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    Degrés de Souffrance : Les Petits Exploitants Agricoles en Afrique Parmi les Plus Touchés par le Changement Climatique

    lundi 28 novembre 2016 , par Assane Koné

    Les experts utilisent beaucoup de chiffres en parlant du changement climatique. Cependant, la hausse des températures, les mauvaises récoltes qui en découlent, et la perte subséquente des moyens de subsistance et la misère des millions de ménages, sont les développements les plus importants et les plus urgents de cette année pour des millions de petits exploitants agricoles à travers l’immensité des paysages agro-écologiques en Afrique.

    Pour illustrer la crise actuelle, considérons le cas du Malawi, l’un des rares pays qui a réalisé assez de succès dans le domaine agricole mais qui actuellement fait face à la pire sécheresse depuis plus de trois décennies. Comme c’est le cas dans de nombreux pays en Afrique Australe, le Malawi a connu de mauvaises récoltes généralisées à cause du puissant effet dévastateur El Niño. Le pays a vu l’arrivée tardive des pluies, des précipitations irrégulières, des inondations et des vagues de sécheresse prolongée.

    Par conséquent, la production du maïs – la principale culture de base du pays – est estimée à juste plus de 2,5 millions de tonnes en 2016. Ceci représente une baisse e 16% par rapport à la mauvaise récolte de 2015 et 34% de baisse par rapport à la moyenne des cinq années précédentes et a laissé 39% de la population dépendre de l’aide alimentaire nationale et internationale pour survivre – une augmentation de 129% de la population vulnérable pour l’année passée. Dans les zones les plus durement touchées, la récolte a baissé de 70% pendant que les agriculteurs dans certaines zones ne pouvaient simplement pas cultiver comme les pluies ne sont jamais venues.

    Pour relever ce défi dans l’avenir, ceci nécessitera tant des efforts pour atténuer les changements climatiques et, plus important encore, des stratégies pour permettre aux agriculteurs de s’adapter à ces effets. Tous les yeux sont maintenant rivés sur la réunion des experts mondiaux du changement climatique et des décideurs qui se tient à Marrakech, qui cherche à mettre le monde sur la voie de réduire les émissions de gaz à effet de serre qui sont à la base du changement climatique. L’année dernière, les mêmes experts se sont rencontrés à Paris et sont parvenus à un bon accord qui cherche à limiter l’augmentation des températures mondiales à 20C par rapport à l’ère préindustrielle. Cependant, les émissions de gaz à effet de serre ne baissent pas encore et les effets du changement climatique s’empirent. Il reste encore beaucoup à faire pour relever ce défi d’une façon proactive.

    Nulle part ailleurs se trouve l’impératif d’agir plus urgemment qu’en Afrique, où 70% de la population dépend de l’eau de pluie, des petites exploitations agricoles. Comme le cas du Malawi le démontre, la hausse des températures en Afrique signale la sécheresse et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes qui mettent les vies et les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles à un plus grand risque, en augmentant leur vulnérabilité à la famine et aux maladies. Cette réalité est ici avec nous aujourd’hui, et bien au-delà du Malawi et de l’Afrique Australe, avec de vastes espaces du continent actuellement sous l’emprise d’une sécheresse historique.

    Pour cette raison, nous qui venons du continent africain espérons que ce contexte donnera à la première réunion post-Paris un plus grand sentiment d’urgence. L’inaction sera catastrophique. Bien que l’Afrique émette moins de 3% de gaz à effet de serre induisant le changement climatique, elle souffrira de ses effets de manière disproportionnée. Les températures moyennes augmenteront plus rapidement que la moyenne mondiale, dépasseront 20C et pourront atteindre jusqu’à 30C à 60C en 2100. Pour chaque année, nos leaders mondiaux ne font aucun progrès par rapport à leurs engagements, et ce sont les familles africaines qui en paieront les plus grands frais.

    Ce n’est pas pour laisser tout entre les mains des leaders mondiaux, vu que la prospérité de l’Afrique et de ses agriculteurs dépendra aussi de comment les agriculteurs, surtout les petits exploitants, seront capables de mieux s’adapter au changement climatique. Ceci n’échappe pas à notre contrôle. En effet, le travail d’AGRA et de nos partenaires a montré que les agriculteurs africains ne sont pas impuissants face au changement climatique. Ils peuvent survivre de plusieurs façons et même prospérer malgré les changements radicaux des conditions de culture qu’ils vont probablement endurer.

    Par exemple, les agriculteurs dans certaines parties du Malawi, qui plantent des cultures qui résistent mieux à la sécheresse – manioc, patates douces et pois perdrix – et qui utilisent les meilleures pratiques agricoles ne survivent pas seulement à la sécheresse, mais espèrent aussi générer de bons revenus sur la récolte de cette année.

    Les secteurs de l’assurance et financier ont aussi emboîté le pas en concevant des produits innovateurs qui atténuent les effets des chocs climatiques aux agriculteurs. Toujours au Malawi, des dizaines de milliers d’agriculteurs dans les zones les plus gravement touchées au sud du pays vont maintenant avoir accès au crédit auprès d’une institution de micro-finance qui a protégé ces prêts avec une assurance-récolte qui couvre les cultures contre l’effet des inondations et de la sécheresse.

    En général, pour parvenir à la sécurité alimentaire dans des conditions de changement climatique, la résistance des communautés et des différents agriculteurs doit être renforcée à travers des actions d’adaptation proactives et à long terme. Bien que beaucoup plus reste encore à faire, le continent a investi dans le développement et l’adoption de beaucoup de nouvelles innovations agricoles et technologies qui devraient être promues.

    Nous ne pouvons pas retarder des actions sur l’allégement et l’adaptation au changement climatique sans nous attendre même à une plus grande souffrance pour les petits exploitants agricoles et les autres dans le monde. De Marrakech à toutes les capitales nationales et aux tables de prise de décision à travers le monde, j’espère que les leaders mondiaux saisiront cette occasion pour prendre des mesures et continuer à nous mettre sur une voie vers un meilleur avenir. Un avenir dans lequel les petits exploitants agricoles africains peuvent entièrement exploiter leurs potentialités pour garantir la sécurité alimentaire, contribuer à la réduction de la pauvreté et atteindre une croissance et un développement économiques inclusifs.

    Dr. Agnes Kalibata est la Présidente, Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA)

    A propos d’AGRA

    Fondée en 2006, l’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique - AGRA, est une alliance africaine visant à mettre les petits exploitants agricoles au centre de la croissance économique du continent en transformant l’agriculture d’une lutte solitaire de survie en une agriculture en tant qu’une entreprise qui prospère.

    Ensemble avec ses partenaires – y compris les gouvernements africains, les chercheurs, les donateurs, le secteur privé et la société civile – AGRA travaille pour catalyser une transformation agricole en Afrique à travers des augmentations de la productivité durables et fondées sur des innovations et pour accéder aux financements et aux marchés innovateurs qui améliorent les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles.

    AGRA reconnaît que transformer l’agriculture, le secteur qui emploie la majorité des peuples africains presque tous de petits exploitants agricoles, en un système productif, efficace, et durable, est indispensable pour garantir la sécurité alimentaire, en sortant des millions de la pauvreté, et en menant une croissance équitable à travers le continent.

    Assane Koné

    Assane Koné est juriste de formation. Journaliste depuis bientôt 20 ans, il traite plusieurs questions, notamment l’actualité, la politique et le social. Mais, il est aussi journaliste culturel.

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