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Korofina Sud : Qui a en réalité tué le sergent de police Alou Traoré ?

dimanche 18 novembre 2018

Blessé à la tête dans l’exercice de ses fonctions, le lundi 12 novembre 2018, le Sergent de police Alou Traoré a malheureusement perdu la vie à l’hôpital Gabriel Touré, quatre jours après son admission en urgence. Alou Traoré a-t-il été victime de jets de cailloux de la part d’une population déchainée ? Ou, a-t-il été mortellement atteint à la tête par une grenade lacrymogène, comme veut le faire croire certains ? En principe, seule une enquête sérieuse pourra édifier la nation malienne sur cet autre drame qu’on aurait pu éviter, si chacun jouait pleinement et convenablement son rôle dans la gestion des affaires de la cité.

Victime d’un jet de pierre ou victime d’un projectile qui serait parti de l’arme d’un de ses collègues ? Seule une enquête sérieuse pourrait édifier le peuple malien. Depuis la mort du jeune sergent de police des voix se sont levées pour accuser des habitants de Korofina Sud qui auraient utilisé des jets de pierres pour dissuader les policiers à faire exécuter une grosse de justice. Mais, au même moment, des voix discordantes annoncent que le policier dans la pagaille créée par l’intervention a été victime d’un jet de gaz lacrymogène. Cette version est défendue avec beaucoup d’opiniâtreté dans la famille de Feu Ténéman Sacko à Korofina Sud. Et, face à la circulation de deux versions, il serait intéressant que l’Etat ouvre une enquête sérieuse pour situer toutes les responsabilités.

Le lundi 12 novembre 2018, le réveil a été des plus surprenants dans la famille de Feu Ténéman Sacko. « Très tôt le matin, nous avons été réveillé par un fort détachement de policiers. Ils sont arrivés à bord de 5 Bj, accompagnés par un membre de notre famille qui veut nous jeter à la rue, au motif qu’il est le propriétaire de la concession. Ils nous ont demandé de quitter notre concession. Ils ont brandi un document au chef de famille qui leur donnait le droit de nous jeter à la rue. Et, quand le Chef de la famille a voulu bien voir le document, un policier le lui a arraché. Mais, qu’à cela ne tienne, il leur a dit qu’il a aussi un document qui lui donne tous les droits d’occuper la concession à usage d’habitation. C’est dans cette discussion, qu’est arrivé un 6ème véhicule avec des policiers apparemment plus violents que les premiers. Sans chercher à comprendre, ils ont imposé une violence à tout le monde. Et, une véritable pagaille s’est installée dans tous le quartier, et un policier a été blessé. Les autres ont même fuit pour laisser un autre policier à la merci de la population. Mais, dieu merci des bonnes volontés l’on recueilli dans une cour voisine et l’ont protégé pour le remettre au Commissariat du 6ème arrondissement ». C’est en ces termes que la scène du lundi 12 novembre 2018, a été décrite par une dame d’un âge avancé dans la famille de Feu Ténéman Sacko.

Jet de pierres ou jet de grenade lacrymogène, les médecins urgentistes pourraient se prononcer et aider à comprendre l’objet qui est à la base cause de la blessure de Feu le sergent Alou Traoré. Suite à sa blessure, il a d’abord été conduit au Centre de Santé de référence de Korofina, où il a été examiné par des agents de Santé, avant d’être conduit à l’urgence de l’Hôpital Gabriel Touré.

Malheureusement, sans avoir pris la précaution de bien situer les responsabilités de la blessure ayant entrainé la mort du Sergent Alou Traoré, quelques heures après son enterrement, précisément à 22 heures dans la nuit du samedi 17 novembre 2018, un détachement de la Police nationale a fait une descente musclée dans la famille de Feu Ténéman Sacko à Korofina Sud. La violence de cette intervention cache difficilement une volonté manifeste de se venger.

