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    Les élections communales du 20 novembre 2016 : Les enseignements d’un scrutin

    mardi 27 décembre 2016 , par Assane Koné

    Après maints reports, les élections communales se sont finalement déroulées le 20 novembre 2016 sur l’étendue du territoire national à l’exception notoire de la région de Kidal et certaines communes de Tombouctou. Cette compétition a mobilisé 4 122 listes dont 2581 listes de partis politiques, 1416 listes de regroupements de partis politiques contre 125 listes indépendantes. Le taux de participation serait de 22 % pour Bamako. Ces élections constituaient un enjeu fondamental pour les populations et les forces politiques. Pour les premières, elles offraient la possibilité de renouveler les responsables des collectivités territoriales dont les mandats étaient arrivés à terme depuis 2013. Pour les secondes, elles constituaient un test majeur pour jauger leur degré d’implantation nationale et leur capacité de mobilisation. Au bout de ce scrutin hautement capital, le constat est que le paysage politique malien n’a pas réellement connu un changement notable.

    Les résultats démontrent à suffisance que les trois grands partis conservent leur hégémonie sur la scène politique. Le parti Présidentiel (RPM) se retrouve avec 2582 conseillers et 200 maires, l’URD 1739 conseillers dont 100 maires, l’Adema 140 maires et 1000 conseillers, la CODEM se frotte les mains avec 37 mairies et 700 conseillers municipaux. On aura quand même fait le constat que certains partis font une véritable ascension. Ainsi, pour leur première participation, le parti Yelèma (le changement) de Moussa Mara et l’ASMA-CFP de Boubeye Soumeylou Maiga, les FARE de Modibo Sidibé, et l’ADP Maliba ont démontré qu’il va falloir désormais compter avec eux. Ces trois formations se retrouvent respectivement avec 310 conseillers dont 16 maires, 300 conseillers et 13 maires pour l’Asma CFP et 200 conseillers pour les FARES An kawili dont 2 maires.

    Quant aux partis politiques traditionnels, ils se maintiennent avec des scores honorables. Il s’agit notamment du parti du tigre (MPR) qui a réussi à arracher 460 sièges dont 20 mairies, du SADI qui obtient, sans achat de conscience, plus 296 conseillers dont 17 mairies et du Parena qui a tout de même pu glaner 210 conseillers dont 07 maires. Dans cette catégorie, on peut citer l’UM RDA qui a obtenu 18 maires et 283 conseillers, l’UDD qui se retrouve avec une moisson de 350 conseillers et 13 maires et le CNID Faso yiriwa Ton qui a 300 conseillers et une dizaine de maires.

    A la lumière de ce résultat, le fait politique a semblé primer lors de ces élections, si l’on en juge notamment à la déroute des listes indépendantes qui ont été laminées par les partis et leur appareil politique.

    Ces résultats, loin d’être le fruit d’un travail politique d’organisation et de structuration, parait être plutôt l’expression de rapports de forces fondés sur le pouvoir de l’argent. En tout état de cause, ils pourraient se révéler être un sérieux indicateur pour les prochaines joutes électorales présidentielles. Eu égard à ce hold up électoral, il est permis de penser que notre processus démocratique fait la part belle à la culture de l’achat à grande échelle des consciences en faisant fi des programmes politiques. L’argent-roi, le roi-argent demeure la référence et le sésame vers le succès. Nos soi-disant grands partis, responsables de la misère dans nos communes, de l’insalubrité ambiante généralisée, de la spéculation foncière sans limite (vente des espaces publics et des cimetières), ont été les artisans de la mise à genou de nos collectivités territoriales où la bonne gouvernance est devenue une chimère.

    Ces consultations électorales ont consacré la pratique malsaine du jeu des alliances contre nature qui est une atteinte gravissime à l’éthique et à la morale en politique mettant en avant le précepte machiavélique de « la fin justifie les moyens ». Les partis politiques qui ont pris le courage d’aller sur liste propre (sans alliance) ont appris à leurs dépens que les convictions politiques ne cohabitent pas forcément avec l’honnêteté et la sincérité en politique. Tout comme lors des élections législatives, les alliances contre nature ont prospéré sans retenue, devenant presque la règle du jeu systématique, plongeant le citoyen normal dans la plus totale confusion.

    Les partis libéraux se sont acoquinés avec les socialistes, les écologistes avec les capitalistes, l’opposition avec la majorité, les djihadistes avec les catholiques. L’objectif fondamental visait la quête du siège communal par tous les moyens. A ce jeu médiocre reposant sur un commerce inique qui va à l’encontre de l’éthique en politique, les populations, assurément, sont les grandes victimes innocentes. Elles se trouvent confinées dans une spéculation absolue aux antipodes des règles démocratiques basées sur le principe du libre choix en face d’orientations politiques claires et nettes. Si les alliances constituent une conjugaison de moyens matériels et humains, celle-ci devrait s’opérer à la rigueur des formations forces politiques ayant sensiblement une orientation et vision politique voisines.

    Enfin, ces élections ont une fois de plus mis à nu les dysfonctionnements de notre système démocratique. Un retour aux fondamentaux de l’engagement politique est impérativement nécessaire pour la consolidation d’une véritable culture démocratique, prélude à toute perspective de développement économique et social.

    Alpha Sidiki SANGARE

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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