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17ème sommet de la francophonie/Emmanuel Macron : « La Francophonie doit reconquérir la jeunesse… »

mercredi 17 octobre 2018

Lors de la 17ème édition du Sommet de la Francophonie à Erevan, le président français Emmanuel Macron a lancé un appel pour réinventer la francophonie. Il a présenté des mesures pour valoriser la langue française et à mettre la jeunesse, notamment la jeunesse Africaine, au centre des priorités.

Emmanuel Macron a débuté son discours en saluant l’Arménie de sa grande culture et des personnes qui ont compté pour la France, comme Charles Aznavour « trésor commun » au deux pays. « Aujourd’hui, c’est une famille qui se réunit à Erevan. Une famille aux dimensions de la planète, présente sur les cinq continents, en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, en Océanie. Une famille d’une telle diversité qu’elle est un défi à l’imagination. Nous tous, nous toutes qui lui appartenons, nous n’avons pas la même couleur de peau. Nos dieux n’ont pas toujours le même nom, et certains d’entre nous ne croient pas au ciel. Les climats sous lesquels nous vivons sont si dissemblables que les uns ne connaissent qu’un long été et les autres de rudes hivers enneigés. Nos chants ne se ressemblent pas, même s’ils s’accordent souvent à l’unisson. Nos récits ne puisent pas aux mêmes sources, même s’ils coulent souvent dans la même direction. Entre nous, il y a eu de nombreuses blessures qui commencent à peine à cicatriser grâce au travail de mémoire », a-t-il indiqué. Avant d’ajouter que « les langues que nous entendons depuis notre enfance, et jusque dans les rues de nos métropoles, sont innombrables, comme sont différentes les conditions d’existence de nos populations. Mais cette famille si bigarrée, si chatoyante, si vibrante, diverse, coruscante, est une famille unie ».

Selon lui, elle est « Unie avant toute chose par une langue, cette langue que chacun d’entre nous, avec nos accents, nos tournures, nos particularités, nous faisons vivre de manière plurielle, mais dans laquelle nous nous comprenons intimement ». Mieux, il dira que « Cette langue qui n’appartient à aucun d’entre nous, mais qui est la propriété de tous, qui s’est émancipée de son lien avec la nation française pour accueillir tous les imaginaires, ceux de Senghor et de l’ionesco, de Milan Kundera et d’Alain Mabanckou, de Charles Aznavour et de Youssouf N’Dour, de Modiano comme d’Amin Maalouf ».

« La Francophonie doit être ce lieu du ressaisissement collectif contemporain, ce lieu où dans une langue qui en a conjugué tant d’autres, qui est forte de tant d’autres langues, et qui, sur tous les continents, s’est installée ainsi, est la langue qui ne va pas répéter des mots devenus parfois creux, mais qui sera, comme elle l’a toujours été, la langue du refus de la situation établie, la langue d’une ambition commune, la langue d’une conquête ou d’une reconquête, parce que c’est cela, avant toute chose, la Francophonie, et c’est cela ce qui nous unit », a-t-il ajouté.

Il a précisé aussi que le premier combat de la francophonie dans les années à venir sera la jeunesse. « Ma première conviction, ma conviction profonde, c’est la Francophonie doit reconquérir la jeunesse, doit redevenir un projet d’avenir plein et entier. Oui, notre organisation doit s’adresser d’abord à la jeunesse. On nous a parfois reprochés d’être trop institutionnels. C’est souvent, mais pas toujours infondé », a-t-il indiqué. Avant d’ajouter que leur organisation doit renouer avec nos populations, s’adresser à elles, faire la preuve auprès d’elles de ce qu’elle apporte. « La population de l’espace francophone est jeune, ne l’oublions pas, lui proposer un avenir par l’éducation, la formation professionnelle, l’emploi, l’engagement dans la cité, la culture, c’est notre défi principal », a-t-il suggéré.

Selon lui, le premier combat de la Francophonie dans les années à venir, c’est la jeunesse, et tout particulièrement la jeunesse en Afrique. « Le continent africain est en train de se réinventer. D’aucuns voudraient l’installer dans les imaginaires d’hier, dans les querelles d’hier, dans les fractures d’hier. Mais ce continent est aujourd’hui l’un des plus jeunes au monde. Cette jeunesse est une chance extraordinaire. Et la Francophonie a pour elle un combat à livrer, le combat pour déployer notre langue, nos langues, qui est aussi le combat de nos valeurs partout en Afrique, celui que portent courageusement les chefs d’Etat et de gouvernement qui sont ici, assis à nos côtés. Le combat contre l’obscurantisme, le combat contre les mariages forcés, le combat contre l’oppression imposée aux femmes, le combat contre le recul de l’éducation, en particulier des jeunes filles, le combat pour nos valeurs et cette ambition », a-t-il révélé. Avant de proposer que « C’est la Francophonie qui le mènera dans tous ces espaces et à vos côtés. Et je veux qu’ensemble, nous puissions en faire un symbole d’avenir, de reconquête ». Le Président Français a indiqué que « la Francophonie doit permettre aux jeunes francophones d’être mieux scolarisés, de bénéficier des meilleures bibliothèques, des nouvelles technologies, de faciliter l’accès aux meilleures universités et permettre aux jeunes chercheurs de publier dans les meilleures revues, et bien évidemment, combat premier, d’aller à l’école pour tous les jeunes enfants, et en particulier les jeunes filles ». Il a annoncé à ses pairs que la France sera à leurs côtés dans cette famille de la Francophonie. « Vous le savez, j’ai profondément réengagé la politique de développement française dans cette direction, et c’est un combat pour nous tous que nous menons, contre l’obscurantisme et pour ce destin commun », a-t-il ajouté.

