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ENROLEMENT DE 2500 JEUNES DANS LA POLICE : Les dessous d’un recrutement

mardi 9 juin 2020

Le ministère de la Sécurité Intérieur et de la Protection civile, ayant sur sa conscience des cas de favoritisme, de corruption qui avaient émaillé le recrutement des 2200 fonctionnaires de police, veut se rattraper. C’est ce qui explique le recrutement à titre exceptionnel de 2500 policiers chez les recalés de 2018. Et, en procédant ainsi, le Général Salif Traoré reconnaît que des méritants ont été laissés à la touche. Chose qui avait été dénoncée à l’époque.

Il y a quelques jours, l’annonce d’un recrutement dit « à titre exceptionnel de 2500 Sous-officiers de Police, spécialité maintien d’Ordre (MO), concernant les candidats ayant participé aux épreuves orales du concours direct de recrutement d’élèves fonctionnaires de Police, objet de l‘Arrêté N°1582/MSPC-SG du 14 mai 2018 a été faite par le directeur général de la police nationale.

Le communiqué précise que « les candidats concernés sont soumis aux visites médicales d’incorporation. A l’issue de ces visites, les candidats déclarés aptes seront soumis aux épreuves orales de sélection ».

Ce recrutement de 2500 policiers a l’air d’une réparation d’une « injustice », consécutive à un favoritisme maladroit et à une corruption grave commis par les responsables de la police lors du précédent concours pour le recrutement de 2200 fonctionnaires de police. Le recrutement annoncé de 2500 policiers vise à dégonfler les parents, les candidats recalés, mais aussi certains syndicats de la police qui, avaient exigé du ministre de la Sécurité, le général Salif Traoré, l’augmentation du nombre de policiers recrutés en dépit de l’affichage de la liste définitive.

Des syndicats, des hauts gradés de la police, des candidats avaient dénoncé l’ajournement de plusieurs candidats retenus à l’issue des différentes phases du recrutement au profit des « protégés ». En effet, on se souvient qu’aux lendemains de la proclamation des résultats définitifs dudit concours, « les recalés » avaient crié à la manipulation, à l’abus de pouvoir, à la trahison et à l’affairisme de la part des recruteurs et de certains agents de la police. Plusieurs responsables de la police avaient été accusés d’avoir pris des pots de vins avec les candidats au motif qu’ils seraient retenus sur la liste définitive. Les accusations faisaient état du maintien de plusieurs candidats éliminés à la suite des épreuves sportives et écrites, et qui ont réapparu sur la liste des résultats définitifs.

Les résultats publiés n’ont jamais reflétés la vérité, avait écrit un confrère, qui a ajouté qu’il y’aurait eu un grand tripatouillage. Et d’ajouter que « des candidats recalés aux épreuves sportives, écrites et physiques se sont retrouvés à l’arrivée après les épreuves orales qui ont été introduites ».

Pour sauver sa tête, le jeudi 12 décembre dernier, le directeur Général de la police Mohamed Ag Infahi, a écrit notre confrère de « Aujourd’hui » a tenté de concilier les points de vue en vain. Il a proposé au responsables de chaque syndicat de la police d’amener une liste d’arrangement de 20 personnes qui devraient être ajoutées aux admis en violation de toutes les règles. Si des syndicalistes ont accédé à cette proposition qui sauve leurs têtes, des policiers sincères ont refusé ce piège car à leurs yeux, ça créerait des déchirures entre les membres d’un même syndicat et violerait davantage la sincérité du concours.

Des participants à la rencontre avec le DG, en guise de proposition pour réparer cette pagaille, ont demandé de faire passer tous ceux qui sont arrivés à la dernière étape et les organiser en deux cohortes en repoussant le recrutement de 2019 qui vient d’être lancé. A défaut, ils ont demandé l’annulation pure et simple de tous les résultats frauduleux.

Le résultat avait fait un tollé jusqu’à ce que, le secrétaire général du syndicat autonome de la police nationale, Bougouna Dembélé, avait fait une sortie le 14 décembre 2019 sur les antennes d’une radio de la place. « Le jour de la publication des résultats définitifs, certains responsables de la police n’ont pas pu rentrer chez eux, à cause de l’humiliation…ces responsables qui travaillaient à la direction nationale de la police avaient pris de l’argent avec des candidats qui ont été finalement éliminés à la dernière minute ».

Pour mettre la pression sur le DG de la police, dans une correspondance en date du 16 décembre 2019, le secrétaire général par intérim du Syndicat national des commissaires de Police, Sadio dit Konon Tomoda, a raconté le confrère avait sollicité le ministre de la Sécurité et de la Protection Civile pour une augmentation de quota de ce concours. “J’ai l’honneur de solliciter auprès de votre bienveillante autorité, l’augmentation des quotas du concours direct de recrutement 2018 de la Police nationale dont les résultats viennent de paraitre.

En effet, loin de démériter, les candidats ayant franchi toutes les étapes du recrutement, ont été recalés que pour des raisons de quotas entrainant leur frustration et un grand mécontentement des populations.

La demande ainsi formulée est importante à plus d’un titre car elle permettra d’une part de combler le retard accusé par la Direction Générale de la Police nationale au volet recrutement de la Loi de programmation pour la Sécurité Intérieure et d’autre part d’économiser d’importantes ressources financières et humaines que nécessite l’organisation matérielle d’un concours”, précisera-t-il. Avant de poursuivre : “L’exemple des promotions 2008 et 2009 pourra servir de jurisprudence en la matière”.

En début mars, le Procureur du Pôle économique et financier avait même été saisi par l’Association malienne de lutte contre la corruption et la délinquance financière (Amlcdf) pour des « dénonciations des faits de corruption » dans ledit concours. Moussa Ousmane Touré, président de l’Amlcdf avait laissé entendre qu’il y avait eu assez d’odeur de magouille.

C’est bien pour mettre les frustrés dans « leur droit » que ce recrutement a été lancé et il ne vise uniquement que les recalés de 2018. C’est la seule explication. Sinon comment comprendre que le département qui a déjà lancé un recrutement qui est en cours, fasse fi de ce processus au profit des « recalés » de 2018 ? Supposons que le département se limite à ses « recalés », nous disons que les conditions d’âges vont certainement frapper plusieurs d’entre eux ou alors le ministre Traoré pense qu’il n’y a plus d’âge limite pour être recruté à la police.

Pourquoi ne pas faire intéresser les candidats du concours en cours ?

A partir du moment où ce n’est pas le cas, le département de la Sécurité confirme que le recrutement des recalés est une faveur pour protéger ceux qui avaient été accusés d’avoir pris de l’argent avec les candidats.

Le département parle de recrutement de 2500 policiers dans le lot des recalés, or il nous revient que le nombre de recalés ne vaut pas le quota demandé. Comment le ministère va s’y prendre pour le recrutement du reste ?

Partant du principe que toute formation militaire exige une certaine condition physique, les recrues ont aussi l’obligation d’être en bonne santé mentale. La police ne fait pas exception à la règle, même si elle est désormais un corps démilitarisé.

Toutefois, ces quelques critères sont de plus en plus foulés aux pieds. On assiste de plus en plus à un recrutement à l’emporte-pièce. Les conditions requises n’ayant pas souvent été respectées, il nous a souvent été donné de constater des cas d’incapacité physique dans des recrutements à la police.

Et, depuis quelques années, le recrutement dans ce corps laisse à désirer. Toute sorte de personne est la bienvenue dans le milieu. De telle sorte que les citoyens se demandent si les policiers ont conscience qu’ils sont au service de la communauté.

Mamadou Sidibé
ARC EN CIEL

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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