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Fabre Françoise lors des 20 ans de l’AME : « A travers l’AME, les expulsés sont acteurs de leur lutte »

lundi 7 novembre 2016

Au Musée national du Mali, l’Association malienne des expulsés (AME) a célébré son 20ème anniversaire le 5 et le 6 novembre 2016. Le témoignage de Fabre Françoise du Collectif de soutien de l’AME a retenu notre attention. Lisez l’intégralité de son texte.

« J’ai connu l’AME dès mon arrivée au Mali en septembre 1997 »

J’ai connu l’AME dès mon arrivée au Mali en septembre 1997. En France, à Paris, je militais dans le milieu associatif pour l’égalité des droits français immigrés, notamment avec les résidents des foyers de migrants de l’Afrique de l’Ouest et je connaissais les mouvements des sans papiers. C’est ainsi que j’ai eu le contact avec l’AME. L’association avait déjà un an d’existence. Tous ses membres étaient des expulsés.

A cette époque, ils se retrouvaient dans la cour du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur. Il y avait notamment des expulsés deFrance, de l’église Saint Bernard, d’Angola. Il n’y avait aucune aide de l’Etat malien. C’est là que j’ai rencontré Ousmane Diarra, expulsé d’Angola et président de l’association.

L’association luttait pour la défense des droits des expulsés. Avec le collectif de soutien, nous recueillons des témoignages, mettions en contact les expulsés avec des juristes, nous condamnions les violences subies lors des expulsions et en informions l’opinion publique. Nous étions en contact avec les associations de défense des immigrés en France (Droit devant, GISTI, etc.).

Les conditions de retour étaient très difficiles, la plupart des expulsés n’avaient plus aucune activité, ils n’avaient en tête que de repartir, ils ressentaient une grande injustice, avaient perdu leur travail et leurs biens, et pire encore leur dignité, beaucoup avaient honte de retourner dans leur village ainsi démunis et meurtris. Ils avaient la subi des humiliations, des agressions verbales et parfois physiques. Ceux qui avaient lutté pendant des mois en France pour leurs droits, surtout pendant l’occupation de l’église Saint Bernard, avaient perdu espoir. Se retrouver entre eux était leur seul réconfort.

De cette période j’ai le souvenir de Moussa Sissoko, ancien gréviste de la faim de l’église Saint Bernard. Il était très ébranlé par son expulsion, il ne pouvait plus vivre ici, il ne supportait pas d’avoir tant lutté en France pour un tel échec, il ne pensait qu’à repartir enFrance, et après plusieurs tentatives plus ou moins périlleuses, Il y est arrivé.

Puis pendant quelques années, j’ai moins fréquenté l’AME qui fonctionnait au ralenti.

« Nous nous sommes retrouvés en 2006 lors du Forum polycentrique de Bamako »

Nous nous sommes retrouvés en 2006 lors du Forum polycentrique de Bamako. Il y a eu alors une forte mobilisation créée autourde cette rencontre notamment par la présence d’associations de soutien des sans papiers et des migrants, venant d’Europe, Droits Devant, la Cimade, No Vox et la société civile malienne, tous engagés contre les politiques migratoires européennes. Fort de cette mobilisation, au dernier jour du forum nous avons organisé une manifestation spontanée vers le consulat de France, vite réprimée,pour condamner sa politique d’expulsion et exiger le retour d’expulsés.

De nombreux expulsés ont alors rejoint l’AME. C’est là que j’ai rencontré Mahamadou Keita qui venait d’être expulsé. Il était extrêmement révolté par son expérience, il s’est engagé tout de suite dans la lutte et il est devenu secrétaire général de l’AME.

Là il y a eu une véritable redynamisation de l’AME. Nous faisions de nombreuses réunions soit à la maison des jeunes, soit à Radio Kayira. Le collectif de soutien a été remobilisé. A cette époque, la forte mobilisation de la société civile malienne contre la venue de Sarkozy, alors ministre de l’intérieur français, a été un succès et a impulsé encore plus le mouvement.

Fin 2006, l’AME a eu son premier local, à Korofina Nord, ce qui lui a permis de mener à bien les actions de défense des droits des expulsés, et d’aide d’urgence avec l’accueil à l’aéroport, l’hébergement d’urgence, l’assistance juridique, etc.

C’est là que j’ai rencontré, parmi d’autres expulsés, Amadou Coulibaly qui avait été accueilli par Keita à l’aéroport qui s’est très vite investi dans l’association.

Les expulsés ont trouvé là un lieu où se retrouver, se redonner confiance mutuellement, être écouté.

« L’AME a dénoncé la signature d’accords de réadmission »

Dès 2007, l’AME a alerté l’opinion publique sur la situation dramatique des refoulements à la frontière algérienne et des exactions contre les migrants traversant le désert.

En mars 2008, nous avons organisé, avec le collectif de soutien de l’AME, les 1eres journées de l’AME qui ont été un franc succès. L’AME donnait la parole aux migrants expulsés et refoulés. A travers des témoignages et des sketches où ils racontaient leur propre histoire, les migrants se sont exprimés.

La reconnaissance de l’association et ainsi la visibilité des migrants expulsés et refoulés sont véritablement nées de ces journées. La société civile malienne était présente, les associations solidaires du Nord également et elles apportaient leur soutien. La lutte était visible et commune : expulsés, refoulés, migrants, sans papiers.

Ensuite l’AME a multiplié ses actions avec notamment le partenariat avec Medico International, la Cimade, etc.

A partir de 2007, l’AME a dénoncé la signature d’accords de réadmission et a joué un grand rôle de pression qui a amené le gouvernement malien de l’époque à ne pas signer les accords de réadmission entre la France et le Mali. Diverses actions et mobilisationsont été menées, notammentune manifestation lors de la visite du ministre de l’intérieur français de l’époque, Hortefeux, fin 2007 pour dire non aux accords.

Dans son rôle de défenseur des migrants, l’AME a toujours interpellé le gouvernement malien sur son manque de responsabilités envers le sort des expulsés et a dénoncé les politiques européennes migratoires discriminatoires.
L’AME a été aussi un des moteurs dans la mobilisation sous régionale, ouest africaine, dans la création de réseau de solidarité et de réflexion sur les migrations

La force de l’AME est d’être une association d’expulsés eux-mêmes et elle est devenue incontournable dans le combat pour la liberté de circulation et le respect des droits des migrants.

Les expulsés, puis les refoulés se sont reconnus dans l’AME.A travers l’association, ils sont les propres acteurs de leur lutte.

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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