Ensuite, il a mis l’accent sur des mesures pour renforcer la place de la langue française dans le monde. « Ce qui nous caractérise, c’est que nous sommes une langue, nous sommes la langue de la création et sujet, à ce sujet, laissez-moi vous dire que c’est un combat qui est sans doute l’un des plus importants du siècle qui s’ouvre », a-t-il déclaré. Avant de dire « Nous échangeons dans les sommets internationaux, pour beaucoup d’entre nous, souvent en anglais ; l’anglais s’est imposé comme quelques autres langues selon les régions, comme une langue d’échange très forte. Mais l’anglais est devenu une langue d’usage, je dirais de consommation. Notre langue, le français l’est tout autant, mais, c’est aussi une langue de création. Nous sommes l’espace géographique de valeurs, d’imaginaires où l’auteur, le créateur est la chose la plus importante ; l’espace dans lequel, lorsque l’on échange quelque chose, un contenu, une idée, on n’échange pas un bien comme les autres, mais ce que quelqu’un à un moment a créé, a imaginé, a écrit ou dit ». Selon lui, le mot d’autorité dans notre langue renvoie à cela. « L’autorité vient de l’auteur, de celui qui a créé. Il n’y a rien de plus beau, de plus fort que de créer et d’imposer un mot, un poème, une idée, une réalité. Ce qui nous réunit c’est que dans nos pays des gens sont morts pour des mots ou des idées. Il n’y a rien de plus fort. Alors se battre pour que notre langue soit plus forte aujourd’hui, c’est se battre pour que l’auteur soit plus fort. Et c’est se battre pour que dans cet espace nouveau qu’est Internet, la Francophonie soit présente pour que nous puissions organiser un congrès des écrivains de langue française, sur le modèle de ce que font nos amis hispanophones », a-t-il proposé. Et, de dire qu’aussi étonnant que cela puisse paraître, cela n’a jamais été fait en 50 ans. « Ce congrès devrait réunir les grands écrivains, les grands éditeurs, tous ceux dont le métier est la langue, dans tout l’espace francophone. Il devrait remettre les auteurs au centre, prendre acte du changement de statut du français, qui n’est plus simplement la langue de la France, et du rôle majeur de tous les continents dans la création littéraire », a-t-il conseillé. Avant de dire que leur ministre de la Culture y est particulièrement attachée, elle qui a dédié sa vie à l’édition, littéraire. « Ma représentante personnelle pour la francophonie Leïla Slimani a eu cette volonté, cette idée et mènera à vos côtés ce beau projet », a-t-il déclaré.

Et aussi il a indiqué que le combat pour les auteurs, pour les idées est le plus beau qui soit. « Investissons-le, ne faisons pas des langues simplement des espaces d’usage comme on dit, de consommation. Ce sont des espaces de création, de réinvention », a-t-il suggéré. Avant d’annoncer que c’est pourquoi, il croit que ce combat fondamental pour notre langue, est un combat pour le plurilinguisme. « Se battre pour la Francophonie, ça n’est pas se battre pour rétrécir dans notre langue et nos amis qui sont là, en particulier Africains, le savent parfaitement, eux qui vivent dans le plurilinguisme. C’est reconnaître la part d’échange, de traduction qu’il y a dans et par le français », a-t-il indiqué.

« La Francophonie pourrait ainsi s’emparer du débat sur le français, " langue monde " et soutenir des initiatives comme le Dictionnaire des francophones, que nous devrions pouvoir conduire et porter ensemble. Et je souhaite que nous puissions multiplier les initiatives ensemble. La France a commencé et nous avons mis des financements en place pour multiplier les dictionnaires entre les différentes langues de l’espace francophone et le français. Il n’y a pas de dictionnaire aujourd’hui entre le wolof et le français. Allons-y, développons-le ; ces langues sont des langues d’échange et c’est vrai de tant et tant d’autres langues, du Pacifique, de l’Afrique, de l’Amérique du Sud comme de l’Amérique du Nord. », a précisé le président français.

Ainsi, il a terminé son discours par un dernier hommage à Charles Aznavour, « chère Arménie, avec ce peuple arménien dont il restera à jamais le messager, le défenseur, le héros. Et puis ce devait être un rendez-vous avec notre langue française. Charles Aznavour a en quelque sorte une vie qui dit tout de cette aventure collective qui est la nôtre. Cet enfant d’immigrés était sans héritages, sans relations, avait fait peu d’études. Sa première langue était l’arménien, sa deuxième, le géorgien. Il n’y a pas un Français qui ne le cite pas comme l’un des plus grands poètes contemporains. C’est ça la Francophonie, c’est ça le français. Cela ne se donne pas en héritage et pour toujours, ça s’apprend, ça se traduit, mais d’abord et avant toute chose, ça se conquiert par envie. Camus disait mon pays, c’est la langue française. Notre pays ».

Kadi Diarra, stagiaire

Assane Koné

Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.