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COVID-AFRIQUE SUBSAHARIENNE : Faire face à une longue pandémie

lundi 3 mai 2021

Selon nos projections, la croissance en Afrique subsaharienne devrait atteindre 3,4 % cette année, après la contraction de 1,9 % observée en 2020 (le pire résultat jamais enregistré) qui a entraîné une forte hausse de la pauvreté. Dans de nombreux pays, le revenu par habitant ne retrouvera pas son niveau d’avant la crise avant 2025.

Les perspectives à court terme sont sujettes à des incertitudes considérables, qui sont liées à l’évolution de la pandémie, à l’accès aux vaccins et à des conditions de financement extérieur moins favorables. Les bouleversements économiques et sociaux provoqués par la crise compliqueront davantage l’élaboration des politiques économiques.

Dans ce contexte, il est essentiel d’accélérer l’accès aux vaccins pour rehausser les perspectives de la région sur le plan de la santé et de la croissance. Il s’agit d’accroître les dépenses consacrées au déploiement des vaccins, de renforcer les systèmes de santé locaux et de rester vigilant sur le plan des mesures d’endiguement.

Pour débloquer le potentiel immense de la région, une stratégie à trois volets s’impose : des réformes audacieuses pour stimuler la croissance économique et la diversification ; des mesures budgétaires, en particulier pour accroître les recettes et limiter la vulnérabilité liée à la dette ainsi qu’une augmentation considérable des financements concessionnels extérieurs à l’appui de ce programme de réforme.

La croissance économique devrait reprendre en Afrique subsaharienne en 2021. Cependant, il sera difficile de trouver la voie de la reprise et de surmonter les effets de longue durée de la pandémie. Les dirigeants doivent s’employer à déployer des vaccins, tout en assainissant des bilans publics qui ont été mis à mal par la crise. Il est plus important que jamais d’opérer des réformes porteuses de transformations et d’obtenir davantage d’aide extérieure pour redynamiser la croissance de la région, note le Fonds monétaire international (FMI) dans son dernier rapport intitulé Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne.

« L’Afrique subsaharienne continue de faire face à une crise sanitaire et économique sans précédent », a souligné Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI. « Depuis notre dernière évaluation des perspectives économiques régionales en octobre 2020, la région a subi une deuxième vague pandémique, de plus grande ampleur et plus rapide que la première. Beaucoup de pays continuent d’affronter d’autres vagues ou s’y préparent, d’autant que l’accès aux vaccins reste faible.

« La pandémie a eu des répercussions dévastatrices sur l’économie de la région. La contraction observée en 2020, estimée à 1,9 %, est un peu moins grave que prévu en octobre dernier, mais cela reste le pire résultat jamais enregistré dans la région. Selon nos projections, la croissance régionale devrait être de 3,4 % en 2021, mais la production par habitant ne retrouverait son niveau de 2019 qu’après 2022.

« Les difficultés économiques ont provoqué des bouleversements sociaux considérables et bien trop de personnes ont de nouveau basculé dans la pauvreté. Dans de nombreux pays, le revenu par habitant ne retrouvera son niveau d’avant la crise qu’en 2025. Le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne a augmenté de plus de 32 millions, selon nos projections. La perte d’apprentissage est énorme : les étudiants ont manqué 67 jours d’instruction, soit plus de quatre fois plus que dans les pays avancés.

« L’Afrique subsaharienne sera la région du monde où la croissance sera la plus lente en 2021 : le manque d’accès aux vaccins et de marge de manœuvre pour les pouvoirs publics freine la reprise à court terme. Si certains pays avancés ont obtenu suffisamment de doses pour vacciner leur propre population plusieurs fois, bon nombre de pays d’Afrique subsaharienne ont du mal à vacciner leurs travailleurs essentiels de première ligne. Peu d’entre eux auront accès à des vaccins à grande échelle avant 2023. La plupart des pays de la région n’ont pas été en mesure de prendre les mesures extraordinaires de soutien budgétaire et monétaire qui tirent aujourd’hui la reprise dans les pays avancés.

« Les perspectives de l’Afrique subsaharienne restent exceptionnellement incertaines. Si les risques liés à la pandémie sont prédominants, d’autres facteurs tels que l’accès à des financements extérieurs, l’instabilité politique, la sécurité intérieure ou des chocs climatiques pourraient mettre en péril la reprise. Sur une note plus positive, un approvisionnement ou une distribution plus rapide que prévu des vaccins pourrait rehausser les perspectives à court terme de la région. »

Dans ce contexte, M. Selassie a souligné des priorités d’action :

« La priorité immédiate est de sauver les vies. Il s’agit de dépenser davantage pour renforcer les systèmes de santé et les mesures d’endiguement, ainsi que pour acquérir et distribuer des vaccins. Pour la plupart des pays, le coût de la vaccination de 60 % de la population exigera une hausse des dépenses de santé pouvant aller jusqu’à 50 % ; pour certains, ce coût pourrait dépasser 2 % du PIB.

« Pour la communauté internationale, assurer une couverture vaccinale pour l’Afrique subsaharienne constitue un bien public mondial. La diffusion des vaccins ou de matériel médical ne doit pas être limitée, les mécanismes multilatéraux tels que le COVAX doivent être financés intégralement et les doses qui sont excédentaires dans les pays riches doivent être redistribués rapidement.

« La deuxième priorité consiste à renforcer la reprise et à entretenir le potentiel de croissance de la région au moyen de réformes audacieuses et porteuses de transformations. Les domaines concernés sont notamment le passage au numérique, l’intégration commerciale, la concurrence, la transparence et la gouvernance, ainsi que l’atténuation du changement climatique.

« Pour exécuter ces réformes, tout en assainissant des bilans publics mis à mal par la crise, des choix difficiles devront être faits. En accroissant les recettes intérieures, en donnant la priorité aux dépenses essentielles et en gérant plus efficacement la dette publique, les dirigeants peuvent créer l’espace budgétaire dont ils ont besoin pour investir dans la reprise et ramener la dette à un niveau viable.

« Les 17 pays de la région qui présentent un risque élevé de surendettement ou qui sont déjà en situation de surendettement auront besoin d’une aide supplémentaire. Pour certains, l’initiative de suspension du service de la dette du G20 a accordé un répit précieux, en allégeant le service de la dette de l’ordre de 1,8 milliard de dollars jusqu’à fin décembre 2020 et peut-être de 4,8 milliards de dollars supplémentaires au premier semestre de 2021. Pour les pays où un allégement de plus grande ampleur pourrait être nécessaire, le cadre commun du G20 pour le traitement de la dette peut offrir des solutions qui sont coordonnées parmi l’ensemble des créanciers et adaptées aux circonstances de chaque pays.

« La communauté internationale, y compris le FMI, a agi rapidement pour satisfaire les besoins d’urgence de la région en 2020, mais cette dernière aura besoin d’une aide supplémentaire pour rattraper le terrain perdu pendant la crise. Une éventuelle allocation générale de droits de tirage spéciaux du FMI contribuerait à fournir des liquidités aux pays d’Afrique subsaharienne les plus vulnérables.

Par ailleurs, pour accroître les dépenses de lutte contre la pandémie, maintenir des réserves suffisantes et accélérer la convergence des revenus, les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne font face à des besoins supplémentaires de financement extérieur d’environ 245 milliards de dollars sur les cinq prochaines années, le chiffre correspondant pour la région étant de 425 milliards de dollars. Ces questions seront examinées en mai lors du sommet international de haut niveau sur le financement pour l’Afrique. »

FMI

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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