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    PAIX ET SECURITE : Ce que la France Insoumise pourrait changer au Mali

    vendredi 28 avril 2017 , par Assane Koné

    Quatre candidats dans un mouchoir de poche et 28% d’indécis dans le cadre d’une élection présidentielle française inédite. Elle est marquée par l’émergence de nouvelles forces politiques et la mondialisation néolibérale comme principale ligne de clivage entre candidats.

    Écoutons l’économiste français, Nicolas Bavarez pour réaliser jusqu’à quel point l’Afrique est concernée par l’issue de ce scrutin : « La France n’entend pas perdre ses avantages et ses parts de marchés en Afrique ni face aux autres puissances occidentales ni face aux émergents. Notre pays ne tient dans la mondialisation que par les très grands groupes qui constituent le pivot du redressement économique et du désendettement de la nation » (Le Monde du 09 novembre 2010).

    Proie facile, l’Afrique se veut gagnante d’autant plus qu’elle se voit émerger dans le miroir que ses maîtres à penser lui tendent. Comment persister dans une telle erreur lorsque, par milliers, les candidats à l’émigration périssent dans le désert et en Méditerranée ?

    Aussitôt élu, le futur Président français fera du continent une priorité comme l’y incitera le rapport du Sénat français intitulé « L’Afrique notre avenir » ? Pour ses auteurs, « La France ne peut se désintéresser de l’Afrique qui est, depuis des décennies, sa profondeur stratégique, qui sera demain, plus peuplée que l’Inde et la Chine avec 1,8 milliards d’habitants en 2050 contre 250 millions en 1950 ». Les auteurs de ce rapport concluent entre autres « qu’il faut convaincre les partenaires européens de la France qu’une Afrique de 2 milliards d’habitants en 2050 à 14 km au sud de l’Europe avec autant d’opportunités et de risques devrait être une préoccupation centrale de l’Europe » (octobre 2013).

    Nous sommes deux femmes de gauche, l’une du Mali, l’autre de France, altermondialistes, écologistes et pacifistes qui s’efforcent de démontrer depuis le début de ce qu’il est convenu d’appeler « la crise malienne » que celle-ci plonge ses racines dans l’échec du modèle économique mis en œuvre.

    Le virage libéral de la social-démocratie au pouvoir en France exclut cette articulation du local et du global. L’intervention militaire de la France au Mali, n’est en fait, ni plus ni moins que l’expression subsaharienne dramatique de cette déroute du Parti Socialiste (PS).

    David Pujadas, l’un des deux journalistes qui, le 20/04/17, ont reçu sur le plateau de France 2, les onze candidats à l’élection présidentielle française, aurait pu mettre en lumière certains non-dits sur la situation - dont le successeur du Président François Hollande héritera dans le cadre de la lutte contre le terrorisme au Mali -, en soulevant les questions qu’il pose dans le cadre de l’émission « Cellule de crise » consacrée au Mali et intitulée « Le Mali, quand la France entre en guerre » (diffusée pour la première fois, le 02 octobre 2016, sur France 2). Ce n’est pas trop tard. Examinons deux de ces faits.

    La « demande » des autorités maliennes. Il apparaît que les autorités maliennes étaient réticentes à une intervention militaire complète dans leur pays. Django Sissoko, à l’époque, Premier ministre du Président malien par intérim, Dioncounda Traoré précise dans le documentaire que le Mali a demandé une intervention aérienne rapide et non un déploiement de troupe au sol. Laurent Bigot, sous-directeur Afrique de l’Ouest au ministère des affaires étrangères (2008-2013) : « Dioncounda Traoré et les autorités maliennes sont assez crispés. Il est assez réticent à une intervention militaire complète sur le sol malien. On leur donne les termes de la lettre qui nous conviendrait. Elle arrive à l’Élisée par télégramme diplomatique crypté, mais ne convenait pas. « On échange avec les autorités maliennes qui nous refont une lettre dans la même journée dans laquelle le Mali demande, officiellement, le soutien militaire de l’armée française ». , ajoute-t-il.