La quasi-totalité des portes de la concession a été fracturée. Des placards éventrés. Dans une maison, un tas d’habits n’était pas loin de déclencher un incendie n’eut été la perspicacité de certains voisins à éteindre le feu après le départ des fantassins d’une nuit. Et, comme pour renforcer l’image d’une scène apocalyptique, le détachement de police a fait usage à provision de gaz lacrymogène. Certains témoignages parlent même de tirs d’armes à feu. Dans tous les cas au moment de notre passage dans la concession le dimanche 18 novembre 2018, l’on pouvait encore voir quelques douilles et des boîtes vides de grenades lacrymogènes trainées par terre. Et, la concession était occupée par des parents venus d’ailleurs. « Tous les habitants, nos parents, ont été embarqués nuitamment pas les policiers. L’on nous dit qu’ils sont tous au niveau du Commissariat 6ème arrondissement », nous a indiqué une dame d’un âge avancé. Elle déplore le fait que parmi les personnes arrêtées, il y a des malades qui étaient alitées, sans oublier une vieille de plus de 64 ans. « Les policiers n’ont pas embarqué moins d’une dizaine de personne de notre famille », a-t-elle ajouté.

Le moment n’est-t-il pas venu de trouver une autre formule pour l’exécution des grosses de justice ?

Le moment n’est-t-il pas venu de trouver une autre formule pour l’exécution des grosses de justice ? La question mérite d’être posée, surtout que la plupart des grosses en pareille circonstance portent sur des héritages mal gérés et qui opposent souvent des membres d’une même famille.

Est-ce que la police malienne va continuer à porter main forte à des huissiers, sans discernement et surtout sans avoir pris toutes les dispositions de sécurité pour les agents de police ? En effet, la police nationale ne doit pas intervenir dans un quartier sensible comme si elle intervenait à la Cité du Niger. Les réflexes sont différents et la Police nationale doit développer des stratégies d’intervention à éviter des drames.

Dans le cas d’espèce. Sûrement, si le Sergent Alou Traoré avait simplement porté un casque de protection, sa blessure à la tête n’allait pas être aussi grave pour entrainer sa mort. Aussi, quelle peut être la responsabilité du Commandant du détachement dans l’exécution correcte d’une mission de cette nature, pour éviter tout débordement ? Il n’y a-t-elle aucune autre possibilité de faire appliquer une grosse de justice que de mobiliser une cohorte de policiers armés jusqu’aux dents comme si elle allait intervenir contre des extraterrestres ? Or, il se trouve qu’elle n’a en face d’elle que des citoyens maliens, dont certains payent honnêtement leurs impôts pour bénéficier de sa protection, et non pour se faire peur.

La police nationale, c’est déjà la force publique. Elle doit avoir une autre méthode pour se faire respecter ou pour appliquer la loi, que de passer par un usage exagérer de la force. Aussi, c’est le lieu de se demander si toutes les interventions policières pour l’exécution d’une grosse de justice, sont ordonnées par les supérieures hiérarchiques ? On souvent l’impression que des policiers sont à leur propre service et non au service de l’Etat.

Sans oublier que l’on va nous dire que nulle part, il n’y la sécurité à 100%. Mais, nous le disons sans gène. Aujourd’hui, le malien a peur. Le malien ne se sent pas du tout en sécurité. Et, à longueur de journée, il est donné aux maliens d’assister à des scènes de violences inutiles, souvent le fait de porteurs d’uniformes. Et, cela contribue à faire peur aux populations. Surtout, quand on souvent l’impression que c’est la loi du plus riche qui est appliquée et imposée en utilisant les moyens de l’Etat.

Sur la question, nous pensons modestement que le Général Salif Traoré, ministre de la sécurité et de la protection civile, a du boulot. Comment comprendre ce qui s’est passé à Korofina Sud le lundi 12 novembre 2018 et dans la nuit du samedi 17 novembre 2018. Le même Samedi 17 novembre 2018, c’était une partie de la population de Magnambougou qui barrait les routes pour protester contre l’arrestation d’un chef de quartier. Deux semaines, avant toujours en Commune I, c’était trois frères, des bouchers, qui se faisaient canarder par une soit disant brigade de vigilance à Doumanazana, on ne sait installer par qui et pourquoi ? Et, aujourd’hui, voilà qu’on assiste tous impuissant à la mort d’un jeune sergent, en la personne d’Alou Traoré, dans des circonstances qu’on aurait pu éviter. Mais, en attendant que l’on est la certitude sur la cause de la blessure qui a entrainé la mort du sergent Alou Traoré, pourquoi garder les habitants de toute une concession au Commissariat. Même si l’on cherchait l’auteur du jet de pierre, ce n’est pas quand même du côté de la vielle dame de plus de 64 ans. Que Dieu sauve le Mali de certains maliens qui ont oublié que Dieu existe.

Assane Koné

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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