| |

Cheick Oumar Sissoko, président de l’EMK : « Le M5-RFP ne donne pas un chèque en blanc à la transition »

vendredi 18 février 2022

Alors que beau nombres de Maliens s’interrogent sur le sort du Mouvement M5-RFP qui connaît beaucoup de remous en son sein, dans une interview accordée, Cheick Oumar Sissoko, président de l’EMK non moins membre fondateur du M5, parle de la situation qui prévaut et ses rapports avec l’actuel Premier ministre. Pour lui, ils n’ont jamais donné un blanc-seing à la transition. Lisez !

Azalaï Express : M. Le président, comment se porte le M5-RFP ?

Cheick Oumar Sissoko : Tout le monde se pose la question aujourd’hui sur le M5-RFP, nous sommes inquiets. Vous savez sans doute que je suis l’un des signataires de la lettre qui demande tout simplement que nous nous réunissions autour des problèmes à résoudre pour donner au M5 sa force d’antan, remettre en selle ses objectifs et participer au renforcement de la transition dans le cadre du soutien aux autorités de la transition. Nous avons une personnalité qu’il faut maintenir, qui doit évoluer avec le temps, avec les exigences politiques de la transition de notre pays. Parce que nous sommes et nous voulons continuer à être une alternance politique crédible pour que cette transition réussisse et pour préparer l’après-transition. Car nous ne voulons plus retourner à la case départ. Ce pays, depuis le 19 novembre 1968, est régi par un système politique, social et culturel qui ne fait que le plonger dans l’archaïsme économique et social, alors que le Mali a des ressources naturelles et humaines importantes. Et il faut que cela change. Alors, c’est ce besoin que nous avons.

Le document (la lettre) que nous avons envoyé n’était pas destiné aux réseaux sociaux. Nous avons déposé la lettre physique auprès du président par intérim du comité stratégique du M5-RFP, Boubacar Karamoko Traoré. Nous avons été surpris de voir cela sur les réseaux. Donc, nous attendons.

Je ne sais pas si vous avez vu sur les réseaux sociaux les insultes à l’endroit de Me Mountaga Tall. Ils ne sont pas à leur première fois. Toute personne qui ose émettre une idée, je ne dis pas une critique, sur la transition, se fait insulter, matraquer par ceux que j’appelle les chiens méchants.

Selon vous, qui sont derrière ces insultes ?

Mais c’est de cela que nous voulons discuter au niveau du comité stratégique ; voir quelles sont les entraves à l’épanouissement du M5, quelles sont les entraves à la plus grande contribution du M5 à la réussite de la transition ? Le M5 ne donne pas un chèque en blanc à la transition. Quand nous avons désigné le Premier ministre en la personne du président du comité stratégique, nous avons bien dit que nous resterons une veille citoyenne pour apporter notre contribution. Nous avons dit, pour que cela soit, le PM ne peut pas rester le président du comité stratégique. D’abord parce qu’il est aux affaires de l’Etat, il n’aura pas le temps pour travailler à l’organisation et à l’orientation du M5. Ensuite, il ne saura pas être la veille citoyenne. Parce que la veille citoyenne c’est dire quand ça va, on soutient, on applaudit ; quand ça ne va pas, on fait des observations, des critiques.

Aussi, a-t-on fait savoir que tous ceux qui sont dans l’action gouvernementale, comme les ministres, ne peuvent pas être dans le comité stratégique. Ils ont suffisamment à faire pour être là. La preuve : malgré le fait qu’on a aménagé nos réunions (c’était les mercredis, on a décidé de les tenir les jeudis), on voit de temps en temps deux ministres, notamment Bakary Doumbia et Bréhima Kamena. Et le second n’était pas dans le comité stratégique.

Toute la question est là. On craint que si nous continuons comme cela, que notre grande alternative politique, crédible ne disparaisse.

Les gens peuvent penser que c’est la mauvaise foi qui nous guide, mais on a l’habitude de cela.

Dans la lettre qui a circulé sur les réseaux sociaux, vous dénoncez la mainmise du Premier ministre Choguel Kokalla Maïga sur le M5 et le refus de ce dernier d’organiser les conditions pour changer l’instance dirigeante du mouvement. Y a-t-il eu une réaction de la part du PM ?