    La crise de confiance. Les relations entre la France et le peuple malien ne sont plus au beau fixe. Les yeux sont décillés et, grandement ouverts sur les limites de la militarisation. Ceux qui ont accueilli l’Opération Serval avec ferveur se sentent trahis puisque, après l’étape de Tombouctou et celle de Gao, la puissance libératrice qui a pris appui sur les forces armées maliennes (FAMA) leur a interdit d’aller au-delà d’Anefis. La France s’est fait aider à partir de là par les rebelles du Mouvement National de Libération de l’Azaouad (MNLA) qu’elle a remis en selle à Kidal. Le Quai D’Orsay est passé outre les recommandations de l’ambassadeur de France au Mali, Christian Rouyer, (2011-2013) qui a été relevé.

    A présent, où en sommes-nous ?

    « La France restera au Mali ». Barkhane s’enlise puisque Manuel Valls (à l’époque premier ministre), a annoncé à l’Assemblée Nationale, (le 19 octobre 2016), au cours d’un débat sur les Opérations Extérieures (OPEX) que « la France restera au Mali ». Le Président François Hollande l’a confirmé, à Bamako, le 14 janvier 2017, lors de la conférence de presse de clôture du 27ème Sommet Afrique/France. « Nous resterons ici, au Mali, dans le cadre de l’opération Barkhane tant que les pays africains et, il n’y a pas que le Mali, en décideront ».

    Les attentats de Charlie Hebdo, du Bataclan, de Nice et, plus récemment, des Champs Élysées dont les auteurs ne viennent pas du Mali prouvent, s’il en était besoin, que le phénomène est diffus et la théorie de la guerre préventive une énorme erreur stratégique à éviter.

    L’espoir déçu d’un avenir meilleur, faut-il le rappeler, est au cœur des insurrections, des migrations et des conflits armés. AQMI, Ansar Dine, Boko Haram, État Islamique et autres djihadistes sont dans une logique de défiance des institutions, des États et de la « communauté internationale ». Ils s’engouffrent dans la béance des failles creusées dans le tissu économique et social par le système néolibéral et recrutent des jeunes désemparés en quête d’écoute, d’alliés et d’ailleurs.

    Impulser l’industrialisation et pourvoir à la demande d’emplois et de perspective d’avenir de la jeunesse malienne est le dessein légitime que nous voudrions réaliser à travers une économie nationale, sous-régionale et régionale intégrée, fondées sur la transformation locale de nos ressources naturelles, ouverte mais à notre rythme.

    Comprendre dans le contexte actuel que des contrats de gré à gré puissent être signés entre les Nations-Unies (ONU) et des entreprises hexagonale en guise de retour sur investissement militaire ? (Les Échos, 13-03-2014)

    Les peuples sont pourtant dans le même bateau. « Nous sommes cernés » relève Susan George à propos de ce qu’elle appelle « l’autorité illégitime » en Europe. « Lobbyistes au service d’une entreprise ou d’un secteur, PDG de Transnationales dont le chiffre d’affaire est supérieur au PIB de plusieurs pays dans lesquels elles sont implantées, instance quasi étatique dont les réseaux tentaculaires se déploient bien au-delà des frontières nationales : toute une cohorte d’individus et d’entreprises qui n’ont pas été élus, qui ne rendent de compte à personne et dont le seul objectif est d’amasser des bénéfices est en train de prendre le pouvoir et d’orienter la politique officielle. »

    Comment lutter efficacement contre le terrorisme dans un tel environnement ? Quel miracle le Medef peut-il réaliser au Mali et en Afrique ?

    « Nous avons la possibilité d’accompagner un développement formidable » promet Pierre Gattaz, venu au Sommet Afrique/France de Bamako à la tête d’une délégation de 70 chefs d’entreprises français. « Avec une population qui va passer de 1 à 2 milliards d’habitants d’ici 2050, en tant qu’entrepreneur, cela m’interpelle », a-t-il ajouté.

