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DEBOUGOU, DIAMBE…DANS LA REGION DE SEGOU : Les terroristes, les maîtres des lieux

lundi 24 juin 2019

Dans les villages de Débougou, Diambé, Ngnelebougou (Niono), l’absence des FaMa, de l’Etat a contraint les populations à cohabiter avec les terroristes. C’est comme un pacte de non agression qui a été scellé entre eux. Les terroristes ont finalement imposé leurs lois. Une bombe à retardement.

Situé à 140 km de Ségou, le cercle de Nioro fait parti de ses zones où l’insécurité connait une proportion inquiétante, depuis l’attaque du village de Diabaly en 2012. Les populations pris entre deux feux (celui de l’armée et celui des terroristes) sont les seules victimes collatérales.

Comme pour lors de l’occupation djihadistes à Gao, à Débougou, c’est les terroristes qui font la loi pour la simple raison que l’Etat est absent. Il y-a-t-il un pacte de non agression entre les populations et les terroristes ? Difficile d’y répondre. En tout cas ce qui se passe dans les localités est le signe que les populations ont accepté de ne pas dénoncer les terroristes et de vivre avec eux.

Situé sur la route de l’espoir (la route qui mène à Léré), Débougou n’enregistre la présence d’aucune force de défense malienne. Les militaires maliens sont positionnés à Niono et à Diabaly. Le hic, une fois la nuit tombée, toutes les routes fréquentées menant à Débougou se ferment. Selon les populations de Débougou, « à chaque 20 heures de la nuit, le village est isolé et abandonné à son triste sort ». Le pire, aucun porteur d’uniforme des FaMa n’a été aperçu ce, depuis plusieurs mois alors que la présence des terroristes n’est cachée à personne. « Ils sont partout. On les voit même dans les champs de riz, les armes au poing. Très généralement, c’est eux qui nous demandent de ne pas nous affoler et qu’ils sont-là pour notre cause. Ils nous rassurent », affirme M. Diarra, paysan.

Conséquence : « Aujourd’hui, à Débougou, chaque personne détient le numéro de téléphone des responsables terroristes en charge des questions de justice. C’est eux-mêmes sui sont venus nous donner leurs numéros. Ils nous ont demandé de leur faire appelle à chaque fois qu’on est confronté à des problèmes », a affirmé B. D. « Dès que certains se sentent lésés par rapport à une situation, un cas d’injustice, la personne sort son téléphone et les joint tout en indiquant le lieu et l’identité du fauteur de trouble. A moins d’une heure, les terroristes se présentent. Le plus souvent, ils amènent avec eux en brousse les protagonistes pour les juger. Et celui qui aura fauté sera soumis aux sanctions prévues par leurs textes. Généralement, la personne incriminée est bastonnée à coup de fouets ». Mieux, dira t-il, « ceux qui se feront prendre en flagrant délits de vols de bétails ou de braquage, sont jugés par leur tribunal. Condamnés à mort, les brigands sont égorgés les vendredis ».

Le hic, à Débougou, la Mairie ne perçoit plus de taxes « Les terroristes ont interdit à toute personne de payer les taxes. Pour eux, l’islam n’autorise pas le paiement de taxes. Conséquence : la Mairie est confrontée à d’énormes difficultés financières ».

A 25 kilomètres de Débougou, à Diambé, un village réputé être une base des terroristes. C’est à partir de ce village que les terroristes avaient attaqués Diabaly en 2013. « Il n’y a pas un militaire dans la zone qui ne connait pas la présence des terroristes dans ce village et environnants ». D’où viennent-ils ? Qui sont t-ils ? Notre interlocuteur affirme sans pourtant nous apporter la précision que certains viendraient de la frontière mauritanienne. « On les voit sur des motos. Leur moment idéal c’est généralement la nuit ». Et d’affirmer « quand les terroristes sentent qu’il y a un mouvement de l’armée dans la zone, ils se confondent à la population ou préfèrent regagner la forêt vers la Mauritanie ».

L’enrôlement des jeunes dans le terrorisme s’effectue généralement dans les familles. « Les terroristes viennent dans les familles et proposent de l’argent. L’argent proposé varie entre 50 000 F CFA à 100 000 F CFA selon le jeune en face ». Entrainés dans le maniement des armes, les jeunes recrus n’ont désormais que d’ennemis les porteurs d’uniforme de toute sorte. A partir de ce village, ils sont envoyés en mission. Et en cas de patrouilles des FaMa, la plus part abandonnent le village pour se retrancher dans la forêt du Wagadou, à la frontière mauritanienne. Les terroristes ont su instaurer une certaine complicité avec la population. Toute chose qui est en train de leur donner de la force.

Il est grand temps pour les forces de sécurité de nettoyer systématique des villages au risque que le pire ne se produise un jour. Les populations de la localité ne comprennent pas ce silence des autorités militaires.

Mohamed Keita
ARC-EN-CIEL

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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