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Gouvernement : L’exemple qui vient du Mali

mardi 8 avril 2014, par Assane Koné

L’ancien Premier Ministre malien Oumar Tatam Ly, nommé il y a seulement sept mois avec pour mission de réconcilier le Mali en proie à une crise politico-militaire sans précèdent, a démissionné en fin de semaine dernière. Dans sa lettre de démission, Mr Tatam Ly a évoqué des « divergences de vue » avec le président Ibrahim Boubacar Keïta.

Son successeur, Moussa Mara, lui-même opposant du Président Keïta et candidat malheureux à la dernière élection présidentielle, a immédiatement été propulsé à la tête du gouvernement malien par Ie Président de la République.

Mr Tatam Ly a indiqué que des « dysfonctionnements et des insuffisances » dans le bon fonctionnement de son gouvernement avaient grandement réduit sa capacité à résoudre les problèmes que les maliens attendaient de le voir résoudre. Pour finir, il a reconnu n’avoir pas pu « convaincre » le président Keita de changer de cap au sujet de la gouvernance du pays.

Fait rare en Afrique, Mr Tatam Ly n’a pas été menacé de poursuites judiciaires comme on le voit généralement ailleurs. Ses interventions publiques n’ont pas été interdites, et le président Keita et ses seconds n’ont en rien, du moins pas pour le moment, essayé de décrédibiliser leur compagnon d’hier, comme c’est généralement le cas en Afrique.

On est loin des chasses aux sorcières des opérations à tête chercheuses et autres humiliations comme c’est souvent le cas sur le continent. On a presque qu’envie d’applaudir cet autre exemple de démocratie à laquelle le Mali nous avait pourtant habitué jusqu’en 2012, et le cauchemar Sanogo.

Des gouvernements qui démissionnent, ça n’arrive presque jamais en Afrique :

Il faut louer le courage de Mr Tatam Ly qui, en démissionnant, reconnait ainsi que le bien-être d’une nation est au-dessus des intérêts égoïstes des gouvernants ; et que lorsqu’on n’y arrive pas, il faut démissionner et donner aux autres concitoyens l’opportunité de contribuer, eux aussi, à l’épanouissement et au développement de la nation.

Il faut aussi louer l’humilité du Président Keïta qui n’a pas vu en cette démission d’un de ses employés, un manque de respect et une atteinte notoire à son image personnelle.

Il faut enfin louer la probité morale des différents conseillers des deux camps, qui ont accepté de taire le zèle égoïste qui les aurait poussés, sous d’autres cieux, à s’acharner farouchement sur leur ami et collègue d’hier, avec l’espoir de s’attirer les faveurs du chef.

Qu’il n’y ait pas de malentendu à ce sujet : beaucoup reste à faire au Mali.

La réconciliation continue de marquer le pas, et le développement se fait toujours attendre. Le taux de chômage est choquant et la qualité de la santé publique ainsi que des infrastructures laisse toujours à désirer. Pour espérer construire une démocratie durable, tous ces problèmes doivent être résolus. Très vite, car il y’a trop longtemps que ça dure...

L’administration malienne gagnerait aussi à intégrer les nouvelles technologies dans la gestion des affaires publiques, pour améliorer la transparence et l’efficacité des services publics. Mais cela n’enlève rien aux efforts des leaders maliens, qui viennent encore de donner à l’Afrique, une leçon de civilité dans la gestion des affaires de l’Etat.

C’est pour honorer la classe politique malienne que nous pensons qu’il est approprié de marquer un temps d’arrêt pour apprécier, à sa juste valeur, l’exemple qui vient du Mali.

| By Ben Modo

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