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    Abdoulaye Idrissa Maïga, Premier ministre malien : « Aujourd’hui, le Mali est plus stable qu’en 2013 »

    vendredi 13 octobre 2017 , par Assane Koné

    À quelques mois de la prochaine présidentielle, qui devrait se tenir en juin 2018, le Premier ministre malien Abdoulaye Idrissa Maïga défend le bilan du gouvernement et d’Ibrahim Boubacar Keïta. Vice-président du RPM (le parti présidentiel) et ex-directeur de campagne d’IBK en 2013, il souhaite aussi que le chef de l’État brigue un second mandat. Interview.

    Jeune Afrique : M. le Premier ministre, vous êtes également vice-président du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti présidentiel. Ibrahim Boubacar Keïta sera-t-il votre candidat à la présidentielle de 2018 ?

    Abdoulaye Idrissa Maïga : Il en a tous les droits. Il dira s’il en a l’intention au moment venu. Nous ne sommes pas encore dans une phase de campagne.

    Souhaitez-vous qu’il se représente ?

    Oui, je souhaite qu’il soit notre candidat. Il n’y aura pas besoin forcément d’assises ou de congrès. IBK est le fondateur du parti. Il a été notre candidat en 2013. Il a été élu et il remplit actuellement son mandat. Pour la suite, il n’y aucun problème au sein du parti et sa candidature ne souffre d’aucune contestation.

    Déplorez-vous que l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma-PASJ), qui est votre principal allié au sein de la majorité présidentielle, présente son propre candidat en 2018 ?

    Je n’ai pas de regrets, c’est leur droit. Mais il faut bien réfléchir et se mettre à la hauteur des enjeux : quand on est dans une coalition, il faut se donner toutes les chances de succès.

    Le président a senti qu’il y avait une grosse incompréhension autour de ce projet [de réforme constitutionnelle]

    L’opposition a montré de larges capacités de mobilisation – et finalement remporté sa bataille – contre le projet de révision constitutionnelle, en juillet dernier. Est-ce préoccupant pour la majorité à quelques mois de la présidentielle ?

    Cela aurait été inquiétant si l’opposition avait encadré cette bataille. Mais l’opposition a juste suivi un mouvement populaire initié par des forces citoyennes. Celui-ci a ensuite grossi au fil des semaines. Le président a finalement senti qu’il y avait une grosse incompréhension autour de ce projet et il a donc décidé de son sursis.

    Parmi les organisateurs figuraient tout de même les principaux leaders et partis d’opposition…

    Oui, ils étaient là. Sauf que les partis doivent être capables de démontrer leur combativité à travers les élections. Les dernières étaient les communales de novembre 2016, qui ont permis à chacun de connaître son vrai poids politique [le RPM avait alors remporté la majorité des communes].

    Le bilan du président est assez critiqué à quelques mois de la fin de son mandat. Reconnaissez-vous des échecs ?

    Je ne parlerais pas d’échecs, mais plutôt de difficultés et de contraintes réelles. La situation sécuritaire est préoccupante et nous le reconnaissons. Pour les autres aspects, le temps du bilan viendra. Je suis à Paris pour remobiliser nos partenaires de l’OCDE [l’Organisation de coopération et de développement économique] sur le volet économique de l’accord de paix, qui prévoit le développement d’infrastructures majeures dans le Nord.

    Dans le sud, d’importants investissements sont déjà en cours. À Kayes, le montant total des différents projets structurels s’élève à 70 milliards, à Koulikouro, il est de 100 milliards, à Ségou, de 65 milliards… Ces chiffres ne sont pas exhaustifs mais ils sont une bonne indication des efforts déployés par le gouvernement.

    En 2013, il n’y avait pas d’accord de paix. Aujourd’hui, cet accord est un outil qui permet de stabiliser le pays.

    Globalement, le bilan que vous dressez est donc plutôt positif…

    Quand on fait un bilan, il faut prendre le point de départ et celui de sortie. Le président IBK a été élu dans des conditions d’instabilités réelles. Aujourd’hui, le Mali est plus stable qu’en 2013. Il faut donc relativiser.

