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Immersion créative 72 heures : Quand l’art devient un tamis de l’espoir et la cohésion sociale
mardi 6 octobre 2026, par
Au terme de trois jours de création, 15 artistes issus de plusieurs disciplines ont présenté, samedi 3 octobre 2026, au Centre Soleil d’Afrique, une œuvre collective originale où peinture, photographie, conte, théâtre, musique et arts numériques se rencontrent autour d’un symbole fort : le « Jiguya-tèmè », le tamis de l’espoir.
À première vue, c’est un grand tamis. Monumental, imposant, presque familier. Mais derrière cet objet puisé dans l’univers quotidien et culturel malien se cache une réflexion profonde sur la société, ses valeurs, ses choix et sa capacité à préserver l’essentiel.
C’est autour de cette œuvre collective que s’est achevée, samedi 3 octobre 2026, au Centre Soleil d’Afrique à l’ACI 2000 à Hamdallaye, l’« Immersion créative 72 heures », une expérience artistique intensive placée sous le signe de la création, de l’expérimentation et du dialogue entre disciplines.
Organisée dans le cadre de la mise en œuvre du programme Cultur-ACTI du Ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, la cérémonie officielle de restitution s’est déroulée sous le parrainage du département chargé de la Culture. La rencontre a été présidée par Diabaté, Chef de Cabinet par intérim du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme. Elle a réuni plusieurs cadres du département, des acteurs culturels, des artistes, des partenaires ainsi que des professionnels des médias.
Trois jours, 15 artistes pour une oeuvre collective
Pendant 72 heures, quinze créateurs ont partagé le même espace, confronté leurs univers, croisé leurs pratiques et expérimenté de nouvelles formes d’expression artistique. Pour eux, l’ ambition était simple qu’exigeante, car dans cette une approche qui frise la recherche/action, le centre Soleil d’Afrique, a bien voulu mettre des artistes issus de disciplines différentes devant un même défi : créer ensemble. Peinture, photographie, conte, théâtre, vidéo, multimédia, arts numériques et performance se sont ainsi retrouvés dans un même processus de création.
<< L’expérience devait permettre aux participants de dépasser les frontières de leurs disciplines respectives pour construire une œuvre collective autour des valeurs du vivre-ensemble, du dialogue, de la citoyenneté, de la paix et de la cohésion sociale>>, a indiqué Hama Goro, directeur du Centre Soleil d’Afrique.
Et, lrésultat de cette immersion a été présenté au public à l’issue de la cérémonie officielle.
« Au départ, nous ne savions pas ce que nous allons faire>>
Pour les artistes, l’expérience a constitué une véritable aventure humaine et créative.
Njiki Nzouatcha Noé Ernest, artiste camerounais résidant au Mali et participant au projet, a souligné la richesse de cette expérience de création collective. « Nous espérons que cette création collective va vous parler », a-t-il déclaré, exprimant ainsi le souhait que l’œuvre dépasse le cadre de l’atelier pour rencontrer véritablement son public.
Fatoumata Koura Diallo est revenue, pour sa part, sur les premiers moments de l’immersion. Selon elle, les artistes ne disposaient pas, au départ, d’une idée précise de ce qu’ils allaient réaliser. « Au départ, lorsque nous nous sommes réunis pour notre première rencontre entre artistes, nous n’avions pas une idée de ce que nous devions faire », a-t-elle expliqué.
Avant d’ajouter que les échanges ont progressivement permis de faire émerger une vision commune. « De discussion en discussion, nous sommes parvenus à dégager une idée que nous avons concrétisée en une œuvre qui va sûrement vous plaire », a-t-elle ajouté.
Ces témoignages traduisent toute la philosophie de l’« Immersion créative 72 heures » : accepter de partir de l’inconnu, confronter les imaginaires, écouter l’autre et construire progressivement une expression commune.
Le « Jiguya- té>> : Un tamis pour filtrer l’essentiel
C’est finalement dans la salle d’exposition du Centre Soleil d’Afrique que le public a découvert le fruit de ces trois jours de travail.
Au cœur de l’installation trône un immense tamis. Un objet familier, mais ici transformé en véritable langage artistique. Le « Jiguya-tèmè » devient l’ossature centrale d’une création monumentale qui associe plusieurs modes d’expression. Autour de cette structure se déploie une mise en scène mêlant conte, musique, théâtre, photographie et multimédia.
L’œuvre impressionne autant par sa dimension visuelle que par la force de son message.