    Les grands groupes se veulent plus offensifs face aux Chinois, Indiens, Turcs et autres émergents. “C’est (l’Afrique) un enjeu de développement économique urgent. Il y a des plafonnements de croissance pour les entreprises en Europe, alors que l’Afrique a devant elle trente années de croissance forte”, explique Patrice Fonlladosa, Président du Comité Afrique du Medef.

    Quel modèle économique ?

    Le Président du Medef considère qu’il y a « Deux programmes qui vont dans le bon sens : ceux d’Emmanuel Macron et de François Fillon.

    Les candidats qui promettent aux Français(e)s de les protéger en gardant le silence sur les politiques économiques de paupérisation et de dé-protection d’autres peuples ne les aident pas. Malien(ne)s et Français(e)s, Africain(e)s et Européen(ne)s pourraient vivre décemment et circuler librement sans cette logique injuste, raciste et guerrière du capitalisme mondialisé et financiarisé.

    La candidate du Front National (FN), s’est rendue à Ndjamena au Tchad, le 21 mars 2017, où elle a rencontré le Président Idriss Deby et a visité le quartier général de Barkhane. « Au niveau du détroit de Gibraltar seuls 14 kilomètres de mer séparent nos deux continents : il est stupide de croire que ce qui affecte l’un n’affecte pas l’autre, tout comme ce qui profiterait à l’un ne profiterait pas à l’autre », a-t-elle déclaré. De quel modèle de développement s’agit-il ? Elle promet de placer l’Afrique au cœur de sa politique étrangère et se prononce contre la Françafrique, le franc CFA et le bas niveau de l’aide au développement de l’Afrique.

    Le candidat de la droite dure qui fait de la colonisation « un partage des cultures » et de « la civilisation européenne la plus belle de toutes ». François Fillon est venu le 17 décembre 2016, à Gao à la rencontre des militaires de Barkhane, à la suite de sa victoire à la primaire de la droite et du centre. La mobilisation mondiale contre le terrorisme suppose une communauté d’intérêts entre les peuples que son approche de la question migratoire tend à mettre dos à dos.

    Le candidat d’En Marche déclare, lors de sa visite en Algérie, que « la colonisation est un crime contre l’humanité ». C’était une prise de position de gauche anticolonialiste qu’il a dû oublier. Le soutien apporté par Le Drian, maître d’œuvre de l’intervention militaire au Mali n’a rien de rassurant. Espérons que l’ancien Premier ministre de droite, Dominique de Villepin (2005-2007), s’il n’a pas changé d’avis, contribuera à calmer les ardeurs guerrières. A propos du terrorisme, il a dit : « … il serait temps que les États-Unis et l’Europe tirent les leçons de l’expérience. Depuis l’Afghanistan, cela fait treize ans que nous avons multiplié les interventions militaires (Afghanistan, Irak, Libye et Mali). En 2001 il y avait un foyer de crise terroriste central. Aujourd’hui il y en a près d’une quinzaine. C’est dire que nous les avons multipliés. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, l’État Islamique c’est l’enfant monstrueux de l’inconstance et de l’arrogance de la politique occidentale ».

    Victime collatérale de l’intervention franco-britannique en Libye, personne n’aurait dû infliger au Mali l’épreuve de la guerre en lui intimant l’ordre d’en faire son affaire. L’État et l’armée sont acculés, jugés sur leur capacité à gérer l’ingérable d’un côté : la guerre au Nord et au Centre du pays, et de l’autre l’insoutenable pression pour signer un accord dit de réadmission de ses migrants déboutés du droit d’asile alors que leur pays est en guerre.

