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    Carnet de route : De Bamako à Marrakech, des monts mandingues à l’atlas

    mercredi 1er février 2017 , par Assane Koné

    Au Maroc, il y a trois vérités. La première ? Le roi est sacré. La deuxième ? Le Sahara est marocain. La troisième ? Nous n’en dirons rien parce qu’elle n’est pas une joyeuseté pour un de nos pays dont le contentieux historique avec le royaume chérifien garde toute son épaisseur, et sans doute pour longtemps encore. Tel est le Maroc, ce pays ancré dans sa tradition monarchique mais résolument tourné vers l’avenir à la conquête de la science, à la croisée de l’Arabie, de l’Afrique noire et de l’Andalousie.

    Marrakech ! Un douloureux souvenir pour l’empire Songhay. C’est d’ici que le Sultan Al Mansour, héritier de la longue lignée de la dynastie des saadiens, envoya une troupe de renégats européens et de supplétifs marocains à l’assaut du Mali. Sous le commandement de Jaoudar Pacha, l’armée de mercenaires l’affrontement avec les troupes de l’Askia Daoud à Tondibi, le 12 Avril 1591. En fait d’affrontement, nous enseignent les historiens, une déroute littérale au premier grondement des mousquets, ces redoutables armes à feu, et des pièces d’artillerie dont étaient équipés les marocains, la vaillante armée des songhai se fit ratatiner par les troupeaux de bovins qu’elle mit en avant.

    Dans le “Tarikh es Soudan”, l’historien As Saadi nous donne une idée précise du visage de ce mercenaire “petit de taille ” avec “les yeux bleus“. Ce n’était pas tout car l’homme était un eunuque, c’est-à-dire castré, donc ne représentant aucun danger pour le harem du roi. Il n’était pas un officier de l’armée du roi, mais plutôt un simple étranger converti à l’islam. D’une vaillance certaine, il est présenté sous les traits d’un chef ” expéditif et cynique, mais il est idolâtré par ses hommes et surtout il est fidèle au sultan, quel qu’il soit. “ Il avait tout pour être “affreux”.

    Il est important de savoir que cette armée de renégats ne pouvait avoir aucun égard pour la morale. Ils étaient venus de partout, de la France, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Angleterre. Les historiens ont pu dénombrer au départ de Marrakech, le 30 octobre 1590, 1000 arquebusiers renégats, 1000 arquebusiers andalous, 1500 lanciers marocains, 600 sapeurs, 1000 chameliers et une garde personnelle de 70 chrétiens sortis droit des prisons du royaume. Et pour fédérer cette troupe hétéroclite recrutée par le Sultan, la langue de travail n’était pas l’Arabe, que certains n’ont appris à parler qu’à Toumboutou, mais l’Espagnol. Autre détail important de la composition de cette armada, l’artillerie était confiée aux anglais jugés les plus compétents pour le maniement de cette pièce.

    L’Askia Ishaq mis en déroute, Jaoudar entra à Gao, la capitale de l’empire. Il s’en désola si grandement qu’il ne put s’empêcher dans une lettre à son souverain, de comparer le palais royal à moins que la cabane du chef des âniers de Marrackech. Il préféra de loin à Gao, Tombouctou où lui et ses affidés firent des souches. Certains renégats ont pu regagner le Maroc aux environs de 1600. D’autres sont restés. Ce sont les “armas “, les “roumas” ou les ” larbous “.

    Jawdar installa une administration. Il installa surtout un art de vivre. La casbah de Marrakech ne diffère en rien de la Casbah de Toumboutou. Mais la fin de la fin de “l’affreux” Jawdar Pacha a été aussi affreuse. Destitué et rappelé de Toumboutout pour intelligence avec l’ennemi (il avait eu l’outrecuidance d’avoir pris l’initiative d’un traité de paix avec l’Askia vaincu) il sera décapité en 1606, à Marrakech par le Sultan Zaydan.

    Voilà pour notre histoire commune avec ce royaume qui lui aussi n’échappa aux charmes du pays des noirs jusqu’au palais royal. Le nez là-bas est encore et toujours trapu, envers et contre tous. Est-ce pourquoi, dès l’aéroport de la ville on peut voir au premier degré un café au nom si bien aimé : “touareg “ !