Non, il n’y a pas eu de réaction de sa part. On a regretté que la lettre ait été diffusée. La seule réaction a été qu’on se mette à dérailler encore sur les gens, surtout sur les réseaux sociaux. C’est dommage ; ce n’est pas de la politique.

Vous êtes l’un des leaders du M5 dont la lutte a été parachevée par les militaires. Après la rectification entre guillemets de la trajectoire de la transition, la Primature vous a été confiée. Est-ce qu’aujourd’hui ce pays marche avec l’idéologie ou encore la voie tracée par le M5-RFP ?

Le M5 a effectivement élaboré un document. C’était des axes de travail : 10 points et 17 mesures. Dans ces 10 points et 17 mesures, ce qui est en train d’être fait et qui nous rassure, c’est la question de sécurité, la question de la guerre. Nous avions en premier point demandé à s’attaquer à cette guerre et à la résoudre. On n’a pas cessé de mettre l’accent là-dessus. Le PM lui-même a fait un document de 32 pages sur la solution de sortie de crise que nous avons intitulé « la mobilisation des Maliens contre la guerre qui nous ont imposé ». Où nous proposons que chaque cercle soit doté d’un bataillon militaire, avec un recrutement de 1500 jeunes. Et nous en avons plus que jamais besoin aujourd’hui, parce qu’il ne faut pas écarter la réaction de la France jusqu’à la tentative de « somalisation » du Mali.
Donc, les 10 points, dans la plupart, restent en détail.

Entretenez-vous de bons rapports avec le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga ?

Les relations sont bonnes. Nous n’allons pas à l’affrontement, absolument pas. Nous soutenons la transition ; nous demandons tout simplement que le M5 ait voix au chapitre. Le mouvement ne s’exprime plus que dans l’attente de la décision des autorités pour être une caisse de résonance. C’est comme un président de parti politique qui monte au pouvoir ; il a une base sociale. Il demande d’applaudir à chaque fois qu’il a des choses qui se passent. Nous disons, nous applaudirons aux choses effectives pour les intérêts du pays, mais nous apporterons notre contribution par nos idées. Et les Maliens savent que nous avons apporté des idées. Nous avons été cette expression politique de mouvement qui s’est enclenché dans le pays.

Vous soutenez la transition, vous êtes donc comptables de tout ce que la transition fait. Est-ce que cela veut dire que vous soutenez les discours du Premier ministre, souvent va-t-en-guerre ?

Il y a pas eu ce débat au niveau du comité stratégique du M5-RFP, justement parce qu’il y a pas de débat. Puisqu’on refuse toute note discordante, c’est cela qu’on veut. Mais si vous me demander en tant que EMK, oui nous reconnaissons les autorités. Mais aujourd’hui nous avons besoin de rassembler tout le monde. A quoi cela sert-il de stigmatiser des membres des groupes politiques qui sont dans le M5.

On m’a stigmatisé, quand le Premier ministre dit que Aliou Sangaré du EMK et moi avions en projet de rééditer ce qui a été fait en 1991, envoyé les enfants à la mort.

Que répondez-vous à cette accusation ?

Mais écouter, j’étais avec les enfants. C’est eux qui n’ont pas voulu venir. C’est nous qui avions décidé d’aller remettre la lettre de démission au président de la République à son domicile.

Quand on n’est arrivé à terme et qu’au micro ça a été dit maintenant nous allons à Sébénikoro, je leur ai fait savoir que les jeunes sont en train de partir ; nous ne pouvons pas ne pas y aller. Ils m’ont répondu qu’on allait faire le débriefing. Je dis, quel débriefing ? On n’a pas encore fini. Nous avons la responsabilité de ces enfants. Nous ne pouvons pas les laisser aller parce que nous ne savons pas ce qui les attend là-bas. Donc, il faut aller pour les encadrer. Ils ont refusé. C’est là que j’ai décidé de partir. Donc Moussa Sinko qui a entendu la discussion a décidé de me suivre.

C’est comme ça que je me suis retrouvé côte à côte avec le général Sinko. Et il n’était pas au comité stratégique. C’est après qu’il est venu me remplacer au sein du comité.

Alors, quand Choguel dit que je voulais envoyer les enfants à la mort, alors cela veut dire que je suis téméraire, un suicidaire. Puisque j’envoie les enfants à la mort et je les rejoins. C’est méchant et c’est la division.

Interview réalisée Abdrahamane Baba Kouyaté
AZALAÏ EXPRESS

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Mots-clés : menunav