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Amadou Bocar Téguété, Vice président du conseil national de la société civile : « Le Mali n’a pas besoin d’une Assemblée nationale qui laisse passer toutes les lois comme lettre à la poste »
samedi 23 novembre 2013, par
Dans 32 heures l’élection législative va démarrer au Mali. La date du dimanche 24 novembre 2013 est retenue pour le 1er tour. Toujours à l’avant-garde du combat pour la consolidation de la jeune démocratie du Mali, la société civile déplore l’insuffisance de candidatures féminines à cette consultation électorale qui se veut la confirmation de l’engagement d’un peuple qui a hâte d’un changement qui tarde à se dessiner depuis le coup de force du 22 Mars 2012. Amadou Bocar Téguété, Vice président du conseil national de la société civile du Mali, nous a accordé une interview. Il s’insurge contre l’achat de conscience qui a prévalu pendant la constitution des listes électorales et invite les électeurs à un vote massif.
Notrenation.com : Parlez nous du dispositif mis en place par le conseil national de la société civile du Mali pour l’observation de l’élection législative du 24 novembre 2013.
Amadou Bocar Téguété : Comme à la présidentielle, nous allons observer, donner des résultats, corriger les failles au fur et à mesure que les opérations de vote vont se dérouler. Bien que cette élection soit beaucoup plus difficile à notre avis. Parce qu’elle a une spécificité : en plus de son aspect d’élection de proximité, il y a plus de candidatures qu’à la présidentielle. Nous croyons que notre observation est utile pour la simple raison que le résultat donné par les structures impliquées dans l’organisation des élections était presque le même que nous avons donné au niveau de la société civile, lors des deux tours de l’élection présidentielle de cette année 2013.
Ils seront combien d’observateurs ?
Au moins deux mille six cent (2 600) à être déployés sur l’ensemble des huit (8) régions du pays, plus le district de Bamako.
Que vaut l’observation d’une élection, fut-elle une législative par la société civile ?
C’est pour œuvrer à ce que l’élection soit crédible et transparente afin de promouvoir une culture de paix. Pour ce faire, les observateurs de la société civile joueront à la sentinelle dans les centres de vote auprès des forces de sécurité et tous ceux qui sont impliqués dans le processus pour une élection apaisée et acceptée de tous.
Que dire de ces nombreuses candidatures ?
D’abord, les candidatures de femmes ne sont pas nombreuses, malgré qu’il ait eu beaucoup de candidats pour cette élection. Elles ne représentent que 12%. Aussi, la question que je suis entrain de me poser est de savoir, est ce qu’à la sortie de cette élection, le Mali aura les députés qui lui faut. Ce qui m’amène à faire cette réflexion, c’est que nous venons de loin, sinon très loin. C’est pourquoi, pour pouvoir répondre aux attentes d’une population qui a hâte du changement, il nous faut des députés responsables, critiques, crédibles qui puissent effectivement jouer le rôle de contrôle de l’action gouvernementale. Mais, pour l’instant je préfère émettre des réserves. Je soutiens mon argumentaire par un exemple. Concernant la constitution des listes de candidatures dans bon nombres de partis politiques, au lieu que les choix s’opèrent sur des critères liés aux valeurs intrinsèques des militants, c’est plutôt l’argent qui a été mis en valeur. Pour se voir retenir sur des listes, il fallait débrousser 10, 15 voir 20 millions de francs CFA, toutes choses contraires même à l’éthique et aux valeurs morales de notre société. Les élections générales de cette année devaient permettre à notre pays de tourner la page à l’achat de conscience, mais c’est avec regret que je constate que la pratique a toujours monnaie pion sur rue dans notre pays.
Avez-vous un message à l’endroit des électeurs pour un vote massif et utile ?
A l’endroit des candidats, j’invite tous ceux qui auront la chance d’être élus de nous consulter avant de voter une loi et de nous restituer tout ce qu’ils vont dire en notre nom. Je souhaite que les députés élus mettent fin au nomadisme à l’Assemblée nationale. Cela, pour dire que je comprends très mal que pour avoir voter en fonction du programme d’un candidat, une fois à l’hémicycle il change de parti ou de regroupement pour des intérêts sordides. C’est la raison pour laquelle, il est temps que le citoyen malien vote utile en ne monnayant pas sa voix contre l’argent ou un cadeau de quelque nature que ce soit (t-shirt, pagne, thé, marmite). Le Mali n’a pas besoin d’une Assemblée nationale qui laisse passer toutes les lois comme lettre à la poste. Je veux parler du consensus qui a démontré toutes ses limites ces dernières années dans notre pays. On n’en a plus besoin.
Propos recueillis par
Siaka Z. Traoré