération. En Libye, dénonce l’OIM dans un communiqué, des centaines de migrants et de migrantes subsahariens sont vendus publiquement dans des « marchés » ou des garages.

200 à 500 dollars pour "acheter" un migrant comme esclave}

Selon plusieurs témoignages recueillis au cours d’une enquête du personnel de l’OIM auprès de migrants rescapés, « vous allez au marché, et vous pouvez payer entre 200 et 500 dollars pour avoir un migrant », dénonce Othman Belbeisi, le chef de la mission de l’OIM en Libye. « Après l’avoir achetée, vous devenez responsable de cette personne. (...) Certaines d’entre elles s’échappent, d’autres sont maintenues en servitude », ajoute le responsable, repris par les médias du monde entier.

Le calvaire des migrants ne s’arrête pas là. « Des migrants subsahariens étaient vendus et achetés par des Libyens, avec l’aide de Ghanéens et de Nigériens qui travaillent pour eux », rapporte le personnel de l’OIM selon des récits de migrants. Sur la route de la migration entre le Niger et la Libye notamment à Sbaha, Misrata ou Tripoli, les migrants subsahariens sont pour la plupart victimes de passeurs sans scrupules qui les livrent par la suite à des « acheteurs » libyens.

Toujours selon les témoignages, les ravisseurs séquestrent ensuite les migrants, libérés après avoir convaincu, sous la torture, leur famille de verser entre 300 000 francs CFA (environ 480 dollars) et 600 000 francs CFA (970 dollars environ) via un transfert Western Union ou Money Gram. Les femmes migrantes sont victimes de sévices corporels et contraintes aux travaux domestiques de leur « acheteur » quand elles ne sont pas réduites en esclaves sexuelles.

Situation désastreuse, communauté internationale muette

« La situation est désastreuse. Nous savons que les migrants qui tombent dans les mains des trafiquants sont confrontés à la malnutrition systématique, aux abus sexuels et même au meurtre », résume Mohammed Abdiker, le directeur des opérations d’urgence de l’OIM.

Face au désastre décrit par l’organisation affiliée à l’ONU, une communauté internationale silencieuse et immobile face à des violations ouvertes et graves de droits de l’Homme. Plus loin, la dénonciation de l’OIM fait remonter de douloureux souvenir d’un passé douloureux en Afrique.

Les pratiques « esclavagistes » en cours en Libye et le commerce qu’elles vont contribuer à faire naître, sont presque comparables à celles du temps de l’esclavage dont l’île de Gorée, au large de Dakar porte encore les vestiges avec sa très visitée « Maison des esclaves ». Les marchés libyens d’esclaves qui fleurissent en Libye sont autant de « maisons d’esclaves » qui foulent la dignité humaine. Si rien n’est fait, cette Libye dévastée par la guerre et minée par l’instabilité est en passe de devenir, la « Nouvelle Gorée » !

Par Ibrahima Bayo Jr.
http://afrique.latribune.fr/politiq...

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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