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    A Bamako, étudiantes le jour, prostituées la nuit

    samedi 8 juillet 2017 , par Assane Koné

    Chantage, pauvreté… Le phénomène étudiant en journée et prostituée en soirée, se généralise dans le milieu universitaire malien. Reportage.

    Le teint clair, nombril et poitrine exposés, sourire aux lèvres, A.D, étudiante, est prête pour séduire les clients. Il est 23h, sur les hauts talons, se déhanchant. Elle avoue se prostituée depuis 3 ans. » Je n’ai aucun support financier côté parent. Je gagne au minimum 20 000 FCFA par jour ».

    Le retard des bourses, les conditions déplorables de vie des étudiants, l’éloignement des lieux de cours sont -parmi d’autres- les raisons avancées par les étudiantes qui pratiquent la prostitution pour justifier leur acte.

    « Je n’ai pas de boulot et personne sur qui compter. Je suis obligée de chercher de quoi me nourrir. Au lieu de nous venir en aide, on nous critique, nous ne sommes pas les seules », confesse T.C. toute énervée.

    H.C, étudiante à l’Institut Universitaire de gestion lance « Ma famille n’a pas les moyens de m’envoyer de l’argent, bien au contraire, elle m’en demande donc je gère avec les moyens de bord. Je me prostitue et c’est mieux que voler. Au lieu de nous accuser il vaut mieux chercher à comprendre nos raisons », ajoute-t-elle.

    « On ne peut pas trop leur en vouloir, si les prostituées existent, c’est parce qu’elles ont des clients ».

    Le phénomène ne se limite pas aux seuls campus. Même à l’école certaines étudiantes se livrent à ce genre de pratique pour pouvoir avoir des notes et être admises par certains professeurs. Certaines sont harcelées et n’ont souvent pas le choix car le stylo rouge est l’arme avec laquelle leur avenir est menacé comme nous l’annonce Assétou D, étudiante, « l’un de mes professeurs m’a clairement dit : ‘soit tu acceptes de sortir avec moi soit je te colle un zéro autant de fois que possible’. Je n’ai pas eu le choix, j’ai cédé » balbutie-t-elle la tête baissée.

    Les étudiants sont aussi concernés bien qu’ils restent minoritaires. Nous n’avons pas pu en interroger, mais Mariam Diabaté 24 ans, étudiante à la faculté des lettres, des langues et des sciences du langage, raconte que certains étudiants se prostituent pour joindre les deux bouts. « On aperçoit souvent dans leurs chambres des femmes plus âgées, parfois avec l’alliance au doigt, en tenue légère ».

    Des conséquences

    Cette pratique s’amplifie de jour en jour et touche un nombre remarquable d’étudiantes qui restent les premières victimes car confrontées à ce genre de pratique, elles sont vulnérables à tout genre de dangers parmi lesquels : les infections sexuellement transmissibles, le VIH-SIDA, les grossesses non désirées qui peuvent amener d’autres à faire recours à l’avortement clandestin qui a bien-sûr des conséquences. Elle peut jouer fortement sur leurs études, puis leur avenir…

    Le campus doit normalement abriter les étudiants qui n’ont pas de parents proches en ville et qui veulent finir leurs études mais selon Almoumine GUINDO, professeur, toutes les prostituées des logements universitaires ne sont pas des étudiantes mais elles y logent avec la complicité des membres de l’AEEM et des agents du centre national des œuvres universitaires. A cette accusation, les agents du service logement du centre national des œuvres universitaires affirment ne pas être au courant de cela. Ils nient toute complicité.

    Bintou DIARRA
    https://mussoya.wordpress.com/

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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