Car le tamis ne sert pas uniquement à filtrer une matière. Dans cette création, il devient une métaphore de la société. Comme le tamis sépare le bon grain de ce qui doit être écarté, le « Jiguya-tèmè » invite à interroger ce que la société doit préserver, transmettre et valoriser.
Solidarité, respect, dialogue, dignité, tolérance, espoir et vivre-ensemble apparaissent ainsi comme autant de valeurs à retenir pour construire une société plus équilibrée. Le tamis devient alors un instrument symbolique : celui qui permet de sélectionner ce qui compte réellement.
L’art pour rassembler et donner espoir
Au-delà de sa dimension esthétique, l’œuvre porte un message profondément humain. Elle rappelle notamment que l’espoir doit être préservé, y compris dans les périodes d’épreuve et face aux difficultés.
À travers cette création collective, les artistes proposent donc leur propre lecture des réalités de la société malienne. Ils invitent à regarder autrement, mais également à réfléchir autrement.
C’est tout le sens de la démarche portée par le Centre Soleil d’Afrique : faire de l’art non seulement un espace de création, mais également un lieu de rencontre, de dialogue et de questionnement.
Le ministère salué une initiative qui << révèle les talents>>
Prenant la parole au nom du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Diabaté, Chef de Cabinet par intérim, a salué l’initiative du Centre Soleil d’Afrique ainsi que l’engagement des artistes et des acteurs culturels ayant contribué au projet.
Il a rappelé que durant ces 72 heures, « la création artistique a été placée au cœur de la rencontre, de l’expression et du dialogue ». Pour le représentant du département, cette démarche illustre la capacité de la culture à rapprocher les personnes, à stimuler l’imagination et à renforcer le vivre-ensemble.
Dans le contexte de l’Année de la Culture au Mali, il a souligné l’importance des initiatives destinées à révéler les talents, accompagner la jeunesse et faire de la créativité un levier de transformation sociale et de développement. « Cette initiative va parfaitement avec la mission de notre département pour ce qui concerne la révélation des jeunes talents du Mali », a-t-il notamment relevé.
Il a également félicité les artistes, les encadreurs, les organisateurs et les différents partenaires ayant contribué à la réussite de l’initiative.
Quinze artistes, 5 disciplines et une seule création
L’« Immersion créative 72 heures » a réuni quinze artistes issus de cinq grands univers artistiques. Il s’agit notamment de Fatoumata Koura Diallo, Jac Sagara, Fatoumata Seyba Diakité, Rokia Fané, Mohamed Dembélé, Njiki Nzouatcha Noé Ernest, Baki Touré, Aïssata Soumaré, Mariam Niaré, Salia N’Golo Keïta, Adama Koné, Boubacar Souleymane Mallé, Oumar Keïta, Salif Berthe et Chaka Keïta.
Le projet a mis en présence des artistes en arts visuels, des comédiens et humoristes, des conteurs et animateurs, des photographes et vidéastes ainsi que des artistes évoluant dans le multimédia et les arts numériques.
Cette diversité constitue l’une des principales originalités du projet. Elle démontre que les disciplines artistiques, lorsqu’elles acceptent de dialoguer, peuvent donner naissance à des formes nouvelles et inattendues.
Du Centre Soleil d’Afrique à un public plus large
Après trois jours d’immersion, le pari semble donc largement atteint : faire travailler ensemble des artistes qui, au départ, ne savaient pas nécessairement quelle forme prendrait leur création.
L’œuvre finale témoigne de cette rencontre. Mais son potentiel semble dépasser les murs du Centre Soleil d’Afrique. Au regard de sa dimension visuelle, de son caractère multidisciplinaire et surtout de la force de son message, cette création gagnerait à être présentée à un public beaucoup plus large, notamment dans de grands espaces culturels du pays.
Une programmation au Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ ou au Musée national du Mali pourrait notamment permettre à un public plus large de découvrir cette expérience artistique et d’échanger avec ses créateurs. Car l’« Immersion créative 72 heures » n’aura pas seulement produit une œuvre.
Elle aura surtout produit une rencontre. Une rencontre entre des artistes, entre des disciplines, entre des imaginaires et, au bout du processus, entre une œuvre et son public.
Le « Jiguya-tèmè » restera peut-être comme le symbole le plus parlant de cette expérience : un tamis qui invite chacun à faire le tri, à retenir l’essentiel et à préserver les valeurs capables de faire tenir la société debout.
Trois jours pour créer. Trois jours pour expérimenter. Trois jours pour dialoguer. Et, au bout du compte, une œuvre qui pose une question essentielle : quelles valeurs voulons-nous garder pour construire ensemble notre avenir ?
Assane Koné
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