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Arabie Saoudite : La fin du prince Mohamed Ben Salman ?

mardi 23 octobre 2018

L’exécution du journaliste Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul sonne inexorablement la fin du prince héritier Mohamed Ben Salman et le début d’une longue période d’incertitude en Arabie Saoudite.

Lorsque le prince Mohamed Ben Salmane (dit « MBS ») est devenu le plus jeune ministre de la Défense au monde, il a exigé d’exploiter les champs pétroliers du « Quart vide », cette zone à cheval sur son pays et le Yémen.

Face au refus yéménite, il a lancé une guerre pour s’y couvrir de gloire comme son grand-père. 7 millions de personnes manquent de nourriture. Des centaines de milliers de personnes ont été tués. Si au Conseil de sécurité, tous les membres s’inquiètent de la crise humanitaire, nul ne se permet de critiquer le valeureux prince.

C’est sur son instigation que son père, le roi Salmane, a décapité le cheikh Nimr Baqr al-Nimr, symbole de l’opposition intérieure. L’homme était certes pacifique, mais c’était un infidèle, parce que d’obédience chiite proche de l’Iran. Son exécution n’a soulevé que quelques effusions diplomatiques d’occidentaux pour soulager leur conscience.

Dans la région de Qatif, le prince aurait ordonné la démolition de Moussawara et Chouweikat qui sont chiites ! Là encore, les Occidentaux n’ont pas vu les villes rasées par des blindés ! Aucune condamnation ! Poussant son avantage, le prince amène son père à rompre avec le Qatar, en juin 2017, qui a eu l’audace de prendre parti pour l’Iran face à l’Arabie saoudite. Il somme tous les États arabes de le suivre et parvient à faire reculer provisoirement l’Émirat.

Au déclenchement de l’opération coup de point qu’il a déclenché, c’est-à-dire la lutte contre la corruption, 1 300 membres de la famille royale sont assignés à résidence, y compris le Premier ministre libanais Saad Hariri, considéré comme un « enfant de la main gauche » de la famille royale saoudienne. Certains sont pendus par les pieds et torturés. Tous doivent « offrir » au prince héritier la moitié de leur fortune. Certains analystes affirment qu’il aurait encaissé en nom propre, au moins 800 milliards de dollars en argent et en actions.

Erreur fatale ! C’est alors que le conseiller du président Trump, Jared Kushner, eut l’idée de récupérer l’argent du pétrole pour renflouer l’économie US. L’immense fortune des Saoud n’est jamais que l’argent que les Occidentaux en général et les États-uniens en particulier lui ont versé mécaniquement pour ses hydrocarbures. Ce n’est pas le fruit de leur travail, juste une rente de leur propriété. Le jeune homme organise donc le coup de Palais de novembre 2017.

La fortune des Saoud, jusqu’ici dispersée entre tous, s’était concentrée en une main qui n’était pas celle du roi et donc de l’État. Il suffit donc de tordre cette main pour récupérer le magot.

Alors que les Occidentaux ne « tarissent pas d’éloges » devant la modernité du jeune prince qui autorise les femmes à conduire, le Canada lui reproche d’arrêter des leaders féministes. Furieux, il rompt les relations diplomatiques entre les deux pays, gèle les échanges commerciaux et rappelle tous ses ressortissants. Dans la foulée, il menace aussi le Koweït du même sort que le Yémen s’il ne lui offre pas ses réserves pétrolières frontalières. Mais le temps s’écoule rapidement.

Enivré par fulgurante ascension, le prince s’est cru tout permis. L’exécution du journaliste est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Jamal Khashoggi était le petit-fils du médecin personnel du roi Abdul Aziz. Il était le neveu du marchand d’armes Adnan Khashoggi qui équipa l’armée de l’air saoudienne, puis approvisionna pour le compte du Pentagone, l’Iran chiite contre l’Iraq sunnite. Samira Khashoggi, sa tante, est la mère du marchand d’armes Dodi Al-Fayed (mort avec sa compagne, la princesse britannique Lady Diana en 1997 à Paris).

Jamal avait été associé au coup de Palais que le vieux prince al-Waleed préparait contre MBS. Des spadassins lui coupèrent les doigts et le démembrèrent avant de présenter sa tête à leur maître, MBS. L’opération avait été soigneusement enregistrée par les services secrets turcs et US. À Washington, la presse et des parlementaires US demandent au président Trump de prendre des sanctions contre Riyad.

Un conseiller de MBS, Turki Al-Dakhil, réplique que si les États-Unis prennent des sanctions contre le royaume, celui-ci est prêt à chambouler l’ordre mondial. Car dans la tradition des bédouins du désert, toute insulte doit être vengée quel qu’en soit le prix.

Selon lui, le royaume prépare une trentaine de mesures dont les plus marquantes sont :

- Descendre la production de pétrole à 7,5 millions de barils/jour, provoquant une hausse des prix aux environs de 200 dollars le baril. Le royaume exigera d’être payé en d’autres monnaies que le dollar, provoquant la fin de son hégémonie ;
- S’écarter de Washington et se rapprocher de Téhéran ;
- Acheter des armes en Russie et en Chine. Le royaume offrira une base militaire à la Russie à Tabuk, au nord-ouest du pays, c’est-à-dire à proximité de la Syrie, d’Israël, du Liban et de l’Iraq ;
- Soutenir du jour au lendemain le Hamas et le Hezbollah.

Ces menaces ont été prises très au sérieux par Washington qui redoute que le front anti-iranien ne se fissure. L’Arabie Saoudite étant le point d’appui de l’Administration Trump en mesure de renforcer le camp anti-iranien. Cependant, Trump aura à faire face au Congrès, largement remonté contre ce qu’ils qualifient de « crime politique monstrueux ».

L’ancien ambassadeur des Etats- Unis à Tel-Aviv, Daniel B. Shapiro, avait prévenu ses coreligionnaires israéliens : avec un tel allié, Netanyahu met le pays en danger. Le compte à rebours commence déjà pour le prince…

Affaire à suivre.

Nouhoun Keita
Journaliste malien

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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