    Le candidat de La France Insoumise considère, à juste titre, que l’Europe de la défense est celle de la guerre. Aussi plaide-t-il pour l’Europe de la paix et la transition énergétique et écologique. Faut-il rappeler que la guerre au Mali est en fait celle de l’uranium du Niger et au Mali celui de Faléa dont Areva a besoin ?

    Changer en profondeur la politique économique de la France, c’est desserrer l’étau dans les relations franco-africaines et respecter les droits économiques, sociaux, politiques, culturels et environnementaux des Africain(e)s afin qu’ils ne songent pas à émigrer au risque de leurs vies, ni à saisir la perche du djihadisme.

    L’élan salvateur, de fraternité et de solidarité dont les relations franco-euro-africaines ont cruellement besoin ne viendra pas de dirigeants « réalistes », otages involontaires ou consentants du système néolibéral mais des peuples insoumis, lucides et déterminés et en leur sein des femmes et des jeunes.

    En somme, le supplément d’âme qui fera la force et la véritable grandeur de la France en ce XXIème siècle de tous les défis n’est pas dans la diplomatie de la canonnière pour le contrôle des richesses du continent. Il s’enracine dans une géopolitique de la paix, de la justice et de la fraternité. L’effet boomerang des ingérences et des expéditions militaires que sont les crises migratoire et sécuritaire l’atteste.

    Le renouvellement des relations franco-africaines que nous entrevoyons à travers l’élection du candidat de la France Insoumise ne se fera pas sans les Malien(ne)s et les Africain(e)s. Un adage bamanan dit que l’humain n’est rien sans ses semblables. Il n’est rien non plus à son propre insu.

    Un vaste chantier attend les hommes et les femmes de bonne volonté qui veulent œuvrer pour la paix, le climat et la dignité humaine. Il couvre l’emploi et le revenu décent pour le plus grand nombre, la renégociation des Accords économiques, agricoles, monétaires, migratoires, militaires, la santé la Cour Pénale Internationale (CPI), la dette, les flux financiers illicites (CFA), une autre Europe.

    A Jean-Luc Mélenchon Président, nous dirons : « Déposez votre costume de chef des armées, conservez celui de la diplomatie, en en faisant celle de l’écoute, du respect mutuel et de la solidarité véritable entre peuples à laquelle vos prédécesseurs ne nous ont pas habitués ». Voici les destins de nos deux peuples entremêlés de la pire manière parce qu’à leur insu, donc à leur détriment.

    Nous dirons aussi : « Le meilleur hommage qui peut être rendu à toutes les victimes civiles et militaires du terrorisme contemporain est de briser la loi du silence sur les enjeux économiques, miniers, pétroliers et géostratégiques ».

    Hypocrisie ? Arrogance ? Cynisme ?, la proposition des participants à la Conférence d’Entente Nationale (CEN), qui a lieu à Bamako du 27 mars au 2 avril 2017, de dialoguer avec les chefs djihadistes Iyad Ag Ghali et Hamadou Kouffa a été rejetée par la France. Pourtant elle négocie avec des djihadistes pour libérer ses otages. « Toute vie humaine est une vie », tel est le serment du Mandé à l’adresse du monde entier (Charte de Du Mandé).

    A Jean Luc Mélenchon Président nous dirons donc : « Permettez aux Malien(ne)s de prendre le pouls de leur pays, de décider librement des contours, du contenu, du processus et des protagonistes de la paix ».

    Ainsi, dans un pays démilitarisé, réapproprié par les Malien(ne)s, réconcilié avec lui-même et le reste du monde, nous dirons : « Vous êtes les bienvenus ! »

    Résonneront alors les mots du poète de Tombouctou, Albakaye Ousmane Kounta.

    « ...Mon pays est au centre
    Mon pays est demain
    Qui assume son destin
    Mon pays est tout ceci
    Mon pays est tout cela
    Mon pays est tout et un. »

    Aminata Dramane Traoré
    Nathalie M’Dela-Mounier

    Bamako, le 23 avril 2017

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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