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    BANDIAGARA : Un jardin sur la pierre

    vendredi 31 mars 2017 , par Assane Koné

    Là-bas, à plus de 600 km de Bamako, dans la région de Mopti, sur les contreforts gréseux se dresse la ville de Bandiagara.

    Les anciens élèves de l’école primaire de la localité ont fait œuvre utile, ce 25 mars avec l’inauguration d’un jardin, le « terrain-fleur » qui jouxte l’institution scolaire. Cette réalisation vient renouer le présent et le passé des souvenirs de plusieurs générations dont la marque de fabrique est d’avoir été des élèves de Ives Bargain, de Mamadou Tolo, de Apho Sow, de Marc Pinaud, de Mme Maillot …. Ambidiéli, bienvenue !
    Nangabanou, au gré de diverses tribulations, a campé sur le site actuel, selon plusieurs sources véhiculées par la tradition orale dans les années 1200. Chasseur téméraire, il était d’une générosité débordante. Le gibier qu’il abattait était pour tout le monde, disposé dans une « Bania Gara », la grande écuelle, en dogon. Depuis, le site est devenu la plaque tournante d’une histoire, tantôt pacifique, tantôt burlesque entre les dogons, leurs voisins bozos, mossi, songhay et les toucouleurs d’une part et entre ceux-ci et les français et d’autres peuples de la sou- région d’autre part. On ne le dit pas assez, mais entre les dogons et les touareg existe aussi une alliance dont les bases remontent en 1916 quand FirHoun, de la grande confédération des Oulliminden, lancé dans la réorganisation de son peuple contre la colonisation française, demanda à bénéficier de l’appui de « ses cousins dogons » dont la bravoure de la cavalerie a franchi les âges.

    Les dogons eux-mêmes se reconnaissent comme originaires du Mandé dont ils ont migré au 13 ème siècle pour des raisons qui ne font pas encore l’unanimité dans la communauté des chercheurs. Ce qui, par contre ne prête pas à interprétation, c’est la civilisation et la culture de ce peuple dont les fondements continuent de dérouter plein d’esprits cartésiens. Ce peuple a une si grande connaissance des étoiles et de la marche de l’univers ! Ce peuple a une si grande connaissance des sols et des cultures de montagne ! Ce peuple a une grande connaissance des plantes ! Dans les livres d’histoire, on a trop fait de le cataloguer comme un peuple animiste, alors même que son contact avec les arabes atteste d’une entrée discrète de l’islam de longue date.

    Les toucouleurs y sont arrivés dans les années 1860 avec Al Haj Oumar TALL qui depuis son Fouta Toro natal (Sénégal) s’est lancé dans une guerre politico-religieuse à travers le sahel : Nioro, Ségou, Barouéli,, Sinzani, Macina, Djenné Bandiagara, Bankass….

    L’épopée du marabout toucouleur, dont nul ne conteste l’érudition, a pris fin tragiquement à quelques roulures de Bandiagara, précisément dans les grottes de Dégembéré. Y est-il mort de sa plus belle mort ? A-t-il été tué ? S’est-il donné la mort ? A-t-il disparu comme Annabi Issa ? La mémoire sur ce haut fait historique de notre pays n’est pas éteinte ; elle est même scintillante. Mais là n’est pas notre propos du jour.

    Entre les dogons et les français, la donne a été d’une grande brutalité. Archinard a pris pied à Bandiagara en 1893, mais il n’a eu la paix qu’en 1921. Comme dans tous les territoires « pacifiés », les colonisateurs ont fondé les premières écoles. Et c’est sans doute pourquoi, les premiers instituteurs ont tous été des militaires. Il a fallu attendre 1908 pour avoir une école conventionnelle liée à une académie d’enseignement. Le registre de recrutement est bien tenu, permettant des consultations sur une période relativement longue. Le document est en dix colonnes, et il est d’une grande précision sur l’identité des élèves. Le premier numéro matricule a été attribué en 1908 à Souleymane Bouaré et qui a fini par rejoindre l’école des chefs de Kayes après l’obtention de son Certificat d’Etude Primaires le 17 septembre 1912. Le deuxième numéro attribué a été celui de Aguibou Tall qui a rejoint lui en 1912 la médersa de Djenné. On s’arrêtera inévitablement sur le n° 36 de l’année 1912, fils de Hampaté Ba et de Kadidia qui lui aussi après un an a été transféré à Djénné avant d’accomplir le destin qu’on lui connait dans l’administration coloniale, dans la diplomatie malienne et surtout à l’Unesco où ses envolées pour la défense de la tradition orale ont été d’une grande phosphorescence.

    On retrouve aussi un certain Ambadio Kassogué, Amba pour les intimes, ancien ministre, et qui est aujourd’hui le doyen des anciens élèves.

    Cette école a vu passer sur ses bancs pas moins de 18 ministres pour la République et même dans la sous région parce que dans le même registre on retrouve le nom d’un certain Mamadou Djerma du Burkina Faso.

    Tant de souvenirs fondent nécessairement une solidarité. L’école primaire de Bandiagara a eu 100 ans en 2014. A cette occasion, les anciens élèves ont décidé de marquer le coup en redonnant vie à un espace dont la joliesse est intacte dans les têtes. Moussa Amion Guindo, qui est le président de l’amicale est d’une grande prolixité quand il égrène les souvenirs liés à ce jardin que tous appellent ici « terrain-fleur ». Il n’est pas le seul. Mamadou Togo, le vénéré président de Gina Dogon, l’association de tous les dogon de l’intérieur et de la diaspora aussi. Lui, évoque le souvenir d’une plante, le laurier dont les tiges servaient de cravache et dont la souplesse a permis de ramener beaucoup dans le droit chemin. Si nous avons réussi, « c’est en partie grâce au laurier », ajoute Kalidou Ouane, aujourd’hui installé à Bandiagara. C’est pourquoi dans les espèces végétales plantées, on retrouve le laurier. Il y a aussi, le vétiver, dont l’Ingénieur des Eaux et Forêts, Abdoulaye Bina Guindo, que tout le monde appelle ici par le sobriquet de « docteur » décline les vertus qui ont fait la célébrité des femmes de la première région ! Il y a aussi, complète-t-il, le moringa, le fromager, le baobab, le manguier….

    L’évènement a été sobre. Une troupe classique a donné les bons moments du « sandiéli », cette danse vigoureuse. Andogoli Guindo n’a pu s’empêcher de sauter dans l’arène, en nouant son grand boubou. « Je suis à l’aise avec ma culture », dit-il essoufflé et heureux d’avoir montré qu’il était un enfant du terroir.

    Le jardin de plus d’un demi-hectare en lui-même n’est qu’un élément d’un grand programme. L’espace doit accueillir une bibliothèque et même un musée. Le maire de la Commune a fait de cette réalisation un point de son bilan. Dans son adresse inaugurale, il a été d’une grande reconnaissance pour l’action désintéressée des anciens élèves. Ceux-ci, au-delà des appartenances politiques et sociales, ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Ils ont d’autres projets pour cette ville qui résout progressivement des difficultés avec le courant continu et l’eau qui coule dans les robinets, de plus en plus. Il y fait surtout frais aussi en cette période de l’année. Les touristes qui ont fait la fortune des lieux pendant longtemps ne sont plus là à cause des ténébreux djihadistes qui sèment la désolation dans toute la contrée.

    Ibrahim MAIGA, Journaliste

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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