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    Parti de Gauche (France) : « Que la France cesse sa chasse aux migrants et remettent … en cause les politiques de libre échange qui pillent le Mali et l’Afrique »

    mercredi 4 janvier 2017 , par Assane Koné

    « Le chantage fait par l’Union Européenne et la France qui consiste à conditionner des aides au développement à la collaboration dans la chasse aux sans-papiers est indigne de la République ». Telle est la conclusion d’une déclaration du Parti de Gauche (France), intitulée « UE-Mali : la collaboration de la honte dans la chasse aux sans papiers ». Lisez !

    Déclaration du Parti de Gauche (France)

    UE-Mali : la collaboration de la honte dans la chasse aux sans papiers

    Au lieu d’agir sur les causes qui provoquent les migrations et notamment les politiques de libre échange, l’Union Européenne et la France, précisément parce qu’ils sont décidés à les amplifier, accélèrent et durcissent leur logique forteresse en externalisant le contrôle aux frontières. Pire, comme l’illustre l’accord en préparation avec le Mali, les pays d’origine des migrants seront sollicités pour collaborer à la chasse aux sans-papiers sur le territoire national. Mais l’objectif n’est pas qu’il n’y ait plus de « migrants », mais bien de communiquer d’un côté sur une politique de « fermeté », et maintenir dans la précarité une main d’œuvre de l’autre.

    Le dimanche 11 décembre 2016, le Ministre des Affaires Étrangères des Pays Bas agissant dans le cadre prédéfini au Sommet de La Valette sur les migrations africaines (novembre 2015), a produit pour le compte de l’UE un communiqué conjoint avec son homologue malien sur la prévention et la lutte contre la migration irrégulière, y compris le trafic des êtres humains et le retour, la réadmission et la réintégration des migrants en situation irrégulière. Ce « communiqué conjoint Mali-Union Européenne à la suite du Dialogue de Haut Niveau sur la Migration », fixe le cadre d’un prochain accord avec l’Union Européenne dont la formalisation est prévue prochainement à Bruxelles, accord qui donnerait le quitus des autorités maliennes (mais aussi nigériennes et sénégalaises) au rapatriement forcé de ses compatriotes en situation irrégulière en Europe, autant dire principalement en France pour les ressortissants maliens et sénégalais.

    Un communiqué du ministère néerlandais des affaires étrangères publié le même jour évoquait un « accord de retour des migrants » conclu entre l’UE et le Mali. « C’est la première fois que l’UE établit de tels accords spécifiques avec un pays africain sur le retour des demandeurs d’asile refusés », relate le communiqué rédigé en anglais. On y lit par ailleurs que « des fonctionnaires maliens se rendront dans les pays membres de l’UE pour aider à déterminer l’identité des migrants, afin d’accélérer leur retour ».

    L’UE s’est donc empressée de parler d’accord plutôt que de communiqué ; un accord qui s’il était mis en œuvre livrerait les maliens travaillant en Europe et particulièrement en France à la police française dûment (in)formée par la police malienne ; en quelque sorte un phénomène de délation institutionnalisée ! Moyennant il est vrai la dotation de 145 millions d’euros d’un « Fonds fiduciaire d’urgence en faveur de la stabilité et de la lutte contre les causes profondes de la migration irrégulières », censé être tourné vers le développement local mais dont on connaît la lourdeur des procédures de gouvernance et la lenteur de la montée en capital.

    A l’intérieur du pays comme à l’extérieur, les maliens se sont offusqués à juste titre en apprenant que leur gouvernement a autorisé leur rafle en Europe. Les organisations maliennes de migrants sont notamment montées au créneau pour dénoncer l’accord de la honte. Depuis, le gouvernement malien tergiverse tout en niant qu’il y ait eu accord.

    Concomitamment, les autorités maliennes réagissent mollement quant à la « chasse aux noirs » (selon l’expression utilisée par des journaux maliens) et aux mauvais traitements infligés en Algérie à ses ressortissants expulsés via Tamanrasset : le Niger a accepté que 896 subsahariens sur environ 1600 soient expulsés à Agadez, parmi lesquels 278 maliens. Les témoignages sur la brutalité, le manque de soins et de nourriture sont dramatiques : des migrants arrêtés, tabassés puis jetés dans le désert sans eau.

    Rappelons que les migrants issus du Mali, depuis des décennies et des décennies constituent une main d’œuvre pour le patronat français qui l’exploite dans le cadre de sa délocalisation sur place. Ces annonces de reconduites à la frontière ne permettront jamais d’empêcher les migrations mais permettent précisément de maintenir une pression et les réseaux de surexploitation de travailleurs sans droits. Au contraire, une politique de régularisation de tous ces travailleurs, non seulement serait à l’avantage de l’ensemble des salariés mais faciliterait les allers-retours au pays.

    C’est dans ce contexte que nous apprenons l’interdiction des manifestations prévues à Bamako à l’occasion du sommet France-Afrique en janvier 2017 par l’internationale des Sans-Papiers et Migrants, le Mouvement pour la Dignité et les Droits des Maliens, l’association Droits Ici et Là-bas.

    Nous dénonçons les manœuvres abjectes de la diplomatie européenne dans le traitement des migrations des pays du Sahel. Nous soutenons la protestation faite par le parti SADI (parti malien) quant à la nécessaire clarification par le gouvernement malien de sa position dans l’imbroglio actuel. Nous dénonçons l’atteinte à la démocratie que constitue l’interdiction faite à la société civile de manifester pacifiquement lors du prochain sommet franco-africain.

    Le chantage fait par l’Union Européenne et la France qui consiste à conditionner des aides au développement à la collaboration dans la chasse aux sans-papiers est indigne de la République. Aujourd’hui comme hier, la plus grande partie de l’aide au développement est fournie par les migrants eux-mêmes. Que la France cesse sa chasse aux migrants et remettent enfin en cause les politiques de libre échange qui pillent le Mali et l’Afrique.

    Danielle Simonnet et Pierre Boutry

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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