    L’islam, le commerce transsaharien ont soudé et raffermi les liens. La tradition orale des bambaras de Ségou enseigne que annuellement, jusqu’à la fin du 18 ème siècle descendait du Maroc, une caravane dont l’épigone passait par Sokolo, “l’autre Shouala” qui avait des pieds qui tombaient à Niamina sur le Niger ! De Banamba, “l’autre Shouala ” partait en direction du Nord, des chevaux. En effet, le cheval venu de Banamba avait acquis ses lettres de noblesse dans tout le pourtour méditerranéen.

    Sinzani était aussi une autre place forte de ce commerce. La ville de Sinsani, que les prouesses d’un interprète kassonké dans la colonne des colonisateurs débaptisa en Sansanding, le petit enclos, aussi a eu ses heures de gloire de cette époque-là. Et qu’y échangeait-on ? De la Kola, des bande de pagne, des piments, de l’or du Ouassoulou, du miel, des captifs, pour les populations locales contre du tabac, du sel et des vêtements. Il faut lire Michel Abitol, dans le Maroc et le commerce transsaharien du 18 ème au début du 19 ème siècle paru en 1980 dans la revue de l’occident musulman et de la méditerranée.

    Détail important de ce commerce, l’indigo dont étaient friand les maghrébins pour leur habillement. Les bandits et la sédition criminelle qui, aujourd’hui écument le septentrion de notre pays ne se font-ils pas vendre en occident par le vocable “d’hommes bleus et non un motif de brigandage ? Les hommes bleus ? Et que ne leur dirait-on que, avant les occidentaux, les soninkés qui sont les premiers occupants des lieux parlaient déjà de “Baga Youkou “ !

    Le jour où les socio-linguistes s’affranchiront des vérités établies par l’occident et la culture arabe, on saura que Toumboutou a une autre histoire dont témoigne le Faguibine.

    En 1822, le Vice consul de France à Tanger, D. Delaporte atteste avoir reçu du renégat espagnol Antonio Piloti, un paquet de vêtements fabriqués à Toumboutou, en vente dans les villes du Maroc. Et le consul prit soin de noter que dans son paquet se trouvait aussi deux paire de caleçons ! Voyez donc que nos ancêtres avaient une bonne notion de l’intimité et de l’élégance vestimentaire.

    Aujourd’hui, quatrième plus grande du pays, après Casablanca, Tanger et Fès, Marrakech est une cité dans le sahara, qui a la même allure que Las Végas : de l’eau et de la lumière partout. Du Sahara, elle a gardé deux attributs, la chaleur et la couleur. Le temps qu’il y fait est semblable à celui qu’on connaît à Gao. La ville est de couleur sable, la ville ocre. Oui, ici toutes les bâtisses sont de cette couleur.

    Il faut y être et voir ces mirages de la vieille ville dont les arpents datent du 11 ème siècle : des ruelles serpentées mais propres et éclairées. Ici les urbanistes ont inventé. Il y a du courant partout et il n’y a aucun poteau dans des sourcières comme en voit chez nous à Banconi Layebougou ou Niamakoro. D’astuce, les techniciens ont trouvé pour faire transporter la lumière sur les murs de la ville et il n’y a aucun incendie !

    C’est ici que le visiteur d’un jour peut succomber aux charmes du palais devenu un musée ; C’est ici qu’on peut faire son marché comme à Tombouctou. Le marché s’appelle souk, le néologisme qui a donné sougou en bamanan. Les épices sont là. Et aussi le savon noir qui sert de gommage pour le hammam, ce bain chaud que vous pouvez savourer avant d’aller prendre l’air frais sur la place de Jemaa El fna.

    Admirer Marrakech, c’est surtout comprendre l’importance de la solidité des institutions pour un pays. Des institutions fortes engendrent la discipline. Partout. Le bus qui vous prend de Marrakech à Casa sur un peu plus de deux cents kilomètres y mettre trois heures en toute sécurité. Au-delà, le conducteur est sévèrement puni. Les trottoirs ne sont pas investis par des vendeurs et des étalages. Tout est libre, le commerce se fait dans des boutiques ou au marché.

    Les voitures sont si bien rangées sur le bas-côté de la route qu’on se croirait à Paris où Rome.

    C’est peut-être l’œil d’un visiteur de passage. Mais il y a un frémissement qui indique que le royaume forgé à la serpette par les aïeux de l’actuel souverain peut décoller. Son papa avait gaillardement toqué à la porte de l’Union Européenne ? Assurément, aujourd’hui, il n’y a pas que le Sahara qui nous sépare.

    Ibrahim MAIGA
    Source : L’Indépendant

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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