    En 2013, il n’y avait pas d’accord de paix. Aujourd’hui, cet accord est un outil qui permet de stabiliser le pays et d’avancer vers la paix. En 2013, de nombreux citoyens du Nord n’avaient pu voter et n’étaient même pas sur place. Aujourd’hui, ils ont amorcé leur retour. En 2013, le taux de croissance était négatif. Aujourd’hui, il frôle les 6 à 7% de PIB.

    L’insécurité a toutefois augmenté, avec des attaques régulières et de nombreuses zones de non-droit dans le Nord et le Centre du pays. Le gouvernement n’a aucune part de responsabilité dans cette dégradation sécuritaire ?

    Mais en quoi le gouvernement pourrait-il en être responsable ? Posez plutôt cette question aux spécialistes de la sécurité : aux policiers, aux gendarmes, aux militaires… Ils ont vu leur situation s’améliorer depuis 2013. Ils ne sont plus en guenilles. Ils ont des équipements.

    Certes, ces forces de défense et de sécurité subissent toujours des attaques des groupes terroristes. Il faut maintenant mettre en œuvre l’accord de paix si nous voulons y répondre durablement.

    [A Kidal] il n’y a plus de combats entre les groupes armés et les forces de défense et de sécurité

    Justement, plus de deux ans après la signature de cet accord, beaucoup estiment que le processus de paix avance trop lentement au Mali. Comment expliquez-vous ces lenteurs ?

    Dans un tel processus, le plus important est la bonne foi de ses acteurs. Le gouvernement a déployé d’énormes efforts dans la mise en œuvre de l’accord. Par exemple, il a pris en charge chaque mois les frais de participation des mouvements signataires.

    Mais ce n’est pas le plus important. Le plus important sont les mesures politiques et institutionnelles en cours d’exécution. Quand nous avons signé l’accord en 2015, l’administration n’était pas à Kidal. Elle y est de retour aujourd’hui.

    Il reste encore des terroristes et des trafiquants de drogue qui compliquent la mise en œuvre de l’accord, mais il n’y a plus de combats entre les groupes armés et les forces de défense et de sécurité. Si nous arrivons à actionner les trois leviers politique, institutionnel, et économique de l’accord, nous allons réussir à obtenir la paix.

    Vous avez été ministre de la Défense avant d’être nommé Premier ministre. Un des objectifs annoncés par IBK lors de son arrivée au pouvoir était la remise sur pied de l’armée nationale. Cette armée est-elle de nouveau opérationnelle ou toujours en convalescence ?

    Elle est sortie de sa phase de convalescence et elle monte en puissance. La stabilité dans les régions de Mopti, Tombouctou, ou encore Gao se fait avec le concours de la Minusma et de Barkhane, mais une grande part de ce travail revient aux forces de défense et de sécurité.

    Les Famas [Forces armées maliennes] sont souvent les premiers à intervenir. Le vecteur aérien de notre armée est en train d’être reconstitué, avec sept nouveaux hélicoptères ou avions. La loi d’orientation et de programmation militaire permet chaque année d’investir un minimum de 90 à 100 milliards de francs CFA. Les dépenses pour la défense représentent un réel effort budgétaire. On ne peut donc pas dire que le président n’a pas tenu sa promesse.

    En attendant, l’armée malienne n’est toujours pas à Kidal. Quand les soldats maliens patrouilleront-ils à nouveau dans ce bastion de l’ex-rébellion touarègue ?

    Là encore, il y a un processus en cours, comme celui qui a permis le retour d’un gouverneur à Kidal. L’accord de paix prévoit la mise en place d’un mécanisme opérationnel conjoint, dit MOC, qui est en réalité un bataillon tripartite composé de 300 combattants de la Coordination des mouvements de l’Azawad [CMA, ancienne rébellion touarègue], 300 combattants de la Plateforme [qui regroupe des groupes armés pro-gouvernementaux] et 300 Famas. Sa date de lancement dépendra des efforts de dialogue et de compréhension entre ces trois parties.

    Vous êtes le quatrième Premier ministre du président en quatre ans. N’est-ce pas une fréquence de changement un peu trop élevée pour un pays qui sort d’une grave crise comme le Mali ?

    La tâche est ardue, le contexte très compliqué et les attentes nombreuses. Chaque fois que les mécanismes de gouvernance en place ne permettent pas d’atteindre rapidement les objectifs annoncés, il revient aux décideurs d’en prendre conscience et de trancher.

    Par Benjamin Roger
    http://www.jeuneafrique.com

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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